Société

Reçus en main, poches vides.

Ce que réclament les cacaoculteurs de M’batto et d’ailleurs, n’est ni  une faveur, ni une aumône, ni une medaille en chocolat. Ils réclament leur argent. Leur dû. Le prix de leur sueur.  Pour pouvoir se soigner. Se nourrir. Scolariser leurs enfants. Vivre décemment.

« Le président de la République a décidé que désormais, tous les producteurs de café et de cacao, détenteurs de la carte de planteur, bénéficieront, leurs familles et eux, de la couverture maladie universelle prise en charge par le Conseil Café-Cacao… »

L’homme, frais, tout sourire, qui faisait cette annonce accueillie par un tonnerre d’applaudissements en 2024, n’est pas n’importe qui.

Il s’agit du ministre de l’Agriculture et du Développement rural, autorité politique de tutelle du secteur agricole.

Moins de deux ans après, sous un soleil ardent, un producteur est descendu dans la rue, en compagnie de ses compagnons d’infortune, le 07 mai, à M’batto. Konan, Kouassi, N’Goran ? Son nom n’a aucune importance.

Vêtu d’un vieux polo, les traits tirés, le visage fatigué et en sueur, les yeux fixés sur l’objectif, des reçus de livraison de sa production de cacao brandis à mi-visage, il relate sa mésaventure à l’hôpital où il s’était rendu pour une rage de dents.

« Tu n’as pas d’argent, qu’es-tu venu faire ici ? », lui a-t-on rétorqué. Comme pour lui indiquer la sortie.

Son histoire est celle de milliers de cacaoculteurs et de caféculteurs disséminés sur toute l’étendue du territoire, dont le cacao ou le café a été livré, pesé, enregistré et payé avec juste un bout de papier cacheté. Comme au Monopoly.

Et pourtant. La Côte d’Ivoire assure près de 40 % de la production mondiale de cacao. Plus d’un million de planteurs font vivre une filière qui représente environ 15 % du PIB national. Environ 6 à 8 millions de personnes vivent de la cacaoculture.

Paradoxalement, ceux grace à quib ces chiffres sont possibles se retrouvent confinés à la patience.

Lors des Journées nationales du cacao et du chocolat, l’annonce du ministre Kobenan Kouassi Adjoumani, proprement coiffé, costume sur mesure, dans une salle du parc d’exposition, devant un parterre d’invités triés sur le volet, au fréon, était intervenue comme la reconnaissance du labeur des planteurs.

Sauf que, faute de cash, les portes des structures de santé leur restent fermées.

Ce que réclament les cacaoculteurs de M’batto et d’ailleurs, n’est ni  une faveur, ni une aumône, ni une medaille en chocolat. Ils réclament leur argent. Leur dû. Le prix de leur sueur.  Pour pouvoir se soigner. Se nourrir. Scolariser leurs enfants. Vivre décemment.

Dans un pays à peu près normal, les producteurs de la richesse nationale auraient droit à une stèle, à des égards, à une protection réelle.

Hélas, nous sommes en Côte d’Ivoire.

Une fois le cacao livré et exporté, reçus en main, le cacaoculteur reste les poches vides.

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