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🟢Endeavour Mining : Après le scandale financier impliquant son ex-PDG, l’énigme du prêt de 265,5 milliards FCFA (1ère partie)

En janvier 2024, Sébastien de Montessus est démis de ses fonctions de président-directeur général du groupe Endeavour Mining. À l’origine de son débarquement, le détournement d’un paiement de dette de 5,9 millions de dollars effectué par l’acquéreur de la mine d’Agbaou. Sous sa présidence, la Société des Mines d’Ity, bien qu’économiquement viable, a accumulé des contradictions financières qui ne sont pas passées inaperçues auprès du Trésor public, de la direction générale des Impôts et des Douanes.

Les preuves et documents liés à cette enquête ont été sécurisés avec le réseau SafeBox de Forbidden Stories.

Pour une extraction efficace de l’or du gisement d’Ity, exploité dans la localité de Zouan-Hounien, à l’ouest du pays, la Société des Mines d’Ity (SMI) a envisagé la construction d’une nouvelle usine de traitement du minerai par le procédé de lixiviation au charbon actif, encore appelé Carbon-in-Leach (CIL). Dans le cadre de la mise en œuvre de ce projet, évalué à 412 millions de dollars, soit plus de 236 milliards de FCFA, l’entreprise minière a eu recours à un emprunt étranger.

Signature d’une convention

Le 27 février 2018, une convention de compte courant d’associé d’un montant de 500 000 000 USD, soit 265,5 milliards de FCFA, est signée entre Endeavour Cayman CIV, une société basée aux Îles Caïmans, et la Société des Mines d’Ity SA. Endeavour Cayman CIV, le prêteur, et la SMI, l’emprunteur, appartiennent tous deux au groupe Endeavour Mining. La convention de compte courant prenait effet à compter du 1er janvier 2017. Pour une durée de sept ans, au taux d’intérêt de 2 %.

Non-respect de l’obligation de déclaration

Tous les flux de capitaux privés étrangers qui entrent en Côte d’Ivoire sont soumis à une obligation de déclaration, à des fins statistiques, auprès du Trésor public et de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO). Ces fonds sont utilisés de deux manières. Ils sont soit intégralement mis à la disposition de l’emprunteur dans son pays, avec entrée de devises. Soit, le prêteur se charge du règlement direct, à l’étranger, des fournisseurs de l’emprunteur. La combinaison de ces deux modes d’utilisation n’est pas admise.

Ce qu’il s’est passé avec les fonds reçus

Les documents consultés par www.letau.net convergent. La déclaration de l’emprunt par le dirigeant de la société aurifère auprès du Trésor public ivoirien est intervenue plusieurs années après la réception des fonds.

C’est pourtant depuis le 1er janvier 2017 que l’accord liant les deux parties était effectif. Un document de l’administration fiscale, consulté par letau.net l’atteste.

« Des écritures comptables examinées, il apparaît que SMI rembourse la société mère au travers d’une écriture en compte courant d’associé pour les prestations effectuées par les fournisseurs étrangers. La contrepartie comptable de cette écriture est une inscription en immobilisations en cours, sans passage par un compte de charges et sans ouverture d’un compte fournisseur. Le montant des immobilisations en cours atteint 32 658 420 284 FCFA à la fin de l’exercice 2017. Le montant des dépenses inscrites au compte courant d’actionnaire concerné (« Endeavour CIV ») s’élève à 10 328 643 805 FCFA », constatent les agents du fisc à l’issue d’une opération de contrôle.

C’est finalement le 31 mars 2019, soit plus de deux ans après l’arrivée des fonds, que Mahamadou Issiyakou, directeur général de l’entreprise minière, déclare ledit emprunt auprès de la direction générale du Trésor public. (Lire le courrier.) : https://drive.google.com/file/d/1LZO5hAAKhUvpP_9PKlPJmk-B3dWaYSWn/view?usp=sharing

Déclaration partielle et tronquée

La déclaration effectuée par Mahamadou Issiyakou auprès du Trésor public est largement inférieure au montant constaté à l’issue du contrôle fiscal subi par la SMI.

Dans le courrier transmis par le dirigeant au directeur des Établissements de crédit et des Finances extérieures, les copies des avis de crédit relatifs aux décaissements font état d’un montant de 13 088 105 747 FCFA reçu de l’étranger.

