
An 66 de la Côte d’Ivoire : Célébration de l’indépendance ou cérémonie d’hommage à Ouattara ?
Le président Alassane Ouattara voulait mettre fin aux démonstrations de soutien organisées en son honneur. Une décision destinée à calmer les guerres de positionnement au sein du RHDP et à mettre un frein au culte de la personnalité. Mais à Yopougon, Adama Bictogo semble avoir choisi de faire l’inverse. En transformant la célébration de l’Indépendance en opération de glorification du chef de l’Etat.
Le jeudi 2 juillet 2026, le magazine « Africa Intelligence » révélait que le chef de l’État, Alassane Ouattara, avait décidé de suspendre les manifestations organisées en son honneur par le RHDP. La raison ? Ces démonstrations devenaient non seulement dispendieuses, mais alimentaient surtout les rivalités entre les poids lourds du parti au pouvoir. Le 10 juin 2026, un communiqué émanant du service communication du ministère de la Défense interdisait l’organisation d’une journée hommage au vice-premier ministre, ministre de la Défense. (Lire le communiqué) : https://drive.google.com/file/d/1WhMgMUBWUvZOIouErMbeDub0EfeX63mQ/view?usp=sharing
Mais visiblement, certains n’ont pas reçu la note. Ou alors, ils ont préféré l’ignorer.
Hommage
A la Une du journal « RHDP News » n°959 du lundi 3 août 2026, Adama Bictogo annonce fièrement que « Yopougon est debout pour rendre hommage à ADO ». Célèbre-t-on l’Indépendance de la Côte d’Ivoire ou l’homme qui dirige aujourd’hui le pays ? La nuance est fondamentale.
Le 7 août n’est pas la fête d’un parti politique. Ce n’est pas davantage le jour consacré à la célébration d’un président, aussi populaire ou influent soit-il. Cette date symbolise l’émancipation d’un peuple, la souveraineté nationale, les sacrifices consentis par plusieurs générations et l’engagement collectif pour bâtir une nation libre. En substituant cet idéal à un hommage personnalisé, on vide progressivement cette commémoration de sa substance républicaine. Et c’est précisément là que réside le problème.
Fête nationale
À force de vouloir mettre ADO au centre de tout, certains finissent par reléguer la Côte d’Ivoire au second plan. Une fête nationale ne devrait jamais devenir une opération de communication politique. Au risque de faire en sorte que chaque responsable local utilise les symboles de la République pour régler ses calculs de carrière. Il ne faut pas être naïf.
Délicat
Depuis plusieurs mois, Adama Bictogo traverse une période politiquement délicate. Son ambition affichée et ses rapports parfois tendus avec certains cadres du RHDP l’ont éloigné du premier cercle du pouvoir. Dans ce contexte, cette démonstration de fidélité ressemble moins à un acte spontané qu’à une tentative de reconquête politique. En politique, chacun cherche sa place. Mais la République ne devrait jamais servir de marche-pied à une opération de repositionnement.
Patrimoine
Monsieur le Maire, la Côte d’Ivoire mérite mieux. L’indépendance est le patrimoine commun de tous les Ivoiriens : militants, opposants, abstentionnistes et citoyens sans étiquette. Elle n’appartient ni au RHDP, ni au PPA-CI, ni au PDCI, ni à aucun homme providentiel. Elle appartient au peuple. À vouloir transformer le 7 août en meeting d’hommage, on prend le risque d’effacer ce qui fait la grandeur de cette journée : l’unité nationale.
Ne dit-on pas que quand le tam-tam annonce la fête du village, chacun vient danser. Mais si tu commences à jouer seulement pour ton chef, les autres vont rentrer à la maison…
