Société

Affaire Nakaridja Cissé : Le communiqué de la direction de l’INFAS qui accentue le malaise.‎

L’égalité des chances. C’est l’un des principes qui garantit à chaque candidat les mêmes opportunités de réussite aux concours d »accès à la Fonction publique. Chaque année, les autorités impliquées dans l’organisation des concours le clament haut et fort. Mais la récente déclaration publique de la maire de San Pedro remet en cause ce principe et jette par ailleurs, un discrédit sur l’organisation des concours.

‎« Quand j’aurai l’INFAS là, nos papas vont venir me voir pour dire merci, mettez nos enfants à l’INFAS. Je peux avoir des places et puis ils vont rentrer, ils vont sortir », a révélé récemment Nakaridja Cissé.

‎Service

‎À écouter cette déclaration, largement relayée sur les réseaux sociaux, on pourrait presque croire que le concours de l’INFAS est devenu une affaire de relations. Plus besoin de réviser. Il suffirait juste de connaître la bonne personne. Mais le véritable spectacle commence après. On attendait un communiqué ferme du ministère de la Santé et la direction générale de l’INFAS. On imaginait une mise au point sans équivoque pour rappeler que les admissions obéissent à des règles strictes. Au lieu de cela, le communiqué tant attendu, produit par la direction de l’INFAS et publié dans la journée du jeudi 9 juillet 2026, semble inviter tout le monde à un exercice de traduction simultanée :« Il apparaît évident que les déclarations de Madame le Maire « devraient faire allusion » aux opportunités offertes par les instituts privés de formation dûment autorisés par l’État. Ces établissements partenaires dispensent des enseignements de qualité dans les filières d’infirmiers, sage-femmes, techniciens biologistes et aides-soignants, constituant ainsi une excellente voie d’insertion pour la jeunesse locale », peut-on lire au troisième paragraphe dudit communiqué.

‎Allusion

‎En substance, il faudrait comprendre que madame la Maire ne parlait pas vraiment de l’INFAS public, mais « devrait faire allusion » aux établissements privés autorisés par l’État. « Devrait faire allusion… » Voilà une formule qui mérite son entrée dans le patrimoine administratif ivoirien. Désormais, chacun pourra choisir ce qu’il voulait dire… après avoir parlé.

‎Excuses

‎Finalement en Côte d’Ivoire, on ne corrige plus les déclarations. On leur cherche un parrain. Le plus inquiétant dans cette affaire n’est donc pas seulement la phrase prononcée. C’est l’impression que donne l’institution de vouloir sauver le soldat politique plutôt que de défendre le principe d’égalité entre tous les candidats. On a coutume de dire que lorsque le margouillat tombe, il hoche la tête comme s’il disait que c’est lui-même qui avait prévu ça. Dans ce communiqué, la direction générale de l’Infas se fait l’avocat de l’élue locale. Le problème est donc plus profond.

‎Corruption

La corruption faut-il le souligner, ne commence pas forcément quand une enveloppe change de mains. Elle commence aussi lorsque le favoritisme devient tellement banal qu’on en parle avec le sourire, comme si c’était un avantage normal lié à une fonction politique. Pire, elle progresse lorsque les institutions semblent plus promptes à expliquer des propos embarrassants qu’à rappeler les règles. À force de tout relativiser, le risque est grand : les jeunes finiront par croire que le vrai concours ne se passe plus dans les salles d’examen, mais dans les salons des puissants.
‎Comme on le dit souvent chez nous : « Si le gardien dort, le voleur n’a même plus besoin de courir ». La lutte contre la corruption ne consiste pas seulement à arrêter ceux qui franchissent la ligne rouge. Elle exige aussi que les institutions refusent de repeindre la ligne chaque fois qu’un responsable politique la dépasse.

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