Société

« Pour la libération de Hugues Comlan Sossoukpè » : L’appel de RSF et de 50 journalistes ouest-africains

Il y a un an, le journaliste béninois était enlevé à Abidjan puis transféré de force au Bénin. RSF et 50 journalistes appellent le président Wadagni à le libérer, ainsi qu’Ali Moumouni.

L’histoire d’Hugues Comlan Sossoukpè est digne d’un mauvais film d’action. Le fondateur du média en ligne Olofofo s’est fait connaître pour sa couverture critique des élections législatives de 2019 au Bénin, qui lui a valu son lot de menaces ainsi qu’un exil forcé vers le Togo. S’ensuivront plusieurs années de jeu du chat et de la souris : le journaliste change de domicile, et même de pays, au fil des alertes concernant sa sécurité. Jusqu’à obtenir le statut de réfugié au Togo en 2021.

Pourtant, le 10 juillet 2025, il est enlevé à Abidjan, avant d’être envoyé de force au Bénin le soir même, à bord d’un avion privé. Du jamais-vu dans la région. RSF a retracé ce rapt maquillé en coopération judiciaire.

L’histoire ne s’arrête pas là. Six jours plus tard, Ali Moumouni, collaborateur d’Olofofo, est, lui aussi, arrêté et incarcéré à la prison civile de Cotonou.

Traité comme un criminel

À ce jour, aucune date de procès n’est fixée pour les deux journalistes. RSF a saisi la Cour de Justice de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) pour faire sanctionner le rôle de la Côte d’Ivoire et du Bénin dans l’enlèvement, la séquestration et le transfert forcé du journaliste d’investigation.

Durant sept mois, Hugues Comlan Sossoukpè a été traité comme un criminel à la prison civile de Ouidah : aucune visite tolérée, pas de sortie dans la cour de la prison, isolement strict… Si ses conditions de détention se sont légèrement améliorées depuis le printemps – visites de la famille et sorties dans la cour autorisées – sa situation reste inquiétante.

Souffrant de problèmes oculaires, Hugues Comlan Sossoukpè n’a pas pu avoir accès à un ophtalmologue, malgré plusieurs demandes réitérées depuis décembre 2025.

Modèle boiteux

L’enlèvement d’Hugues Comlan Sossoukpè a posé une chape de plomb sur l’exercice du journalisme au Bénin. Il est le symbole de la dégradation de la situation pour les professionnels des médias dans le pays, qui a d’ailleurs perdu 21 places au Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF en 2026.

Élu en avril 2026, Romuald Wadagni n’a pas exprimé d’engagement ferme pour améliorer la situation de la liberté de la presse. RSF lui en propose un : libérer dès que possible Hugues Comlan Sossoukpè et Ali Moumouni, détenus arbitrairement. Le modèle béninois, qui jouissait pourtant d’une bonne réputation dans la sous-région, continuera de boiter tant que des journalistes se trouveront, dans le cadre de détentions prolongées et arbitraires, dans ses geôles.

Liste des signataires :

1.Virgile Ahouanse, directeur de l’information de la web radio Crystal News (Bénin)

2.Moussa Aksar, directeur de publication de L’Événement, ancien président de la Cellule Norbert Zongo pour le journalisme d’investigation en Afrique de l’Ouest – CENOZO (Niger)

3.Anas Aremeyaw Anas, président du Whistleblowers, Activists and Journalists Safety International Center – WAJSIC (Ghana)

4.Ferdinand Mensah Ayité, directeur de publication du journal L’Alternative (Togo)

5.Mamadou Bah, rédacteur en chef adjoint de Soleil FM (Guinée)

6.Indira Correia Baldé, journaliste, présidente du Syndicat des journalistes de Guinée-Bissau (Guinée-Bissau)

7.Nouhou Baldé, journaliste guinéen et fondateur du site d’information en ligne Guinée Matin (Guinée)

8.Mohamed Bangoura, directeur de publication de Mosaiqueguinee.com (Guinée)

9.Diawo Barry, directeur de publication du Groupe de presse Le Lynx-La Lance (Guinée)

10.Boubacar Sanso Barry, journaliste et administrateur général du site d’informations Ledjely.com (Guinée)

