L'Editorial

Le problème, ce ne sont pas les textes

Ce qui fait défaut, c’est la volonté de se départir des états d’âme politiques et d’appliquer à tous les contrevenants, qu’ils soient oranges, bleus ou verts, la même fermeté.

Et un de plus ! Réuni en conseil des ministres le 23 septembre, le gouvernement a décidé de bander les muscles, de sortir l’artillerie lourde. Un projet de loi qui durcit les sanctions contre les commanditaires, receleurs, financiers et propriétaires de sites illégaux a été adopté. Jusqu’à vingt ans de prison lorsque l’auteur est un agent public. Rien que ça !

On serait ailleurs que dans ce pays qui ne cesse d’étonner le monde, au propre comme au figuré, sur tous les plans, qu’on applaudirait à tout rompre. Et surtout, si notre mémoire n’était pas aussi têtue. À souvent se souvenir des événements passés.

Le remblayage anarchique, à titre d’exemple. Le décret n°2019-591 du 3 juillet 2019 en interdit déjà le principe sur les rivages de la mer et les voies d’eau intérieures. Près de sept ans plus tard, le phénomène continue de se porter comme un charme. Preuve de tout le respect que certains vouent désormais à notre président.

Outré par une telle attitude de défiance, notre Premier ministre a cru bon de sortir, le 11 juin 2026, une note circulaire pour en ordonner l’arrêt immédiat, des contrôles renforcés et la saisie systématique des engins. Mal lui en a pris.

À Vridi-Zimbabwe, comme www.letau.net a pu en faire le constat,le 24 septembre, la fête se poursuit de plus belle. Avec des pelleteuses de plus en plus nerveuses. « On fait rien avec ça », semblent-elles lancer. La circulaire Mambé repose au fond de la lagune.

Le problème de ce pays n’a jamais été les textes. Des textes, il en existe à foison. Beaucoup trop pour ne pas songer à un salon du texte administratif. Avis aux amateurs de concepts événementiels. Ça va tuer.

Plus sérieusement, le défi, c’est leur application. Impersonnelle, en principe. Sans regarder le patronyme, la couleur politique, le réseau ou le carnet d’adresses du contrevenant.

Dans le procès de Fronan, le sort de Zié Daouda, jugé le 12 juin 2025, a laissé dans l’opinion une étrange impression. Seulement six mois de prison ferme pour l’ancien député. 24 mois et 50 millions de FCFA d’amende pour le ressortissant chinois, Xu Qi.

Le dossier mérite évidemment d’être regardé dans son détail. L’ancien député a été condamné pour location d’autorisation d’exploitation sans l’aval de l’administration. Un délit pour lequel la loi ne prévoit pas d’amende. N’empêche, cette impression d’une double justice persiste. C’est précisément ce qui fait de la lutte contre l’orpaillage illicite une bataille en trompe-l’œil.

Depuis 2021, le GS-LOI affiche plus de 8 500 sites déguerpis et 4 474 personnes déférées… pour seulement 136 kilos d’or saisis. Quant aux chiffres présentés récemment au Conseil national de sécurité, rapportés par Fratmat.info , ils évoquent 142 tonnes extraites chaque année. Des sites fermés, de l’or qui circule. Combien de gros poissons dans le filet ? Pas grand-chose. Personne ne peut affirmer qu’il n’y en a pas. C’est justement là que le bât blesse.

Ce qui fait défaut, c’est plus la volonté de se départir des états d’âme politiques et d’appliquer à tous les contrevenants, qu’ils soient oranges, bleus ou verts, la même fermeté.

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