
Côte d’Ivoire-Ghana, Initiative Cacao : une alliance, deux politiques de prix
Un peu plus de 8 ans après son lancement, l’initiative cacao, l’alliance entre les deux principaux producteurs mondiaux de cacao ont choisi de rapprocher leurs positions pour peser davantage face aux négociants, aux industriels et au marché mondial revele ses fragilités à la faveur de la campagne 2026-2027
La coopération a vite été présentée comme une sorte d’« OPEP du cacao » lorsque les deux pays, la Côte d’Ivoire et le Ghana qui contrôlent l’essentiel de l’offre mondiale ont décidé d’agir de concert pour peser davantage sur le rapport de force avec les acheteurs. Près d’une décennie après les premières initiatives communes, le bilan est désormais plus que contrasté.
Deux pays, deux prix
En Côte d’Ivoire, la campagne 2026-2027 a démarré le 1er septembre. Le ministre de l’Agriculture, Bruno Nabagné Koné, a annoncé un prix bord champ maintenu à 1 200 FCFA le kilogramme. Un net recul par rapport aux 2 800 FCFA de la campagne précédente, justifié par l’effondrement des cours mondiaux depuis fin 2025.
Au Ghana, le prix actuellement en vigueur est de 41 392 cedis la tonne, soit 2 587 cedis le sac de 64 kilogrammes – un niveau fixé en février 2026 par le ministre des Finances Cassiel Ato Forson, à l’occasion d’une révision d’urgence face à la chute des cours, et reconduit depuis pour la light crop season. Converti au taux de change actuel (environ 49,6 FCFA pour 1 cedi début septembre), cela représente environ 2 050 FCFA le kilogramme.
L’écart équivaut à environ 850 FCFA par kilogramme. Le double du prix ivoirien, presque.
Un nouveau prix ghanéen pour la campagne principale 2026-2027 doit être annoncé le 11 septembre prochain. Cocobod évoque une fenêtre habituelle entre août et octobre, sans date arrêtée à ce jour. Mais le chiffre actuellement en vigueur suffit déjà à poser la question : deux pays qui avaient annoncé vouloir défendre ensemble le revenu de leurs producteurs se retrouvent avec des politiques de rémunération qui n’ont plus grand-chose en commun.
Une alliance qui ne semble plus produire les mêmes effets
Sur le papier, la coopération reste pertinente. Les deux pays ont un intérêt commun à renforcer leur pouvoir de négociation et à mieux capter la valeur créée par le cacao. C’est précisément ce que devait porter l’Initiative Cacao Côte d’Ivoire-Ghana (CIGCI). Dans la pratique, les intérêts nationaux reprennent régulièrement le dessus. La fixation des prix est justement le domaine où une coordination réelleest moins visible. Comment expliquer que deux pays voisins, aux bassins de production comparables, en arrivent à des niveaux de rémunération à ce point éloignés ?
Risque de contrebande
Un différentiel de prix aussi marqué crée mécaniquement une attraction. Le phénomène de fèves déplacées d’un pays vers l’autre pour profiter d’un meilleur prix n’est pas nouveau dans la sous-région. Il a déjà été documenté par le passé, notamment lors des écarts de prix des années précédentes. Pour la campagne 2026-2027, nul besoin d’avancer que l’écart de prix renforce le risque de contrebande transfrontalier que l’alliance entre Abidjan et Accra était censée limiter.
Deal de dupes ?
Il serait excessif d’affirmer que la Côte d’Ivoire et le Ghana sont engagés dans un deal de dupes, sans connaître le détail des discussions internes entre les deux gouvernements. Cependant, l’écart entre les ambitions affichées et les chiffres publiés, eux, ne relève plus de l’interprétation.
Si les deux pays veulent réellement agir comme un bloc, la coordination ne peut pas se limiter aux déclarations de sommet. Elle doit se lire dans les décisions concrètes : calendrier des campagnes, mécanismes de fixation des prix, lutte contre la contrebande, partage de la valeur avec les producteurs.
Le vrai test de l’Alliance
Le test n’est plus de savoir si les deux pays peuvent signer des accords. Ils l’ont déjà fait, et plusieurs fois. La question est de savoir s’ils sont capables de les appliquer quand leurs intérêts nationaux divergent. Une alliance ne se mesure pas au nombre d’accords signés, mais au coût que les parties sont prêtes à payer pour les tenir.
Et si l’un des deux partenaires n’est manifestement pas disposé à consentir ce sacrifice, l’autre ferait bien de vérifier qu’il n’est pas en train de payer l’addition pour deux.
