L'Editorial

Corruption : le meilleur est à venir

La Journée nationale de l’excellence 2026, célébrée le 4 août, est apparue comme le révélateur de la vertu et de la réussite à l’ivoirienne. Une radiographie sans filtre de notre rapport à l’intérêt général.

Parmi les lauréats, le MDL-chef Ibo Franck, récompensé après avoir refusé des propositions et saisi plus de cent kilogrammes d’or. Un acte qui aurait dû imposer le respect. Mais sous les publications consacrées au gendarme, une partie de l’opinion a préféré rire.

« Tout le monde ne peut pas être riche dans la vie », écrit un internaute. « Si c’était moi, j’ai jeté la tenue », affirme un autre. Un troisième assure qu’il serait déjà « aux Bahamas ». D’autres prétendent que le gendarme ignorait la valeur de l’or ou qu’il regrette déjà son geste.

Chez nous, la vertu est parfois perçue comme un manque de lumière. L’intégrité ne fait pas partie des habitudes. Ou du moins, très peu. Surtout face aux opportunités. Ne dit-on pas qu’occasion manquée, c’est péché ?

Cette réaction collective révèle une conception particulière de la réussite. Être honnête est accessoire. Il faut réussir vite. Peu importe les moyens. Montrer les signes extérieurs de cette réussite et, surtout, ne pas laisser passer les occasions que procure une position stratégique.

C’est aussi ce qui éclaire, au moins en partie, notre penchant pour certains concours de la fonction publique. Notamment ceux du Trésor, des Impôts et des Douanes. Ces administrations sont perçues comme la voie royale pour rompre avec l’impécuniosité. Dans l’imaginaire populaire, elles sont associées à l’argent, aux avantages, aux réseaux et aux possibilités d’ascension rapide.

L’attrait que suscitent ces concours dit de nous ce qu’est la majorité. Un peuple qui déifie l’avoir. Quitte à céder son âme au plus offrant.

On fustige la corruption lorsqu’elle ne nous profite pas ou ne profite pas à un membre du clan. On condamne le fonctionnaire qui détourne. On se montre clément lorsque ce fonctionnaire est un parent, un proche.

La corruption prospère ainsi dans une étrange ambiguïté. Publiquement, elle est condamnée. Intimement, ça dépend de la proximité du mis en cause avec nos intérêts. Voilà notre sens de l’intelligence sociale.

Ouattara peut donc signer tous les décrets qu’il veut, multiplier les institutions de lutte contre la corruption. Nos mentalités ne changeront pas.

En auscultant la gouvernance publique d’hier à aujourd’hui, on s’en rend à l’évidence. Ce qui choquait auparavant se justifie désormais. Comme le chantait déjà une célèbre chanson zouglou, « Même les juges de touche ont baissé drapeaux ».

Pour la corruption, le meilleur est sans aucun doute à venir. La gouvernance vertueuse peut aller se rhabiller.

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