Quelques jours plus tard, le 26 avril 2019, en réponse au courrier du responsable de la SMI, Sanogo Bafétégué, directeur général adjoint du Trésor et de la Comptabilité publique, prend acte de cette déclaration. Il prend également soin de rappeler à son interlocuteur le reliquat de l’emprunt, d’un montant de 252 411 894 253 FCFA. (Consulter le courrier.) : https://drive.google.com/file/d/1hjyXB_kAQT4NYFcyRbWZAJVplPcWa6bj/view?usp=sharing

Silence troublant de la SMI

La piqûre de rappel de M. Bafétégué au sujet du reliquat ne semble pas avoir impressionné le dirigeant de la SMI. Pour connaître  le sort des 252 411 894 253 FCFA restants, la rédaction de www.letau.net  a adressé, le 10 décembre 2025, un courrier de demande d’entretien au directeur général du Trésor et de la Comptabilité publique. (Voir le courrier.) : https://drive.google.com/file/d/142jCULtIUFltDYZy0S04LSYjU-Wwou0v/view?usp=sharing

En lieu et place de l’entretien sollicité, le responsable de la régie financière opte pour une réponse écrite. Dans sa correspondance datée du 2 janvier 2026, Beugré Koffi Amos, directeur général adjoint du Trésor, sans indiquer le montant effectivement déclaré par la SMI, confirme que son institution a bien reçu, le 25 avril 2019 (et non le 31 mars 2019), une déclaration concernant un emprunt d’un montant de 265,5 milliards de FCFA. ( Ci-joint le courrier.) : https://drive.google.com/file/d/175hQ8hyGHWsQH2-SPmCDHbfs9ypO9SQS/view?usp=sharing

Après lecture de cette réponse, une question s’impose : pourquoi la direction générale du Trésor et de la Comptabilité publique, après le courrier de Sanogo Bafétégué réclamant des explications sur le reliquat de 252 411 894 253 FCFA, n’a-t-elle entrepris aucune diligence supplémentaire auprès du dirigeant de la SMI ?

Emprunt quasiment remboursé

Pourquoi Mahamadou Issiyakou n’a-t-il pas donné suite à la demande du Trésor public concernant les 252 411 894 253 FCFA restants ? Que cache le silence du dirigeant de la SMI ?

Les documents comptables du groupe Endeavour Mining et de sa filiale ivoirienne, la Société des Mines d’Ity, consultés par www.letau.net apportent des éléments de réponse à ces interrogations.

Dans la convention de compte courant conclue entre Endeavour Cayman CIV et la Société des Mines d’Ity, la durée du prêt de 265,5 milliards de FCFA est fixée à sept ans.

Mais, à fin février 2022, un état de situation du prêt figurant dans un document comptable du groupe Endeavour Mining indique clairement que la SMI a procédé à un remboursement de 320 200 000 USD, en dollars américains, ainsi qu’à un autre remboursement de 100 000 000 USD, en francs CFA. Le total des remboursements s’élève donc à 420 200 000 USD. Le solde restant dû, au titre du prêt, n’est plus que de 38 800 000 USD.

En somme, l’emprunt obtenu par la SMI auprès d’Endeavour Cayman CIV avait déjà été presque entièrement remboursé.

Remboursement confirmé

Contactée le 24 juin 2025 par la rédaction de www.letau.net  au sujet de cet emprunt, la SMI a réagi par l’intermédiaire de Stanislas Albert, directeur de la Communication d’Endeavour Mining.

Dans sa réponse en date du 27 juin 2025, celui-ci confirme le remboursement intégral du prêt.

« La transaction à laquelle vous faites référence a été structurée sous forme de facilité de crédit renouvelable, et non de prêt à terme. Dans ce cadre, la Société des Mines d’Ity (SMI) n’a mobilisé qu’une partie des fonds disponibles, sans utiliser l’intégralité de la capacité de l’instrument de dette. Nous confirmons que ce prêt a été intégralement remboursé, dans le strict respect des exigences de la BCEAO », explique-t-il dans un courrier électronique. Avant d’ajouter : « La construction du complexe d’Ity, d’un coût d’environ 450 millions de dollars, a été financée par plusieurs dispositifs, essentiellement sur fonds propres. Tous les accords de financement ont été validés par le Conseil d’administration local, au sein duquel l’État ivoirien est représenté. Dans la mesure où ces dispositifs étaient liés à Endeavour Mining, l’État a approuvé l’ensemble des conventions de financement associées. »

« Nous tenons à réaffirmer que notre entreprise respecte scrupuleusement l’ensemble des lois et réglementations en vigueur relatives à ses actifs miniers en Côte d’Ivoire, y compris les dispositions de la BCEAO », assure-t-il en guise de conclusion.

Mais une question demeure. Comment une entreprise qui affirme n’avoir mobilisé qu’une partie de la facilité de crédit a-t-elle pu rembourser intégralement un financement de 265,5 milliards de FCFA, alors qu’elle n’a déclaré auprès du Trésor public ivoirien que 13 088 105 747 FCFA de décaissements en provenance de l’étranger ?

Les documents consultés par www.letau.net mettent ainsi en évidence des zones d’ombres qui méritent d’être éclaircies. Si le financement a effectivement été intégralement remboursé, comme l’affirme Endeavour Mining, quels ont été les flux financiers réellement mobilisés, et pourquoi l’administration du Trésor, après avoir réclamé des explications sur le reliquat de 252 411 894 253 FCFA, n’a-t-elle plus communiqué sur les suites réservées à ce dossier ?

À suivre…

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