L'Editorial

 Le crime porte l’uniforme…

Dans l’affaire du livreur Yango, la justice est remonté jusqu’au receleur. Il a écopé d’une peine de dix ans de prison ferme. Jusqu’où aura-t-elle le courage de remonter dans l’accident de l’autobus ? Après le menu fretin, les tigres vont-ils enfin trinquer ?

Dans le procès des assassins du livreur Yango, la justice a condamné les deux prévenus à la réclusion criminelle à perpétuité. Qu’en sera-t-il des agents de l’État dont la responsabilité viendrait à être établie dans l’accident du car survenu sur le pont de Touba ? Le parallèle a, bien entendu, ses limites. Un meurtre intentionnel n’est en rien comparable à un accident de la circulation. Cependant, les morts, eux, ne sont pas moins morts.

Trente-neuf personnes ont en effet péri dans un véhicule de transport en commun surchargé. Sans assurance depuis un an. Sans visite technique. Avec des pneus non conformes. Mis en circulation sur des centaines de kilomètres. Sans que personne ne voie quoi que ce soit. En dépit des barrages, des postes de contrôle, de la sempiternelle présence de policiers et de gendarmes sur nos axes routiers.

Difficile de faire croire qu’ils n’aient rien vu. Pendant un an ! Sans doute leur attention était-elle ailleurs. Sur le billet de banque discrètement enfoui au milieu des pièces de l’autobus.

Combien de billets ont ainsi été récupérés pour fermer les yeux sur ce cercueil roulant ? Qui sont ceux qui étaient affectés sur les routes pendant tout ce temps ? Pourquoi n’ont-ils pas fait correctement leur travail ? Pour combien de F CFA ? À ce propos, où va l’argent du racket routier ? Qui le collecte ? Quelle en est la clé de répartition ? Jusqu’où remonte le partage ?

À l’heure des sanctions, le siège de la compagnie de transport ayant été fermé, l’opinion a besoin de savoir. Surtout que, chez nous, le diable camoufle ses cornes et sa mine patibulaire sous des apparences angéliques. Le crime aussi change de visage !

Il revêt parfois l’uniforme : képi vissé sur la tête, sifflet au bec, posté en bordure de route où il sévit au vu et au su de tous.

Il peut porter le costume-cravate de l’autorité qui promeut la gouvernance vertueuse en matière de sécurité routière. Sans cracher sur sa part du butin du racket.

Il a toujours le visage du chauffeur et du convoyeur qui entassent les passagers comme du betail. A croire qu’un autobus est extensible à souhait. Celui du propriétaire pour qui l’humain n’a de valeur que ce qu’il lui rapporte.

Jusqu’au jour où se produit l’irréparable. Pour voir sortir l’État de sa léthargie. Communiqué de compassion, enquêtes, inspections, formations, contrôles renforcés, suspension de la compagnie. Le médecin après la mort ! Où était-il avant les 39 cercueils ?

La présence des policiers et des gendarmes sur les routes est réglementée. Elle répond à des consignes. Les procès devant le tribunal militaire pour violation de consigne le prouvent. La hiérarchie sait qui elle envoie sur la route, où, à quelle heure, sous quelle autorité.

Dans l’affaire du livreur Yango, la justice est remonté jusqu’au receleur. Il a écopé d’une peine de dix ans de prison ferme. Jusqu’où aura-t-elle le courage de remonter dans l’accident de l’autobus ? Après le menu fretin, les tigres vont-ils enfin trinquer ?

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