L'Editorial

A qui a profité la rébellion ?

À qui, au fond, a le plus profité la rébellion ? Était-ce juste pour la satisfaction d’intérêts particuliers ? Quel était l’idéal à l’origine de son déclenchement ? Le projet ? Qu’a-t-elle rapporté à notre communauté de destin ? Quelles leçons en avons-nous tirées ?

C’est un événement particulier que se prépare à vivre le village de Nahio, dans le département d’Issia, dans quelques semaines. Les funérailles des victimes des violences électorales qui ont endeuillé des familles. Un an après, où en est l’enquête ?

Dans sa prise de parole, le 16 septembre 2026, le procureur de la République, s’exprimant sur le dossier Justin Katinan Koné, avait clairement laissé entendre que toutes les personnes impliquées dans les violences survenues pendant la période électorale seraient poursuivies et subiraient la rigueur de la loi. On est en droit d’espérer que cette déclaration de bonnes intentions vaut pour tous. Sans exception.

À Nahio, en effet, des personnes ont perdu la vie au prétexte qu’elles se seraient opposées au déroulement du scrutin.

Cela suffira-t-il à absoudre leurs bourreaux des griffes de la justice ?

Le parquet d’Issia avait annoncé, au lendemain des faits, l’ouverture d’une enquête afin de situer les responsabilités. Un an plus tard, où en est-elle ?

Là réside le défi. Le test grandeur nature pour notre État de droit. Notre démocratie. Dans sa capacité à s’affranchir des pesanteurs politiques et des clivages partisans pour que force reste à la loi en toute circonstance.

Ce qui ne semble malheureusement pas toujours être le cas, selon la perception diffuse incrustée dans l’imaginaire collectif.

Alors que le ministre de la Communication, porte-parole du gouvernement, avait publiquement révélé : « Nous avons les moyens d’aller vous chercher même dans votre lit », avec toute la morgue qu’on lui connaît, l’opinion reste depuis sans nouvelles de l’un des présumés auteurs des violences de Nahio qui a révélé, dans une vidéo abondamment relayée sur les réseaux sociaux, son implication dans les violences survenues.

À quel moment les fameux moyens évoqués par l’inénarrable porte-parole sont-ils utilisés pour le retrouver  ? Lui et ses acolytes.

Le mis en cause a  facilité la tâche des enquêteurs. Pourquoi est-ce si difficile de le retrouver et de le présenter devant la justice ? Si tant est qu’on le veuille.

Dans un pays qui vient de commémorer le 24e anniversaire de la mutinerie des 18 et 19 septembre 2002, qui s’est ensuite muée en rébellion, que faut-il penser du peu d’entrain à vouloir demander des compte à une catégorie de justiciables ?

Pour mémoire, cette rébellion avait été déclenchée sur fond d’accusations de stigmatisation et d’exclusion d’une partie de la population. Ce qui s’apparente, aujourd’hui, à bien des égards, à un traitement préférentiel pour les uns, à une injustice pour les autres, contribue-t-il à exorciser les ressentiments et les démons du passé ?

Un quart de siècle plus tard, osons la question sur la base de ce constat irréfutable. Grâce à cette remise en cause de l’ordre établi, certains ont vu leurs ambitions personnelles se réaliser. D’autres, leurs conditions sociales s’améliorer considérablement. À qui, au fond, a le plus profité la rébellion ? Était-ce juste pour la satisfaction d’intérêts particuliers ? Quel était l’idéal à l’origine de son déclenchement ? Le projet ? Qu’a-t-elle rapporté à notre communauté de destin ? Quelles leçons en avons-nous tirées  ? Quel était le projet  ?

Si l’injustice et le sentiment de traitement différencié ont historiquement nourri les fractures ivoiriennes, que faisons-nous aujourd’hui pour ne pas les voir se reproduire demain ?

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