L'Editorial

A qui profite le feu ?

Parmi les personnes interpellées, combien de véritables financiers identifiés ? Combien de propriétaires réels de pelleteuses retrouvés ? Combien de fournisseurs réguliers de carburant inquiétés ? Combien d’acheteurs d’or illégal poursuivis ? Combien de circuits financiers remontés jusqu’à leur origine ? Combien de bénéficiaires effectifs présentés devant un tribunal ?

C’est le buzz du moment. Le tube de la rentrée. Longtemps ignoré bien qu’il prospérait au vu et au su de tous. La vedette de l’actualité. Il s’accommode de toutes les recettes. De toutes les opinions. Enfin, un sujet qui, pour une rare fois, consacre une convergence parallèle au sein d’une société politiquement marquée. Tout le monde est d’accord pour dire qu’il faut combattre l’orpaillage illégal.

Dans cette guerre, la gendarmerie, en première ligne, s’adonne à une forme de répression-spectacle dont on est en droit de s’interroger, au-delà de l’effet escompté, sur l’efficacité. Comment l’incinération du matériel saisi dans le cadre de cette lutte peut-elle aboutir des résultats durables ? Si tant est que l’objectif final est d’endiguer le fléau.

La mise aux arrêts de quelques « clandos » suffira-t-elle pour démanteler toute la chaîne ? 

Ce qu’il se passe sur le terrain s’apparente à couper les têtes de l’hydre avec la certitude de les voir repousser immédiatement. Détruire les instruments du délit sans les faire parler contribue-t-il à identifier les propriétaires de ces engins ? Les propriétaires des sites ? Les financiers ?

Une pelleteuse n’arrive pas par miracle dans la forêt. Encore moins un concasseur, ou les motopompes et les groupes électrogènes. Aucune station de carburant n’est implantée sur un site d’orpaillage.

Ces équipements représentent des investissements. Derrière ces investissements, il y a des capitaux. Et derrière ces capitaux, des personnes. Des noms. Qui ?

C’est précisément là que commence la partie la plus intéressante de l’histoire. Depuis 2021 jusqu’au premier semestre 2026, les autorités annoncent plus de 8 500 sites d’orpaillage illégal déguerpis et 4 474 personnes déférées. Plus de 960 millions de francs CFA et environ 136 kilogrammes d’or saisis.

Parmi les personnes interpellées, combien de véritables financiers identifiés ? Combien de propriétaires réels de pelleteuses retrouvés ? Combien de fournisseurs réguliers de carburant inquiétés ? Combien d’acheteurs d’or illégal poursuivis ? Combien de circuits financiers remontés jusqu’à leur origine ? Combien de bénéficiaires effectifs présentés devant un tribunal ?

Sans réponse à ces questions, autant l’admettre, cette guerre est perdue d’avance.  Un clando se remplace le lendemain. Une motopompe brûlée se rachète. Pareil pour un concasseur, une pelleteuse… Le capital, lui, demeure.

À l’inverse, toucher au bénéficiaire effectif, c’est tarir la source. Voilà pourquoi les images spectaculaires d’engins en flammes posent une question plus dérangeante que celle de leur simple destruction. À qui profite le feu ?

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