
Cacao – campagne intermédiaire : comment les opérateurs nationaux ont été éjectés du circuit.
Dans la filière cacao, l’argent commande. Dans cette bataille qui se chiffre à des milliards FCFA, les opérateurs nationaux sont en train de perdre pied, petit à petit. Poussés hors du circuit par des puissances politico-financières coalisées. Derrière les stocks qui s’entassent une mécanique semble enclenchée avec des prix en chute libres, des décisions opaques… et au bout de la chaîne, des coopératives et autres opérateurs nations laissés à quai. Qui est-ce qui tire les ficelles de cette reconfiguration silencieuse ? A qui cela profite-t-il ?
Dans la filière cacao, l’argent ne circule pas… il commande. Et dans cette bataille silencieuse où se jouent des milliards, les opérateurs nationaux sont en train de perdre pied.
Derrière les fèves ivoiriennes, première richesse agricole du pays, se cache une réalité bien connue, une commercialisation intérieure largement tenue par des capitaux étrangers, notamment libanais, épaulés par quelques acteurs sous-régionaux. En face, les nationaux, coopératives et acheteurs agréés tentent de survivre dans un système qui semble désormais se refermer sur eux. La crise actuelle pourrait bien leur porter le coup de grâce.
Tout bascule en octobre 2025. Le président Alassane Ouattara annonce un prix bord champ record de 2 800 FCFA/kg. Euphorie chez les producteurs. Mais dans les coulisses, les signaux virent déjà au rouge : les marchés internationaux amorcent une chute.
Malgré cela, le Conseil Café-Cacao (CCC) s’arc-boute avec un mot d’ordre clair : faire respecter le prix, coûte que coûte. Sur les marchés de ICE Futures Europe et de Intercontinental Exchange, les cours dégringolent. Les exportateurs, eux, freinent brutalement les déchargements dans les ports. Le cacao s’accumule. La machine s’enraye. Très vite, c’est toute la chaîne qui suffoque.
Mais contre toute attente, le directeur général du CCC, Yves Koné, balaie les inquiétudes et qualifie la crise de mirage. Dans la foulée, il hausse le ton et fait tomber des têtes : plusieurs acheteurs sont sanctionnés pour non-respect du prix officiel.
On parle de plus d une dizaine d acheteurs taxes d acheteurs véreux sont arrêtes et jeter en prison, surtout dans la zone Ouest.
Pendant ce temps, sur le terrain, la réalité est tout autre. Le cacao ne sort plus.
Acculé, l’État dégaine une réponse massive : 291 milliards de FCFA pour absorber un stock résiduel estimé à 123 000 tonnes. Une bouée de sauvetage qui va vite se transformer en un cauchemar.
Car la gestion de ce stock va révéler les failles — et les dérives — du système.
Entre le CCC et l’Organisation Interprofessionnelle Agricole de la Filière Café-Cacao, la transparence disparaît. Selon plusieurs sources, près de 40 000 tonnes sont confiées à l’OIA dans une opacité totale. Le reste est dispatché entre réseaux d’influence, proches du pouvoir et circuits parallèles.
Des noms circulent. Des quotas aussi. On évoque des attributions discrétionnaires, des listes venues “d’en haut”, des coopératives parachutées dans le système avec des appuis politiques solides.
Le cacao devient alors plus qu’une marchandise mais plutôt un levier de redistribution opaque.
Mais au-delà du scandale, les vraies questions restent sans réponses :
Pourquoi le CCC, censé réguler, s’est-il transformé en gestionnaire de milliards qu’il ne maîtrise pas ?
Pourquoi le mécanisme de soutien aux exportateurs est-il resté au placard ?
Pourquoi avoir maintenu artificiellement un prix déconnecté du marché ?
Pourquoi n’avoir pas stoppé les achats après les inventaires du 19 janvier ?
Et surtout : qui paiera la facture du cacao acheté entre le 20 janvier et le 3 mars ?
Certainement pas les gros opérateurs.
La note, elle, risque d’être salée pour les plus fragiles surtout les coopératives nationales. Déjà étranglées financièrement, beaucoup sont aujourd’hui au bord de l’asphyxie. Endettées, marginalisées, certaines ne rouvriront jamais.
Dans cette guerre économique, elles apparaissent comme les premières victimes… mais pas les dernières.
Une chose est sûre , le CCC a perdu la main. Et avec elle, une partie de la confiance du secteur.
L’histoire n’est pas sans rappeler la crise de 2017, qui avait emporté Touré Massandjé.
Reste à savoir qui, cette fois, en paiera le prix politique.
