
Afrique subsaharienne – état de la démocratie : Deux pas en avant, deux coups d’État en arrière.
Des mouvements marqués dans les deux sens ont laissé le score global de l’Afrique subsaharienne inchangé en 2025. Cette stabilité apparente masque une année de turbulences politiques significatives, marquée par un retour des interventions militaires, des transitions institutionnelles fragiles et une mobilisation publique croissante — particulièrement parmi les jeunes citoyens (génération Z).
Deux pays sont passés sous régime militaire, tandis que deux autres ont achevé leur retour à un gouvernement civil, soulignant la volatilité institutionnelle persistante de la région. Les systèmes politiques non démocratiques ont continué à dominer la région : l’Afrique subsaharienne compte 24 régimes autoritaires et 11 régimes hybrides. La culture politique et la participation politique demeurent les catégories les mieux notées de la région, reflétant un engagement civique relativement élevé malgré les faiblesses institutionnelles. À l’inverse, le fonctionnement du gouvernement et le processus électoral et le pluralisme restent les plus faibles et continuent de se situer bien en deçà des moyennes mondiales. Ce décalage persistant traduit une déconnexion structurelle entre des sociétés politiquement engagées et des institutions de gouvernance faibles ou contestées.
Une nouvelle vague de coups d’État militaires
Les coups d’État militaires ont refait surface en 2025, après une brève accalmie dans les prises de pouvoir réussies en 2024. Tandis que le Gabon (+1,31) et la Guinée (+0,11) ont achevé leur transition d’un régime militaire vers un régime civil, la Guinée-Bissau (-0,66) et Madagascar (-0,27) ont enregistré les plus fortes chutes de score à la suite de nouvelles prises de pouvoir militaires.
À Madagascar, des semaines de manifestations menées par la jeunesse, organisées par le mouvement « Gen Z Madagascar », ont culminé en octobre par le renversement militaire du président Andry Rajoelina, soutenu par la population, débouchant sur une administration de transition dirigée par les militaires.
En Guinée-Bissau, des officiers ont déposé le président Umaro Sissoco Embaló le 26 novembre, soit la veille de la publication des résultats provisoires des élections présidentielles et législatives.
Des indices laissent penser que M. Embaló pourrait avoir orchestré le coup lui-même, avec le soutien des militaires, afin d’empêcher une victoire anticipée de l’opposition et de conserver son influence politique.
Le coup d’État en Guinée-Bissau marque le huitième renversement réussi d’une autorité civile constitutionnelle en Afrique en cinq ans. La résurgence des coups reflète la faiblesse des institutions civiles, la contestation des processus électoraux et la frustration croissante face aux défaillances de gouvernance. Cela suggère également une dynamique potentielle de « contagion des coups », notamment en Afrique de l’Ouest et centrale, où des prises de pouvoir militaires réussies dans des États voisins ont abaissé le coût perçu des saisies de pouvoir inconstitutionnelles.
Le Malawi et le Sénégal accèdent au statut de démocraties imparfaites (Page 29 Indice de la Démocratie 2025)
La démocratie se stabilise après huit années de déclin.
Malgré l’horizon globalement sombre, l’Afrique subsaharienne a gagné deux nouvelles démocraties imparfaites. La promotion du Malawi a fait suite à la défaite du président sortant Lazarus Chakwera face à l’ancien président et candidat d’opposition Peter Mutharika lors de la présidentielle de septembre. Les deux candidats avaient prématurément revendiqué la victoire avant l’annonce des résultats officiels, déclenchant des heurts entre partisans et soulevant des inquiétudes sur l’intégrité électorale.
Le Malawi Congress Party au pouvoir a allégué fraudes et bourrage des urnes, et tenté de retarder la publication des résultats. La Haute Cour a toutefois rejeté la plainte – décision finalement acceptée par le parti au pouvoir – et M. Chakwera a concédé sa défaite. La transition pacifique du pouvoir et le respect des décisions judiciaires ont mis en évidence le renforcement des normes démocratiques et l’amélioration de la résilience institutionnelle.
L’amélioration du Sénégal a été tirée par des réformes visant à renforcer la transparence et la responsabilité. En août, le parlement a adopté une loi de protection des lanceurs d’alerte, ainsi qu’une législation garantissant l’accès du public aux informations détenues par les institutions publiques et les organismes privés exerçant des fonctions publiques.
