
C’est Amnesty International qui le dit.
Chez nous, les yeux sont grands ouverts mais ne voient jamais rien. De vrais Ivoiriens !
Ils ont encore publié leur rapport 2025 sur la situation des droits humains dans le monde. Les gens d’Amnesty International. Ces empêcheurs de gouverner en paix, tels que perçus dans les arcanes du pouvoir. Le décompte s’établit comme suit : arrestations, coups de matraque, décrets d’interdiction. Une comptabilité clinique, presque chirurgicale.
Pour notre pays, ces chiffres dissèquent une méthode efficace qui se porte bien.
Comme à chaque cycle électoral, tout commence par la présidentielle. Le Conseil constitutionnel invalide les candidatures de Laurent Gbagbo et de Tidjane Thiam. Une décision juridique insusceptible de tout recours. Souveraine !
Pour éviter toute forme de contestation, on ferme la rue. Officiellement, pour éviter les débordements. Dans les faits, pour éviter les questions qui fâchent. 11 morts. 1 658 arrestations. 80 condamnations à trois ans de prison pour « trouble à l’ordre public ».
L’ordre public ivoirien est un acquis sacré. Obtenu de haute lutte. Fragile, il doit être préservé, protégé comme la prunelle des yeux.
Autre temps, autre lieu. Des enseignants, las de leurs difficiles conditions de travail, projetaient une grève de 48 heures pour l’obtention d’une prime d’encouragement. Crime de lèse-majesté, malgré la constitutionnalisation du droit de grève. Dix finissent menottés. Le chargé de communication écope de deux ans d’emprisonnement en première instance. Entrave aux services publics. Le message est clair. Interrompre l’école constitue une faute grave. Ce qui s’y enseigne, dans quelles conditions, en revanche, a peu d’importance…
Ce n’est pas tout. Une épidémie de choléra fait 21 morts sur 550 cas détectés. Des quartiers livrés à eux-mêmes. Rien d’anormal. Des familles déguerpies de Gesco-Riviera continuent d’attendre leur indemnisation. Ça viendra sans doute. La patience est un chemin d’or.
Quid de la situation des femmes ? Certaines ont vaincu la peur pour dénoncer les coups, les viols, les silences. 9 607 cas de violences basées sur le genre en 2024, selon les chiffres officiels.
Juste une série de faits. Dispersés, répétés, administrés. Tout va bien. Pas de quoi fouetter un chat.
L’essentiel : notre président, qui jurait la main sur le cœur — le cœur accroché à la Constitution qu’il ne le ferait pas — a finalement été réélu pour un quatrième mandat. L’ordre règne, les institutions fonctionnent.
Chez nous, les yeux sont grands ouverts mais ne voient jamais rien. De vrais Ivoiriens !
Ce qui ne tourne pas rond dans les prisons, les quartiers rasés, les salles de classe, c’est Amnesty qui le dit.
