
Les Ivoiriens : champions du monde du « gbairai », derniers de la classe sur l’essentiel
Promesse tenue : la Côte d’Ivoire a fini par étonner le monde. Ici, une affaire de blanchiment de capitaux peut devenir une simple chronique people, pendant qu’un meurtre passe presque inaperçu.
le buzz est devenu un ministère… sans décret de nomination.
Il faut reconnaître une qualité aux Ivoiriens, ils savent toujours où ne pas mettre leur énergie. Quand il faut débattre de l’insécurité, de la corruption, de la criminalité financière ou des défis économiques du pays, c’est silence de cimetière. En revanche, qu’un influenceur éternue ou qu’une célébrité change de coiffure, et voilà des milliers d’experts autoproclamés qui surgissent de partout. Facebook devient une salle d’audience, TikTok une cour suprême et les commentaires remplacent les enquêtes.
Distraction
L’affaire Mohamed Adnane Achirou, époux de l’influenceuse Marie Paul Adje, en est la preuve éclatante. L’homme comparaît devant le Pôle économique et financier dans une affaire présumée de blanchiment de capitaux, révélée par Enquête Média.
Normalement, dans un pays conscient des enjeux, on devrait s’interroger sur les conséquences d’un tel dossier. Le blanchiment d’argent n’est pas une simple affaire de gros sous. C’est un poison pour l’économie, un accélérateur de corruption. Et surtout l’une des raisons pour lesquelles la Côte d’Ivoire figure encore sur la liste grise du GAFI.
Malheureusement sur la toile ivoirienne, le vrai débat est ailleurs.
Priorités
Les internautes veulent seulement savoir si Marie Paul Adje savait ou si elle ne savait pas. A-t-elle été trompée ? Son mari est-il réellement le milliardaire qu’il prétend être ? Ou simplement milliardaire sur Instagram. Le blanchiment ? Ça, on verra après. D’abord, il faut finir le « gbairai ».
Pendant ce temps, dans le Grand Abidjan, les agressions continuent de semer la terreur. Les présumés meurtriers du chauffeur Yango, sauvagement attaqué à la machette dans la nuit du 5 au 6 juillet 2026, ont été arrêtés. Une information qui devrait cristalliser les attentions tant elle concerne directement la sécurité des citoyens. Mais non.
Silence
Les réactions se comptent sur les bouts des doigts. Quelques lanceurs d’alerte s’indignent. Les autres sont trop occupés à disséquer les vidéos de Maa Bio, à chercher le prochain clash. Ou à commenter les histoires de cœur des influenceurs. Comme si les machettes faisaient moins de dégâts que les stories time Tiktok.
Le plus inquiétant, ce n’est pas que les réseaux sociaux aiment le buzz. C’est qu’en Côte d’Ivoire on a fini par croire que le buzz est une information. Le peuple confond le scandale avec le débat public et les commérages avec l’engagement citoyen.
Réalité
Après tout, pourquoi parler de blanchiment de capitaux. En réalité, les criminels n’ont même plus besoin de se cacher. Ils savent qu’au pays d’Alassane Ouattara, il suffit qu’un influenceur fasse un direct ou qu’un « mouton » lance un buzz pour que tout le monde oublie le reste.
Finalement, le « gbairai » est devenu un sport national. Dommage seulement qu’il ne soit pas discipline olympique… avec le nombre de médailles d’or que la Cote d’Ivoire glanerait…