Des mesures complémentaires comprennent la création d’un organisme anti-fraude et anti-corruption et l’extension des obligations de déclaration de patrimoine aux magistrats et aux juges. Ces réformes confortent la réputation du Sénégal comme l’une des démocraties les plus institutionnellement résilientes de la région, même si la compétition politique y reste intense.
Les crises sécuritaires ancrent les régimes autoritaires
L’Afrique subsaharienne fait face à de multiples conflits superposés, notamment au Soudan, en Éthiopie, en Somalie, dans l’est de la République démocratique du Congo, dans le nord-ouest et le sud-ouest du Cameroun, au Sahel et dans le bassin du lac Tchad, ainsi qu’au nord du Mozambique.
Ces conflits affaiblissent les capacités étatiques, érodent les institutions civiles et donnent souvent priorité aux préoccupations sécuritaires sur la responsabilité démocratique. Plusieurs pays font également face à l’incertitude entourant la succession de dirigeants en place de longue date.
Au Congo-Brazzaville, en Guinée équatoriale, au Cameroun et en Ouganda, des dirigeants vieillissants continuent de dominer les systèmes politiques, avec des perspectives limitées de transitions ordonnées. Ces « incumbences » prolongées affaiblissent la concurrence politique et accroissent le risque d’instabilité lors de futures successions.
En Ouganda, dont le score s’est dégradé en 2025, la répression s’est intensifiée à l’approche des élections présidentielles et législatives de janvier 2026. Les arrestations arbitraires visant les membres et dirigeants de l’opposition ont fortement augmenté, traduisant le recours continu aux tactiques coercitives par le régime de longue date du président Yoweri Museveni.
La Tanzanie a également enregistré une baisse de score à la suite de la réélection en octobre 2025 de la présidente Samia Suluhu Hassan, dans un scrutin largement jugé inéquitable et manipulé par les observateurs. Les principaux candidats d’opposition ont été empêchés de se présenter, déclenchant de larges (Page 30 Indice de la Démocratie 2025)
La démocratie se stabilise après huit années de déclin
Manifestations menées principalement par des jeunes mécontents plutôt que par des partis politiques. Les forces de sécurité ont riposté par une répression sévère. L’activisme des jeunes redéfinit la participation politique.
À mesure que la population jeune de la région continue de croître rapidement, l’activisme de la génération Z s’impose comme un trait déterminant de la politique africaine. De nombreux jeunes citoyens sont de plus en plus frustrés par les libertés politiques limitées, le manque de redevabilité et la faiblesse des services publics. Contrairement aux générations précédentes, ils se sentent souvent moins attachés aux partis et aux élites politiques de longue date, et sont moins enclins à tolérer les défaillances de gouvernance. La croissance démographique rapide, combinée à une création d’emplois insuffisante, intensifie les griefs autour des inégalités, des défaillances de gouvernance et de l’exclusion des processus de décision. La mobilisation menée par la jeunesse façonne de plus en plus les évolutions politiques régionales.
À Madagascar, des protestations soutenues de la génération Z ont été un catalyseur direct de la crise politique qui a culminé avec la prise de pouvoir militaire.
Au Kenya, des manifestations menées par des activistes de la génération Z ont éclaté après la mort en garde à vue d’un blogueur militant et enseignant en juin 2025. Initialement déclenchées par cet incident, les protestations se sont rapidement transformées en manifestations anti-gouvernementales plus larges centrées sur la hausse du coût de la vie, la corruption et les violences policières. Ce que nous surveillons en 2026 Les pressions inconstitutionnelles devraient persister en 2026 et pourraient conduire à des ajustements ad hoc des règles politiques accentuant les tensions entre partisans et opposants du statu quo.
Plusieurs pays de la région organisent des élections nationales majeures en 2026. Qu’elles soient présidentielles ou législatives, ces consultations pourraient devenir des points focaux de contestation politique et d’instabilité, en particulier là où les garde-fous institutionnels sont faibles et la crédibilité électorale contestée.
Plus largement, l’interaction entre pressions démographiques, défaillances de gouvernance et fragilité institutionnelle suggère que la volatilité politique demeurera un trait déterminant de la trajectoire démocratique régionale à court terme.
Source: Economist Intelligence Unit (EIU), Indice de la Démocratie 2025.
Note de la rédaction: Le titre est de la rédaction
