
Manuels scolaires : un marchandage qui ne disait pas son nom
Pour la rentrée 2026-2027, le ministère de l’Éducation nationale, de l’Alphabétisation et de l’Enseignement technique a décidé de siffler la fin du marchandage dans la prescription des manuels scolaires. Plus question de menu à la carte. Une liste nationale unique est désormais imposée aux établissements publics comme privés. Pour les familles, l’enjeu est de taille. Ne plus avoir à multiplier les achats au gré des prescriptions locales.
Cette décision intervient après plusieurs années au cours desquelles, la question des manuels scolaires était tributaire d’une certaine pluralité des pratiques. Une diversité d’ouvrages pour une même discipline, des prescriptions susceptibles de varier d’un établissement à l’autre et, pour les parents, une facture qui pouvait s’alourdir à mesure que la liste s’allongeait. Le système finissait par ressembler à un menu à la carte. Chaque établissement, selon ses pratiques et ses choix, pouvait retenir ses propres ouvrages, au grand dam des familles qui découvraient parfois, une fois la rentrée venue, que la liste officielle ne suffisait pas à couvrir ce qui leur était demandé.
Circulaire modificative
Dans la circulaire modificative n° 2485/MENAET/CAB/DPFC du 13 août 2026, le ministère publie une liste « corrigée et consolidée » des manuels scolaires et supports didactiques retenus pour l’année 2026-2027. Elle couvre le préscolaire, le primaire, le secondaire général, les cartes murales ainsi que l’alphabétisation. Le texte remplace intégralement la précédente liste publiée le 3 juillet 2026.
Surtout, le ministère précise qu’à compter de sa publication, seule cette nouvelle liste fait foi et sert de référence exclusive pour la prescription des manuels, l’information des familles, les commandes, les acquisitions et la distribution des ouvrages concernés. Fin donc des listes à géométrie variable
Rupture
Dans sa communication officielle, le ministère évoque une situation marquée par la « pluralité des manuels utilisés pour une même discipline et un même niveau », l’instabilité des listes prescrites aux familles et des pratiques locales divergentes. À cela s’ajoutaient, selon le ministère, des charges supplémentaires pour les parents et une faible harmonisation des supports utilisés en classe. Désormais, le principe est posé. Aucun établissement public ou privé, aucun conseil d’enseignement, aucune unité pédagogique ou structure locale ne peut imposer aux élèves ou à leurs familles un manuel ou un support didactique qui ne figure pas sur la liste nationale retenue. Pour un parent d’élève, la liste nationale devient la référence commune.
Quand les éditeurs prospectaient les écoles
L’ancien système avait aussi une autre particularité : la possibilité pour les éditeurs de présenter leurs ouvrages directement aux établissements. Dans les faits, le démarchage pouvait parfois donner aux représentants des maisons d’édition des allures de délégués médicaux, venus présenter aux écoles leurs « produits » et convaincre enseignants ou responsables d’établissement de les retenir. Cela ne signifie pas que les éditeurs auraient tous agi de manière irrégulière. Elle met en lumière un mécanisme de prospection commerciale qui pouvait trancher avec les objectifs pédagogiques.
Une source au sein de la Direction de la Communication et des Relations publiques du ministère l’a d’ailleurs confirmé. « Le contenu nous appartient. Les éditeurs ne sont que des prestataires ». Elle ajoute toutefois : « Sans les éditeurs, on ne peut rien. Ils ne sont pas totalement écartés », Ajoute-t-elle.
Le message du ministère n’est donc pas : dehors les éditeurs. Il est plutôt : les éditeurs produisent, l’État fixe désormais plus strictement ce qui peut être prescrit. Contacté mardi 8 septembre 2026 par www.letau.net, Charles Pemont, président de l’Association des éditeurs ivoiriens (Assedi), a également présenté l’organisation comme partie prenante de la réforme. « L’Assedi est partenaire de la réforme du manuel unique instaurée par le ministère de l’Éducation nationale », a-t-il répondu dans un message transmis par WhatsApp.
Reprise en main pédagogique
Derrière la nouvelle nomenclature, le ministère entend progressivement renforcer sa maîtrise des contenus pédagogiques. Cette orientation est présentée comme une réponse à la dispersion des prescriptions et comme un moyen de mieux garantir l’équité à l’Ecole. L’objectif affiché est également de rendre plus efficaces les dispositifs publics d’accès aux manuels, notamment la bourse nationale des manuels scolaires, en disposant d’une référence nationale stabilisée.
Vrai test
Reste toutefois une question : que va-t-il se passer maintenant dans les salles de classe ?
La circulaire interdit l’imposition de manuels ou de supports didactiques ne figurant pas sur la liste nationale. Elle ne règle cependant pas, à elle seule, toutes les pratiques périphériques qui peuvent constituer, pour les familles, une autre source de dépenses : fascicules d’enseignants, photocopies d’exercices, supports complémentaires ou cours de renforcement. Sur ce point, il faudra donc observer concrètement la manière dont la nouvelle règle sera appliquée dans les établissements. Le risque serait de voir disparaître ce marchandage pour le voir réapparaître sous une forme sur fond de chantage sur les notes.