11.Mustapha Darboe, journaliste d’investigation, fondateur du journal en ligne The Republic (Gambie)

12.David Dembele, journaliste d’investigation, président du conseil d’administration de la CENOZO (Mali)

13.Abdoulaye Diallo, journaliste, membre du conseil d’administration de RSF (Burkina Faso)

14.Mamadou Djimtebaye, directeur général et fondateur de Tchadinfos (Tchad)

15.Kofi Adu Domfeh, directeur de l’information du Multimedia Group Limited (Ghana)

16.Erastus Asare Donkor, journaliste d’investigation, rédacteur en chef adjoint du Multimedia Group Limited (Ghana)

17.Raymond Faladé, journaliste (Bénin)

18.Ibrahima Lissa Faye, directeur de publication de PressAfrik (Sénégal)

19.Dina Ferreira, directrice de l’information de la Télévision du Cap-Vert (Cap-Vert)

20.Geremias Furtado, président du Syndicat des journalistes du Cap-Vert (Cap-Vert)

21.Peter Gomez, directeur de la West Coast Radio (Gambie)

22.El Hadji Malick Guitteye, rédacteur en chef de Joliba TV (Mali)

23.Ibrahim Harouna, journaliste, ancien président de la Maison de la presse (Niger)

24.Pesce Hounyo, rédactrice en cheffe de Reporter Bénin (Bénin)

25.Baba Hydara, co-directeur de publication du journal The Point (Gambie)

26.Ibanga Isine, journaliste, enseignant, membre du Conseil d’administration de la CENOZO (Nigeria)

27.Mahamadou Kane, rédacteur en chef adjoint de la Radio Kledu (Mali)

28.Isatou Keita, journaliste, président de la Gambian Press Union (Gambie)

29.Magloire Têko Kinvi, directeur de Publication du journal Flambeau des démocrates (Togo)

30.Noël Konan, journaliste d’investigation, directeur de publication de L’Etau.net (Côte d’Ivoire)

31.Seriba Koné, président de l’Organisation nationale des journalistes d’investigation de Côte d’Ivoire (Côte d’Ivoire)

32.Kamal Koulamallah, fondateur du média en ligne N’Djam Post (Tchad)

33.Pierre Claver Kuvo, coordinnateur du consortium de journalistes d’investigation Truth Reporting Post (Togo)

34.Narcisse Laldjim, directeur de l’information d’Electron TV (Tchad)

35.Loïc Lawson, président de l’Union internationale de la Presse francophone (Togo)

36.Bello Bakary Mana, journaliste, président de l’Association des médias en ligne du Tchad (Tchad)

37.Sadibou Marong, directeur du bureau Afrique subsaharienne de Reporters sans frontières (Sénégal)

38.Idrissa Soumana Maïga, directeur de publication du journal L’Enquêteur (Niger)

39.Aimé Kobo Nabaloum, directeur de publication du journal Le Reporter (Burkina Faso)

40.Flore Nobimé, journaliste d’investigation indépendante (Bénin)

41.Yao Noel, président de l’Union des journalistes de la presse libre africaine (Côte d’Ivoire)

42.Modou Awa Ndiaye, chef desk politique de 7TV et chef d’antenne du soir (Sénégal)

43.Tega Oghenedoro, journaliste d’investigation, éditeur du site d’information SecretReporters (Nigeria)

44.Valdez Onanina, rédacteur en chef du bureau francophone d’Africa Check basé au Sénégal (Sénégal)

45.Sékou Jamal Pendessa, journaliste, Secrétaire général du Syndicat des Professionnels de la Presse en Guinée (Guinée)

46.Pap Saine, co-fondateur du journal The Point (Gambie)

47.Tiago Seide, directeur de l’information de la radio Capital FM (Guinée-Bissau)

48.Rodney Sieh, co-fondateur et rédacteur en chef du quotidien FrontPage Africa (Liberia)

49.Fisayo Soyombo, journaliste d’investigation nigérian et fondateur de la Fondation pour le journalisme d’investigation (Nigeria)

50.Justin Yarga, journaliste d’investigation indépendant (Burkina Faso)

Source : Jeune Afrique ( Par Collectif de 50 journalistes)

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