Economie

Filière Café-Cacao : Malgré les assurances du CCC et l’OIA les stocks s’amoncellent dans les magasins et entrepôts

En dépit des assurances des communications officielles, des messages rassurants du Conseil Café-Cacao (CCC), des démentis de l’Organisation Interprofessionnelle Agricole Café-Cacao (OIA-Café-Cacao), une autre réalité semble s’imposer dans plusieurs bassins de production du pays. Le constat de www.letau.net sur le terrain.

Depuis plusieurs mois, les autorités de la filière multiplient les appels à la sérénité. Le 14 janvier dernier, le directeur général du Conseil Café-Cacao, Yves Brahima Koné, affirmait que « toute la production issue des plantations ivoiriennes sera achetée ». Il assurait également que les opérations de déchargement se poursuivaient normalement dans les ports d’Abidjan et de San Pedro et que les difficultés observées concernaient essentiellement des cargaisons ne disposant pas de connaissements réguliers.

A la suite du mouvement d’humeur observé par les producteurs à M’Batto, le 07 mai, le directeur général du CCC s’était personnellement rendu auprès des producteurs. Reconnaissant leur désarroi face à la chute du prix bord champ entre la campagne principale et la campagne intermédiaire, il a pris fait et cause pour ces derniers et réaffirmé la volonté du gouvernement et du Conseil Café-Cacao de garantir, « le meilleur prix possible aux producteurs ». Il a également assuré que les situations d’impayés signalées seraient examinées et que les opérateurs concernés seraient amenés à respecter leurs engagements financiers envers les planteurs.

La réalité sur le terrain

Sur le terrain cependant, la réalité apparait comme un pied de nez aux discours officiels. Les préoccupations demeurent. À Duékoué, Toulepleu, Guiglo et Bloléquin, régions devenues au fil des années la nouvelle boucle du cacao ivoirien, les magasins débordent, les camions attendent et les producteurs comptent les jours sans savoir quand est-ce que leur cacao quittera enfin les entrepôts. Dans plusieurs coopératives, des centaines de sacs s’entassent tandis que des camions-remorques chargés restent immobilisés durant plusieurs jours. Faute de connaissements permettant leur acheminement vers les ports d’Abidjan et de San Pedro.

Pour de nombreux responsables de coopératives, cette situation ravive le souvenir encore récent de la gestion des stocks résiduels qui a profondément marqué les acteurs de la filière. Les difficultés rencontrées ces derniers mois continuent de peser sur les trésoreries et sur le moral des producteurs.

Afin de fluidifier la commercialisation, le Conseil Café-Cacao a engagé une opération d’enlèvement des stocks résiduels. Selon la structure, cette mesure vise à désengorger progressivement les zones de production afin de permettre une meilleure circulation des flux vers les ports.

Mais dans les villages producteurs, nombreux sont ceux qui estiment que les effets de cette opération tardent à se faire sentir.

Alternative

Face aux difficultés, certains opérateurs qui disposent encore de liquidités ont trouvé une alternative. Ils se tournent désormais vers l’achat du café. Souvent en volumes limités. Dans l’espoir de compenser une partie des pertes enregistrées.

Pendant ce temps, plusieurs acteurs du secteur dénoncent ce qu’ils qualifient de gestion irrégulière des stocks. Les volumes résiduels encore disponibles seraient désormais très faibles. Une situation qui alimente les interrogations et renforce l’incertitude dans plusieurs zones de production.

Pour les producteurs et gestionnaires de coopératives rencontrés dans l’ouest du pays, il demeure difficile d’évaluer précisément l’ampleur des préjudices. Tous s’accordent toutefois sur un point : les conséquences économiques sont importantes et certaines structures peinent encore à retrouver leur équilibre financier.

Critiques

Au-delà des critiques visant le Conseil Café-Cacao, l’Organisation Interprofessionnelle Agricole Café-Cacao (OIA-Café-Cacao) se retrouve également au centre des contestations.

Certains producteurs et responsables de coopératives accusent les deux structures de favoriser certains opérateurs au détriment d’autres. D’autres évoquent des prélèvements informels qui pèseraient sur les revenus de la filière. Des accusations rejetées par l’OIA dans un communiqué, le 23 avril 2026.

L’organisation a publiquement soutenu les mesures prises par l’État pour assurer l’enlèvement de l’intégralité de la production nationale au prix officiel. Ses responsables ont appelé les producteurs au calme et estimé que les dispositions mises en œuvre permettraient progressivement de résorber les difficultés observées sur le terrain. Des explications qui peinent à convaincre.

« Notre cacao appartient désormais au CCC et à l’OIA, et ils en disposent comme ils veulent », déplore un producteur sexagénaire membre d’une coopérative de Bloléquin.

Selon lui, les difficultés actuelles auraient pu être partiellement atténuées si certains débouchés informels vers les pays voisins avaient continué à fonctionner comme par le passé. Mais le renforcement des contrôles, les risques encourus et les nouvelles contraintes logistiques ont considérablement réduit ces flux, laissant les producteurs, selon ses propres termes, « les mains et les pieds liés ».

Dans plusieurs villages, les frustrations s’accumulent. Certains attribuent la responsabilité de la situation à l’OIA. D’autres pointent le Conseil Café-Cacao dirigé par Yves Brahima Koné. Tous partagent néanmoins un même sentiment : celui d’avoir perdu une partie du contrôle sur le devenir de leur production.

Pour de nombreux planteurs rencontrés dans l’ouest du pays, l’OIA ne remplit pas pleinement sa mission de défense des intérêts des producteurs. D’autres acteurs de la filière estiment au contraire que les difficultés actuelles résultent principalement des contraintes du marché et des mécanismes de régulation mis en place pour préserver l’équilibre général du secteur.

Entre les assurances répétées des autorités de la filière et les difficultés rapportées dans les coopératives, un fossé semble aujourd’hui s’être installé dans l’univers mental de nombreux producteurs. Au-delà des discours, les producteurs attendent surtout des résultats concrets.

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