L'Editorial

Indulgence de complexés

Pourquoi, comme pour les autres qu’on suce et adule, qui ont rarement besoin de montrer patte blanche, nos compatriotes aux postes de responsabilité ne devraient-ils pas, eux aussi, avoir le droit d’essayer et de se tromper ? Sans que ne s’ouvrent les portes de l’enfer…L’impression qui se dégage, c’est que les autres, qui ne sont pas nous, sont parfois privilégiés sur le banc de touche de notre équipe nationale A, dans nos hôpitaux, nos tribunaux, nos administrations, nos écoles.

En match amical face aux Lions indomptables, samedi au stade d’Ebimpé, les Éléphants de Côte d’Ivoire se sont inclinés sur le score de 0-1. Au cours de la conférence de presse d’après-match, le Français Hervé Renard a expliqué : « J’assume la responsabilité de cette défaite. Je voulais faire tourner l’équipe.»  La pointe d’arrogance assumée qui transparait de son propos, conscient qu’elle sera sans conséquence, n’aura échappé à personne.

Comme il fallait s’y attendre, il s’est trouvé, parmi les 30 millions de tacticiens du dimanche de l’équipe nationale, une bonne majorité pour défendre bec et ongles ses choix. Oubliant qu’il avait déclaré en conférence d’avant-match : « Au niveau international, il n’y a pas de match amicaux en sélection, surtout face au Cameroun car on représente le pays. »  Pour venir ensuite aligner une équipe… B, voire B prime, et manquer de respect à l’adversaire et son traditionnel « hemlet ».

Le drame, ce n’est pas tant la défaite. Il ne s’agissait, comme se plaisent à le rappeler les supporters maso, en guise d’exutoire, que d’un match amical.

Le drame, c’est cette mentalité bien ivoirienne de loser qui nous colle à la peau comme une damnation. Dans laquelle on se complaît. La prenant pour un signe de sagesse et de maturité, et qui consiste à se montrer moins exigeant quant il s’agit d’aventuriers dont l’unique motivation reste l’attrait du gain, dans tous les domaines de la vie publique.

Hier, c’était l’économie de notre pays qui servait de champ d’expérimentation aux théories jamais éprouvées auparavant dans le cadre des plans d’ajustement structurel (PAS). Aujourd’hui, c’est un représentant de commerce reconverti en entraineur de football qui sévit à la tête de pays en mal de miracles et de sensations fortes, n’ayant rien à foutre de l’honneur de notre pays, qui reproduit le même schéma. Avec l’indulgence de complexés.

Imaginons un seul instant ce qui se serait passé si, à la tête de l’équipe nationale, la même idée avait effleuré l’esprit d’un sélectionneur local…

Au lendemain du sacre à la CAN 2024, notre président, s’adressant à Idriss Diallo, l’entraîneur en chef de l’équipe nationale, trois étoiles estampillées sur la poitrine, avait lâché : « Nous, Ivoiriens, devons apprendre à nous faire confiance. »

Qu’on se le tienne pour dit, il ne s’agit pas ici de prendre fait et cause pour qui que ce soit ou de militer pour la médiocrité raciale ou nationale.

Pourquoi, comme pour les autres qu’on suce et adule, qui ont rarement besoin de montrer patte blanche, nos compatriotes aux postes de responsabilité ne devraient-ils pas, eux aussi, avoir le droit d’essayer et de se tromper ? Sans que ne s’ouvrent les portes de l’enfer…

L’impression qui se dégage, c’est que les autres, qui ne sont pas nous, sont parfois privilégiés sur le banc de touche de notre équipe nationale A, dans nos hôpitaux, nos tribunaux, nos administrations, nos écoles.

Alors que la règle est claire et stricte : cheveux courts pour tous à l’école, le personnel d’encadrement tolère que les apprenants de race autre que noire gardent leurs cheveux ! Dans un établissement scolaire, il s’est même trouvé quelqu’un pour justifier par l’absurde cette discrimination : « Eh bien, ils sont blancs ! »

Cherchez où se trouve l’erreur dans cette affaire. Elle ne se déroule pas en Afrique du Sud au plus fort de l’apartheid. Mais en Côte d’Ivoire. Un pays dont la Constitution, en son article 4, dispose : « Tous les Ivoiriens naissent et demeurent libres et égaux en droit. Nul ne peut être privilégié ou discriminé en raison de sa race, de son ethnie, de son clan, de sa tribu, de sa couleur de peau, de son sexe, de sa région, de son origine sociale, de sa religion ou croyance, de son opinion, de sa fortune, de sa différence de culture ou de langue, de sa situation sociale ou de son état physique ou mental. »

Qui, cependant, on ne sait trop pourquoi, consent parfois à discriminer ses propres ressortissants. Sans que cela n’émeuve personne.

Peut-être est-ce dans cette sorte de politique publique de préférence supranationale, non écrite mais bien réelle, que réside notre manière d’avancer en reculant.

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