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🔴Crime organisé : L’aéroport d’Abidjan au cœur d’une opération de transport de fonds et de pierres précieuses vers l’Europe (2ème partie)

Dans cette deuxième partie de l’enquête, www.letau.net lève un coin de voile sur les fausses déclarations d’exportation d’objets d’art vers la Turquie puis la Moldavie. Des malles métalliques contenant des centaines d’objets d’art sont au cœur de deux opérations impliquant notamment Francesco Belsito, l’ancien trésorier de la Ligue du Nord italienne, et la société ivoirienne Bini International Transit. Amende douanière, marchandises jamais embarquées, nouvelle tentative d’exportation… Autant d’éléments qui interrogent sur la véritable nature de ces opérations.

Pour faciliter l’embarquement des caisses métalliques dans un aéronef depuis l’aéroport international Félix Houphouët-Boigny d’Abidjan, puis leur transport vers l’Europe, Francesco Belsito, l’ancien trésorier de la Ligue du Nord italienne, et Roman, un ressortissant béninois, vont, en Côte d’Ivoire, s’appuyer sur la société Bini International Transit, ou « Bini Inter Transit ».

Bini Inter Transit

Bini Inter Transit est une société de transit et de manutention. Son gérant se nomme Bini Ouattara Daouda, président de la Fondation Adayé Kessié, par ailleurs commissaire général du festival Adayé Kessié, qui valorise la culture Brong.

C’est donc cette société qui a effectué les démarches administratives nécessaires en vue de l’embarquement et du transport des malles en Turquie.

Petit rappel, c’est en décembre 2017 que la société Bini Inter Transit, en tant qu’exportateur, débute les ultimes démarches. À ce propos, voici ce que révèle Issa Ouattara, Directeur général adjoint des Douanes, colonel-major au moment de la rencontre : « Ce que nous savons, en décembre 2017, il y a la société de transit Transcom qui a levé une déclaration d’exportation de statuettes et d’objets d’ornement en bois pour le compte de la société Bini International Transit à destination de la Turquie. Le destinataire s’appelait Dagazanri Sami Sara. »

L’exportation des malles vers l’Europe n’aura cependant pas lieu.

Fraude douanière

Le 4 janvier 2018, au cours du contrôle de la cargaison par les agents des Douanes en service à l’aéroport, dans le magasin de la société National Aviation Services Ivoire (NAS Ivoire), qui fournit des services de manutention au sol au sein de l’aéroport, où les malles avaient été entreposées, une infraction douanière va être constatée.

L’exportateur a fait une fausse déclaration sur la valeur de la marchandise. « (…) On a procédé à la vérification de fond entre les énonciations de la déclaration et les documents qui sont joints. C’est là qu’on a constaté qu’ils ont déclaré une valeur de 260 000 FCFA pour 40 malles, alors que la facture jointe indiquait que ces objets valaient 400 000 euros. Il y a ce qu’on appelle en Douanes une fausse déclaration de valeur. Donc, le service a procédé à un constat. Un PV de constat sur la base des fausses déclarations de ce constat a été rédigé. Le procès-verbal de constat a été dressé le 5 avril 2018. Une amende de 15 millions FCFA a été fixée. Le transitaire a payé l’amende », fait savoir le colonel-major Issa Ouattara.

Malgré le fait que le transitaire se soit acquitté de l’amende, les malles n’ont jamais été embarquées dans un avion. Elles sont restées entreposées dans le magasin de NAS Ivoire. « Une fois qu’on a fait le constat, on a fait la visite physique et on n’a pas trouvé d’anomalies, on a donné le bon à enlever, donc le bon à embarquer. Mais pour une raison qui nous est inconnue, depuis ce jour jusqu’à aujourd’hui, Bini n’a pas enlevé les marchandises et elles sont toujours au magasin de NAS Ivoire », indique le Directeur général adjoint des Douanes.

Avant de livrer une confidence au sujet du maintien des malles dans le magasin de NAS Ivoire : « On a eu l’information par le propriétaire du magasin que la marchandise n’a pas été exportée parce que la raison pour laquelle l’exportation devait se faire, c’était de participer à une foire en Turquie. Compte tenu du fait qu’il n’a pas pu embarquer rapidement, il devait payer une amende de 15 millions FCFA, il a raté la foire. C’est pourquoi les marchandises sont restées là. Comme ces marchandises sont restées longtemps dans le magasin, il y a aussi les frais de dépôt qui s’élèvent à des montants assez importants. Le problème maintenant, c’est qu’il règle le montant qu’il doit à NAS Ivoire et il prend sa marchandise », a-t-il confié.

Au sujet du contenu des caisses métalliques, notre interlocuteur a également apporté les précisions suivantes : « Les services de Douanes, en présence de monsieur Goma Boni, le représentant de l’exportateur, ont ouvert les malles. Ils ont vu que ce qui a été déclaré, c’était effectivement 40 malles contenant des masques. Il y a le détail qui est joint. Il y a 550 objets d’art composés de 300 masques en bois, 50 pots de fleurs en bois, 50 gorilles en bois et 150 statuettes en bois. C’est ce qui figure sur la déclaration d’exportation », a-t-il précisé.

Quelques mois plus tard, après l’échec de la première opération d’embarquement des malles et de leur acheminement en Turquie, une nouvelle tentative d’exportation desdites malles va être initiée.

Nouvelle tentative

Le 13 février 2019, une autorisation d’exportation de 600 objets d’art, composés de 50 éléphants en bois, 50 singes en bois, 300 masques en bois, 200 statues en bois et 100 hippopotames en bois, est délivrée par le musée national du Costume de Grand-Bassam à Francesco Belsito. L’adresse de ce dernier en Côte d’Ivoire mentionnée sur la fiche d’autorisation est celle de la société Bini International Transit, dont le gérant n’est autre que Bini Ouattara Daouda. (Consulter la fiche d’autorisation d’exportation) : https://drive.google.com/file/d/1K0Y-qV4rVopPfM73I8TgtpELbo8PX2cZ/view?usp=sharing

Cette fois-ci, la destination des malles est la Moldavie, en Europe de l’Est. Mais cette nouvelle opération, à l’image de la première, n’aboutira pas.

Bini Ouattara Daouda, chargé d’accomplir les différentes formalités pour l’exportation des objets d’art, est poursuivi devant le parquet du tribunal de première instance du Plateau pour des faits d’abus de confiance portant sur la somme de 40 millions de FCFA. Le plaignant, Diné Adama, lui reproche d’avoir reçu une somme de 40 millions de FCFA en guise d’acompte pour accomplir les formalités administratives en vue de l’exportation de 265 statuettes et objets d’art vers l’Europe, sans avoir honoré ses engagements…

Que cachaient ces opérations d’exportation d’objets d’art en réalité ?

(À suivre)

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