Société

LONACI : ce que les parieurs misent par jour

Alors que la Côte d’Ivoire affiche ses ambitions d’industrialisation et d’émergence économique, la LONACI revendique, pour l’année 2025, un volume record de 657,6 milliards de FCFA (+14 %). Ce chiffre, publié le 2 février 2026 et analysé le 3 février 2026 par www.letau.net, dit une chose simple : le jeu pèse lourd. Mais que recouvre, concrètement, ce record ? Pour le comprendre, le média a mené une mini-enquête dans l’univers des parieurs afin d’évaluer ce qu’ils misent au quotidien.

Dans les zones populaires, aux carrefours ou près des kiosques, les points de loto, PMU et paris sportifs ne désemplissent pas. La scène est désormais familière : des clients entrent, misent, ressortent, reviennent parfois le même jour. Un constat paradoxal dans un pays où l’on exhorte la jeunesse à se former, à entreprendre et à contribuer à la transformation industrielle.

À Faya, en face d’un point de paris sportifs, les clients se succèdent. Yao K., apprenti mécanicien, reconnaît jouer presque tous les jours. « Je mets souvent 2 000 ou 3 000 FCFA. Quand j’ai un peu plus, ça peut aller à 5 000 FCFA. Je sais que ce n’est pas sûr, mais on tente. On ne sait jamais », explique-t-il. Même logique chez Serge K., étudiant : rejouer vite ce qu’on vient de gagner. «Je recharge 4 500 FCFA. En deux ou trois jours, ça peut finir. Quand je gagne 15 000 ou 20 000 FCFA, je rejoue encore. On espère multiplier », confie-t-il.

Kouamé M., chauffeur, met des chiffres sur une habitude qui finit par peser sur le budget familial. « Je joue environ 3 000 FCFA par jour. Ça fait presque 90 000 FCFA par mois. Quand je vois ça, je me dis que c’est beaucoup… mais si tu gagnes une fois, ça peut changer beaucoup de choses », dit-il, comme une justification autant que comme un aveu.

Les gérants confirment

Au-delà des témoignages individuels, les gérants de points décrivent un flux constant. À Riviera 3, N’Guessan S., gérant d’un point PMU, affirme recevoir entre 20 et 30 personnes par jour. « La plupart jouent entre 500 et 2 000 FCFA. Mais il y a des habitués qui peuvent monter à 10 000 FCFA dans la journée, surtout les week-ends », fait-il remarquer. À Bonoumin, Aliman C., gérante de kiosque, évoque environ 20 clients par jour, avec un phénomène récurrent : l’annonce d’un “gros coupon” fait grimper les mises. «Quand un gros coupon est annoncé, les mises augmentent », observe-t-elle.

En retenant une moyenne simple – 20 clients par jour avec une mise moyenne de 2 000 FCFA – un seul point peut générer environ 40 000 FCFA par jour. RapportéSi l’on rapporte cela à la multiplication des points de vente et à la régularité des mises, on comprend mieux comment un total annuel de 657,6 milliards de FCFA devient plausible à l’échelle nationale. Et c’est là que l’équation devient sociale. Dans le même temps, les autorités encouragent les jeunes à se former aux métiers techniques, à créer des entreprises et à investir dans des projets productifs. Mais faute de moyens, d’accompagnement, de circuits d’entraide accessibles, ou de perspectives jugées crédibles, certains préfèrent miser sur le hasard pour espérer gagner davantage. — au risque de s’y perdre. Ainsi, ils prennent le risque de s’y perdre. À cela s’ajoute, parfois, une logique de réussite immédiate : prospérer vite, et souvent seul.

La LONACI est une entreprise légale, avec un État actionnaire majoritaire. Elle contribue aux finances publiques et met en avant ses certifications ainsi que son engagement pour le jeu responsable. Mais une question demeure, brutale : que représente un volume de 657,6 milliards de FCFA de mises dans un pays confronté au chômage massif de la jeunesse ?

Au-delà des éléments de communication, quand l’économie promet des métiers mais que le quotidien pousse une partie de la jeunesse vers le ticket, le record n’est pas seulement un chiffre. C’est aussi un indicateur du climat social, symptomatique d’un état d’esprit largement répandu au sein du corps social : “au petit bonheur la chance”.

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