Economie

Liste grise du GAFI : voici le terrain sur lequel la Côte d’Ivoire est attendue

Les faits. Leur effectivité plus que les réformes et les discours de bonne intention. C’est sur ce terrain que la Côte d’Ivoire devra répondre présent si elle veut sortir de la liste grise du Groupe d’action financière (GAFI), après la plénière prévue du 15 au 19 juin prochain à Paris.

Obtenir une visite terrain. Ainsi se présente l’enjeu de la participation de la Côte d’Ivoire à la plénière du GAFI, qui aura lieu du 15 au 19 juin à Paris. De source proche de la Cellule nationale de traitement des informations financières (CENTIF), si les progrès réalisés par notre pays sont jugés suffisants à l’issue de cette plénière, une mission de terrain pourrait suivre afin de vérifier l’effectivité des réformes et des résultats annoncés. Une mission à Abidjan, espérée au sommet de l’État.

Surveillance renforcée

Placée sous surveillance renforcée par le GAFI depuis octobre (https://www.fatf-gafi.org/fr/publications/Juridictions-haut-risques-et-sous-surveillance/increased-monitoring-october-2024.html), la Côte d’Ivoire figure également sur la liste européenne des pays tiers à haut risque depuis le 5 août 2025. En clair, la signature financière du pays est sous surveillance.

Être placé sous surveillance renforcée par le GAFI ne signifie pas être mis au ban de la communauté financière internationale. Cela signifie que des lacunes stratégiques ont été identifiées dans le dispositif national de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme et que le pays s’est engagé, sous contrôle, à les corriger dans des délais convenus. En pratique, cette inscription peut entraîner une vigilance accrue des banques correspondantes étrangères, un renchérissement potentiel des transactions internationales, ainsi qu’une pression sur les investisseurs et les agences de notation.

Griefs

Depuis le rapport d’évaluation mutuelle adopté en juin 2023, https://www.fatf-gafi.org/fr/publications/Juridictions-haut-risques-et-sous-surveillance/increased-monitoring-february-2025.html), le pays a certes progressé sur plusieurs recommandations, notamment en matière de régulation des institutions financières et de renforcement du cadre juridique. Cependant, les carences opérationnelles demeurent. Les griefs principaux portent sur les failles dans le contrôle et la supervision des activités financières, l’insuffisance des poursuites judiciaires pour infractions financières, le défaut de supervision de certains secteurs à risque et une coordination encore fragile entre les structures concernées.

Sur le plan technique, trois recommandations restent notées non conformes (NC) au terme du 2e rapport de suivi renforcé du GIABA, publié en mai 2025 https://www.fatf-gafi.org/content/dam/fatf-gafi/fsrb-fur/Cote-d-Ivoire-rapport-suivi-mai-2025.pdf.coredownload.inline.pdf) : la R.15, relative aux nouvelles technologies, aux actifs virtuels et aux prestataires de services d’actifs virtuels ; la R.17, relative au recours à des tiers  et la R.28, concernant la réglementation et le contrôle des entreprises et professions non financières désignées, notamment les casinos, les agents et promoteurs immobiliers, les agents d’affaires, ainsi que les négociants en pierres et métaux précieux.

Trente (30) recommandations sont désormais jugées conformes ou largement conformes, contre dix-huit (18) auparavant, https://www.7info.ci/cote-divoire-le-pays-vers-la-sortie-de-la-liste-grise-du-gafi/), soit une progression de douze recommandations. Les recommandations 6, 7, 8 et 25 – auparavant notées Non Conformes (NC) – ont ainsi été réévaluées à LC, c’est-à-dire largement conformes.

Points à scruter

La mission terrain, si elle est obtenue, permettra aux évaluateurs de scruter particulièrement les points suivants : les dispositifs opérationnels, l’application réelle des textes, les enquêtes, les poursuites, les condamnations et la coordination entre les structures concernées.

En ce qui concerne les enquêtes et poursuites, il s’agira pour les autorités ivoiriennes de démontrer une hausse durable des dossiers instruits pour blanchiment de capitaux, assortie de condamnations effectives, calibrées selon le profil de risque du pays. Ceci explique sans doute l’actualité du pôle pénal économique et financier (PPEF).

Si plusieurs réformes et textes ont été adoptés pour répondre aux exigences internationales en matière de conformité technique, leur mise en œuvre effective demeure le véritable défi. La Côte d’Ivoire devra donc non seulement convaincre qu’elle n’a pas simplement empilé des textes, mais qu’elle a bâti un dispositif qui fonctionne sur le terrain et produit des résultats vérifiables.

Les réformes, c’est le minimum attendu. L’effectivité, c’est le verdict.

Sources

1.GAFI – Juridictions sous surveillance renforcée, 25 octobre 2024](https://www.fatf-gafi.org/fr/publications/Juridictions-haut-risques-et-sous-surveillance/increased-monitoring-october-2024.html)

2.GAFI – Juridictions sous surveillance renforcée, 21 février 2025](https://www.fatf-gafi.org/fr/publications/Juridictions-haut-risques-et-sous-surveillance/increased-monitoring-february-2025.html)

3.GIABA – 2e Rapport de Suivi Renforcé, Côte d’Ivoire, mai 2025](https://www.fatf-gafi.org/content/dam/fatf-gafi/fsrb-fur/Cote-d-Ivoire-rapport-suivi-mai-2025.pdf.coredownload.inline.pdf)

4.7info – Côte d’Ivoire vers la sortie de la liste grise, mars 2026](https://www.7info.ci/cote-divoire-le-pays-vers-la-sortie-de-la-liste-grise-du-gafi/)

5.Direction générale du Trésor (France) – Plénière GAFI octobre 2024](https://www.tresor.economie.gouv.fr/Articles/2025/01/01/gafi-retour-sur-la-pleniere-d-octobre-2024)

6.GAFI – Fiche pays Côte d’Ivoire](https://www.fatf-gafi.org/fr/countries/detail/C%C3%B4te%20d’Ivoire.html)

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