
Ibrahim Zigui : Gbagbo parle samedi, la justice tranche lundi
A peine deux jours après une sortie remarquée de Laurent Gbagbo dénonçant publiquement les conditions d’arrestation d’Ibrahim Zigui, le jeune homme a été extrait de sa cellule, conduit devant le tribunal correctionnel, puis condamné à cinq ans de prison ferme. Une séquence judiciaire menée au pas de course.
La chronologie ne doit certainement rien au hasard. Le samedi 16 mai 2026, lors de la 4ᵉ édition de la Fête de la Renaissance à Songon, Laurent Gbagbo évoque publiquement le cas Ibrahim Zigui. Dès le lundi 18 mai, le jeune homme comparaît devant le tribunal correctionnel, où le délibéré est rendu dans la foulée. Déclaré coupable de « provocation à l’insurrection » et de « trouble à l’ordre public », il écope de cinq ans d’emprisonnement ferme, assortis d’une amende de 20 millions de FCFA.
La charge
À Songon, Laurent Gbagbo s’était interrogé sur les conditions de l’interpellation d’Ibrahim Zigui. Dans une séquence au ton indigné, le président du PPA-CI avait notamment déclaré : « Regardez le petit Zigui. Qu’est-ce qu’on lui reproche ? Il pianote sur les réseaux sociaux. Un enfant qui est sur les réseaux sociaux, vous venez le chercher, vous cassez ses portes et ses fenêtres, vous l’enlevez et vous l’emmenez on ne sait où. Après, quand on se met à le chercher, vous l’emmenez à la MACA. Est-ce que ça, c’est quelque chose de pensable ? Un petit, il a 25 ans, il fait les réseaux sociaux. Enfin, enfin, enfin, que cherchez-vous chez ce petit-là ? Lui, il va faire un coup d’État avec les réseaux sociaux ? Il faut toujours qu’on se batte pour que des choses comme ça ne se répètent plus ».
Coup d’accélérateur
Cette prise de parole semble à l’origine du coup d’accélérateur judiciaire dans le traitement judiciaire du dossier d’Ibrahim Zigui, présenté comme proche du Parti des peuples africains-Côte d’Ivoire. Il avait été arrêté dans la nuit du lundi 1er au mardi 2 septembre 2025, après la diffusion d’une vidéo évoquant de supposées futures décisions du Conseil constitutionnel sur la liste définitive des candidats à l’élection présidentielle d’octobre 2025.
Selon des sources proches du dossier, Ibrahim Zigui a quitté sa cellule dans la matinée du lundi 18 mai 2026 pour être conduit devant le tribunal correctionnel dare dare. Le verdict est tombé le même jour.
Le ministre avait donné le ton
Le lundi 11 mai 2026, lors d’une rencontre avec les acteurs de la chaîne pénale à l’Institut national de formation judiciaire (INFJ), le ministre de la Justice et des Droits de l’Homme avait déjà donné le ton. Accélérer le traitement des dossiers judiciaires afin de restaurer la confiance des citoyens dans l’appareil judiciaire ivoirien. Selon lui, une justice lente compromet l’État de droit et nourrit le sentiment d’impunité.
Dans l’affaire Ibrahim Zigui, cette exigence de célérité aura trouvé une illustration spectaculaire. À défaut de prouver un lien direct entre les deux événements, la chronologie laisse une impression difficile qu’on ne saurait occulter.
