Société

Toilettes des hôpitaux publics : On y entre en bonne santé, on en ressort malade !‎

‎Ils viennent à l’hôpital pour se soigner ou accompagner un malade, mais tombent sur une autre galère. L’insalubrité des toilettes. Entre les heures d’attente à n’en point finir, des locaux souvent négligés et quasi inutilisables, incursion dans un nid d’infections diverses.

‎« Tu viens pour guérir, mais c’est le cadre qui te rend encore plus malade. » Ces mots, lâchés avec un mélange de colère et de résignation, donnent le ton de cette plongée dans les toilettes de quelques hôpitaux publics d’Abidjan.‎À deux pas de Playce Palmeraie, M.F, une étudiante d’une vingtaine d’années, marche vite. Son t-shirt est trempé de sueur, elle respire à peine. Dans un sac plastique serré contre elle, des pots de yaourt nature. Un achat de dernière minute pour sa mère, hospitalisée dans un centre de santé communautaire pas loin. Quand on l’interroge, son visage se renferme. Ce n’est pas de l’état de sa mère qu’elle parle en premier.

‎” Vraiment dégoûtant ! “

‎« Les toilettes… C’est ça qui m’a le plus choquée. C’est dégoûtant. Vraiment dégoûtant. Une odeur insupportable t’accueille avant même d’entrer. Nous, les accompagnants, on ne sait même pas où se soulager. Alors imaginez les malades qui peuvent à peine marcher… », lâche-t-elle, amère.

‎Malheureusement, son histoire ressemble à celle de beaucoup d’autres accompagnants croisés au fil de cette enquête. ‎Dans plusieurs centres de santé d’Abidjan, les plaintes ne se limitent plus aux délais d’attente. Elles portent désormais sur un problème bien visible : des sanitaires délabrés et mal entretenus.

‎‎Première étape, M’Pouto. Il est un peu plus de 20 heures, ce mercredi 15 juillet 2026, quand www.letau.net  franchit le portail du Centre de santé communautaire de ce village avec un proche malade. Dans la cour, les néons diffusent une lumière blanchâtre. ‎À l’accueil, des familles attendent en discutant à voix basse. D’autres fixent des ordonnances qu’elles serrent dans leurs mains. Un vieil homme, perfusion au bras, marche lentement, soutenu par son fils, vers la salle d’hospitalisation. Plus loin, les infirmières prennent les constantes des patients. K.S., notre malade, est vite pris en charge. Quelques minutes plus tard, un besoin pressant nous pousse à chercher les toilettes.

‎Forte odeur

‎Une forte odeur d’urine et d’humidité envahit le couloir qui y mène. Les chasses d’eau ne fonctionnent plus depuis un moment. Les murs portent des traces d’infiltration. Les portes grincent à chaque ouverture. Encore plus surprenant, hommes et femmes utilisent les mêmes toilettes. À côté, une autre porte reste fermée à clé, avec l’inscription « Dames ». Un membre du personnel révèle : « Ces toilettes sont réservées aux infirmières ». Un accompagnateur, visiblement habitué, confirme : « Même quand on leur demande la clé, elles refusent souvent de l’ouvrir. On est obligé d’utiliser les toilettes communes ». Comment expliquer qu’un espace pour femmes reste inaccessible alors que des dizaines de patientes viennent chaque jour ? Une infirmière, sous couvert de l’anonymat explique que d’habitude, ces toilettes sont accessibles, et que c’est par erreur qu’un membre de l’équipe a pris la clé sans s’en rendre compte. Elle assure que ça sera réglé rapidement.

‎Signes d’usure

‎Au Centre de santé communautaire d’Anono, les murs pourtant repeints récemment laissent voir les marques du temps. Comme si le bâtiment refusait de faire peau neuve. Les sanitaires montrent des signes d’usure évidents. L.S, patiente en maternité, se plaint aussi du manque d’entretien. Selon elle, la faute revient autant aux patients qu’au personnel d’entretien. « Nous sommes responsables de ce manque d’hygiène. Figurez-vous que certaines personnes, après avoir utilisé les toilettes, les laissent dans un état dégoûtant. D’autres ne tirent même pas la chasse. Je l’ai vécu au CHU de Treichville : après le passage d’une dame âgée, j’ai été tellement choquée que j’ai renoncé à ma pause pipi. Et le personnel d’entretien, souvent, il fait ça à la va-vite. Du coup, la propreté laisse à désirer », explique-t-elle.

‎Autre endroit, même constat. À l’hôpital Henri Konan Bédié d’Abobo-Banco , les installations semblent avoir souffert du temps et de la forte affluence. Les toilettes dégagent une odeur persistante d’urine fraîche. Plusieurs usagers disent les éviter autant que possible. E.K est remontée : « Il vaut mieux se soulager à la maison avant de venir », prévient cette habitante de la commune dirigée par madame kandia Camara.

Tableau plus reluisant

‎Au terminus des lignes 81-82, au Centre de santé communautaire d’Angré, le tableau est un peu plus reluisant. Le bâtiment a fière allure. Les toilettes hommes et femmes sont toutes fonctionnelles. Seul hic : le manque d’hygiène de certains visiteurs laisse à désirer. Leur passage aux toilettes tourne à la catastrophe hygiénique. Dans les salles d’attente, les regards fatigués croisent ceux des infirmiers qui passent d’un patient à l’autre sans répit. Ici, tout le monde reconnaît les efforts du personnel soignant. Mais beaucoup confient que l’insalubrité des toilettes vient de la négligence des patients eux-mêmes, qui ne prennent pas soin de tout laisser propre après leur passage. « Les infirmiers font ce qu’ils peuvent avec les moyens qu’ils ont », souffle un homme venu accompagner sa femme.

En principe, on entre à l’hôpital pour combattre la maladie. On ne devrait pas ressortir des toilettes de cet endroit plus malade qu’auparavant.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous n'êtes pas autorisé à copier cette page