Economie

Fin de l’enlèvement du stock résiduel : le cacao scellé, un caillou dans la chaussure du Conseil du café-cacao

À quelques semaines de l’ouverture de la campagne cacaoyère 2026-2027, le sort du cacao scellé ravive les tensions entre des responsables de coopératives et le Conseil du café-cacao (CCC).

Dans un communiqué publié le 5 août, l’organe de régulation a annoncé la fin des opérations d’enlèvement du stock résiduel de cacao. Cette décision qui aurait dû rassurer les acteurs de la filière, a plutôt suscité la colère de plusieurs syndicats et associations. Ceux-ci réclament désormais un audit des enlèvements effectués. Derrière cette contestation se trouve un dossier particulièrement sensible : celui du cacao scellé, plus connu sous la dénomination de cacao traçable.

Issu d’une opération pilote

En vue de rendre opérationnel son nouveau système dans le cadre de la norme ARS 1000, le CCC avait lancé une opération pilote avec un nombre limité de coopératives. Celles-ci devaient respecter les exigences de cette norme, appelée à devenir obligatoire à partir de la campagne 2026-2027. Le cacao produit dans ce cadre se distingue donc du cacao ordinaire. Mais, lors de l’opération exceptionnelle destinée à résorber les stocks invendus, les détenteurs de cacao scellé affirment avoir été lésés. Face à la chute des cours internationaux et aux difficultés d’écoulement rencontrées par les producteurs, le CCC avait engagé l’enlèvement d’un important stock résiduel. Le volume de l’opération est estimé à 100 000 tonnes par certaines sources et à 123 000 tonnes par d’autres. L’appui financier de l’État est, lui aussi, évalué, selon les versions, à 280 milliards ou à 291 milliards de francs CFA. Mais les détenteurs de cacao scellé soutiennent qu’ils n’ont pas bénéficié équitablement de cette opération.

Un contentieux de 15 milliards de francs CFA

Après plusieurs tentatives de règlement avec le directeur général du CCC, Yves Brahima Koné, les responsables concernés ont saisi la justice pour obtenir réparation. Dans cette procédure, le directeur général du CCC est accusé d’abus de confiance portant sur un montant de 15 milliards de francs CFA. En lieu et place du paiement réclamé, il aurait opté pour l’enlèvement d’une partie du cacao scellé, dont le volume est estimé à plus de 10 000 tonnes par les plaignants.

C’est dans ce contexte judiciaire que le communiqué qui annonce la fin des opérations d’enlèvement prend une tout autre dimension. De sources proches du dossier, le CCC disposerait encore d’une capacité d’enlèvement estimée à 7 000 tonnes. Cette quantité pourrait servir à récupérer une partie du cacao scellé et à apaiser le contentieux. Pour l’heure, aucune date officielle n’a cependant été arrêtée à ce propos. Des indiscrétions évoquent une possible opération au début ou au milieu de la semaine prochaine. Une information qui n’est, pour l’instant, confirmée par aucun document officiel.

Démenti

Interrogé, un administrateur du Conseil du café-cacao renvoie au communiqué du 5 août. « Il faut vous en référer au communiqué officiel du CCC. S’il existe encore un stock à enlever, nous n’en avons pas connaissance et nous nous inscrivons en faux contre la rumeur faisant état d’un probable enlèvement d’un quelconque stock de cacao », affirme-t-il. Cette déclaration est contestée par un président de coopérative détenant du cacao scellé. « Nous qui détenons du cacao scellé, avons été informés que des discussions seraient en cours pour enlever notre cacao. Ce n’est pas un secret, même si le CCC feint d’ignorer les réalités liées au cacao scellé », soutient-il. Entre le communiqué officiel du CCC et les informations recueillies auprès des coopératives, une question demeure : les opérations d’enlèvement sont-elles réellement terminées ou une dernière opération est-elle envisagée pour régler l’épineux dossier du cacao scellé ?

Pour les organisations de producteurs, seul un audit des enlèvements permettrait de connaître les volumes effectivement récupérés, l’identité des bénéficiaires et le sort réservé aux coopératives engagées dans l’opération pilote de traçabilité.

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