
Arrivage des fèves de cacao dans les ports : des exportateurs contestent les chiffres du Conseil du Café-Cacao.
Trois semaines après l’ouverture officielle de la campagne cacaoyère 2026-2027, l’arrivage de fèves de cacao dans les ports ivoiriens restent en dessous des attentes. Entre les chiffres communiqués par le Conseil du Café-Cacao (CCC) et ceux avancés par des sources portuaires et des exportateurs, la guerre des chiffres que se livrent les différents protagonistes ne suffit pas toujours à masquer le constat qui parle de lui-même.
Le Conseil du Café-Cacao, organe de régulation de la filière chargé notamment de la commercialisation intérieure et extérieure du cacao, indiquait, dans une récente publication sur sa page Facebook, qu’à la date du 13 septembre, les arrivages cumulés dans les ports d’Abidjan et de San Pedro étaient estimés à 26 000 tonnes, contre 38 000 tonnes à la même période de la campagne précédente.
Système national de traçabilité
La même publication précisait que l’ensemble du cacao arrivé dans les ports a été acheté dans le cadre du nouveau système. Le Système national de traçabilité (SNT), mis en place dans le cadre de la réforme de la commercialisation et de la traçabilité du cacao.
Un chiffre contesté par plusieurs sources proches des activités portuaires. Selon ces dernières, les volumes effectivement réceptionnés dans les ports seraient beaucoup plus faibles, autour de 4 000 tonnes. Le même chiffre est avancé par plusieurs exportateurs interrogés. Ces derniers ne cachent pas leur inquiétude face à la lenteur des arrivages.
« Le cacao ne descend pas. Même si on pouvait s’attendre à cela durant la première semaine, à la deuxième semaine, on constate que le port est toujours vide », s’inquiète l’un d’entre eux. Lors de notre passage dans la zone portuaire le vendredi 18 septembre, quelques rares camions étaient stationnés devant les installations d’Outspan et de Cargill. Un constat qui permet de se faire une idée de la faiblesse des mouvements observés. « Les semaines à venir constitueront un véritable test pour voir si la campagne sera intéressante », poursuit notre interlocuteur.
Trouver une solution…
Sur le terrain, la situation semble également marquée par une certaine prudence. Au téléphone, plusieurs coopératives et des acheteurs de cacao affirment ne pas avoir véritablement commencé leurs opérations d’achat. Ils évoquent principalement le manque de liquidités, mais aussi la nécessité de trouver une solution au stock issu de la précédente campagne.
« Nous voulons d’abord trouver une solution au stock avant de commencer », explique un responsable de coopérative basé à Gagnoa.
Le même constat prédomine dans la région d’Abengourou. Plusieurs magasins restent fermés. Ceux qui sont ouverts ne sont pas réellement en activité, malgré les actions de sensibilisation menées par le Conseil du Café-Cacao auprès des acteurs de la filière.
Tensions sociales
Cette faible activité intervient alors que la filière est secouée par des tensions sociales. L’Organisation interprofessionnelle agricole (OIA) multiplie les appels au calme après les différents mots d’ordre de grève lancés par Koné Moussa, président du SYNAP-CI. Toutefois, l’impact réel de cette situation sur les arrivages reste toutefois difficile à évaluer. De l’avis de certains acteurs, la faiblesse des volumes acheminés vers les ports est avant tout liée à un manque de cacao disponible sur le terrain et non au mouvement de grève.
D’autres estiment, au contraire, que les perturbations observées relèvent des difficultés d’adaptation au nouveau système de commercialisation et de traçabilité. La mise en œuvre du SNT nécessite notamment une période d’apprentissage pour certains acheteurs et producteurs, particulièrement dans les zones où le faible niveau d’alphabétisation complique l’utilisation des nouveaux outils et procédures.
Arrivages faibles
Au-delà de la bataille des chiffres, une réalité semble faire consensus : les arrivages demeurent faibles par rapport aux attentes affichées en début de campagne. Les prochaines semaines devraient donc permettre de mieux comprendre l’origine de cette différence et surtout de mesurer la capacité du nouveau Système national de traçabilité à fonctionner à grande échelle. Pour le Conseil du Café-Cacao, le mois de septembre constitue ainsi un véritable test grandeur nature de l’application du nouveau système de commercialisation et de traçabilité.
