Economie

Fixation du prix de la Campagne 2026-2027 : « Il n’y aura pas de cacao dans les ports », indique le SYNAP-CI.

À peine le prix garanti de la campagne principale 2026-2027 fixé à 1 200 FCFA le kilogramme, la grogne gagne déjà les rangs des producteurs qui réclament la tête de Koné Brahima Yves, DG du Conseil Café-Cacao.

La colère monte dans les rangs des producteurs. Après l’annonce du prix garanti de 1 200 FCFA le kilogramme pour la campagne principale 2026-2027, le Syndicat National Agricole pour le Progrès en Côte d’Ivoire (SYNAP-CI) hausse le ton. Son président, Koné Moussa, exige la démission du Directeur Général du Conseil Café-Cacao, Koné Brahima Yves, qu’il accuse de prendre des décisions contraires aux intérêts des producteurs. Sa déclaration a été faite le mardi 1er septembre 2026, au siège du syndicat, au Plateau, lors d’un entretien avec www.letau.net.

Pour Koné Moussa, le nouveau prix annoncé est loin de répondre aux attentes des producteurs, déjà éprouvés par une campagne 2025-2026 qu’il qualifie de « catastrophique ».

Préavis de grève

« Il faut que le DG démissionne. Il faut que l’Etat de Côte d’Ivoire prenne ses responsabilités. Le combat que nous allons mener cette fois-ci n’est pas un petit combat. Nous allons demander au président de la République de choisir entre les producteurs et le DG. Soit il fait venir une nouvelle personne qui a la compétence d’améliorer notre condition de vie et de travail, soit nous allons aviser. Je puis vous assurer qu’il n’y aura pas de cacao dans les ports », martèle le responsable syndical.

Qui, par ailleurs, annonce le dépôt prochain d’un préavis de grève auprès du gouvernement. Le président impute les difficultés actuelles de la filière à une succession de décisions mal anticipées par le régulateur.

Mévente du cacao

Koné Moussa remonte à la campagne 2016-2017, marquée par une importante mévente du cacao. « Cette campagne a fait perdre aux producteurs plus de 70 milliards de FCFA », affirme-t-il.

À l’époque, le syndicat avait fait constater par voie d’huissier certains blocages de cacao. Le Conseil Café-Cacao avait alors reconnu l’existence de stocks immobilisés sur ses sites, pour une valeur estimée à 1,6 milliard de FCFA, aux dires du responsable syndical.

Koné Moussa affirme que les producteurs n’avaient finalement pas été remboursés, malgré les démarches entreprises. Une situation qui avait donné lieu à des manifestations et avait abouti au départ de la directrice générale de l’époque, Touré Lys Massandjé. « Aujourd’hui, je peux dire que c’était mieux à son époque », lâche-t-il, avant de revenir à la situation actuelle.

Cause de la colère

La cause de sa colère, le mécanisme de vente anticipée du cacao. Koné Moussa note que le système avait pourtant suscité de l’espoir chez les producteurs lorsqu’il a été mis en place.

« Dans un premier temps, nous étions contents parce qu’on pensait que cela allait mettre fin aux problèmes des paysans. Nous nous sommes malheureusement rendu compte que ce système ne marche pas », déplore-t-il.

Selon lui, le Conseil Café-Cacao aurait dû disposer d’outils de prévision suffisamment fiables pour anticiper les niveaux de production et adapter les mécanismes de commercialisation. Le président du SYNAP-CI estime surtout que lorsque les prévisions sont mauvaises et que le marché évolue dans un sens défavorable, « c’est le producteur qui est sacrifié ».

« Pas réaliste »

Koné Moussa dit avoir été parmi les premiers à alerter sur le prix de 2 800 FCFA fixé pour la campagne 2025-2026. « On avait vu le marché et on avait constaté que le prix annoncé n’était pas réaliste », soutient-il.

Mais le contexte politique de l’époque, marqué par l’élection présidentielle, avait conduit certains producteurs à considérer ce prix comme une décision taillée sur mesure pour la campagne présidentielle. « On s’est dit que c’était un prix de campagne présidentielle », explique-t-il.

Puis de faire remarquer que la suite aurait donné raison aux inquiétudes exprimées. Le président du SYNAP-CI évoque en outre une campagne difficile, aussi bien pour la grande campagne que pour la campagne intermédiaire.

« La situation est tellement grave qu’aujourd’hui il y a des magasins où il y a encore des tonnes de cacao. Il y a un seul magasin qui contient 3 000 tonnes qu’ils ont payées à 2 800 FCFA et le Conseil veut les liquider. Les 291 milliards qu’ils ont enlevés sur le fonds de réserve pour gérer la crise proviennent de la cotisation des producteurs. Les régulateurs ont acheté le cacao, qu’ils vont aller revendre, et ce n’est pas sûr qu’ils perdent parce qu’ils ont tous des usines de transformation. Ce qui revient à dire qu’ils sont à la fois acheteurs et régulateurs. Vous convenez avec moi qu’ils ne peuvent pas défendre la cause des paysans. Pour la petite campagne 2026 qui a été lancée, les pertes sont énormes, si l’on s’en tient à leurs chiffres. Au moment où nous avons fait notre sortie au port, il y avait plus de 700 000 tonnes qui étaient bloquées. Lorsque nous en avons parlé, nous avons été interpellés, mais la réalité les a rattrapés, les obligeant à sortir pour dire avoir identifié 123 000 tonnes de cacao et 200 000 tonnes de cacao qui sont entrées dans nos ports de façon frauduleuse, qu’ils ne peuvent pas acheter. Tous les producteurs qui ont donné par dépôt-vente leur cacao ne sont, jusqu’à ce jour, pas rentrés en possession de leur dû », révèle Koné Moussa.

Le SYNAP-CI, faut-il le souligner, revendique plus de 868 000 producteurs identifiés et est implanté dans les principales zones de production cacaoyère du pays.

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