Economie

Cacao : le kilo s’achète jusqu’à 1 600 FCFA dans l’ouest du pays

La remontée des prix du cacao sur les marchés internationaux fait renaître la contrebande dans l’ouest de la Côte d’Ivoire, une région devenue ces dernières années l’un des principaux bassins de production du pays.

Depuis près de trois semaines, plusieurs producteurs affirment vendre leur cacao à un prix supérieur au tarif officiel fixé par le Conseil du Café-Cacao (CCC). Alors que le prix bord champ est fixé à 1 200 FCFA le kilogramme pour la campagne intermédiaire, certains acheteurs proposent entre 1 500 et 1 600 FCFA le kilogramme.

Selon plusieurs producteurs interrogés, ces acheteurs achemineraient ensuite les fèves vers les pays voisins, notamment le Liberia et la Guinée, où les prix pratiqués sont davantage influencés par les cours internationaux.

« Effectivement, nous avons tous constaté que des acheteurs proposent 1 500 francs CFA, voire 1 600 francs, contre les 1 200 francs fixés officiellement », confirme un producteur basé à Bloléquin.

Des volumes encore limités

Pour le moment, les quantités concernées restent difficiles à évaluer. Les acteurs de la filière estiment toutefois que le phénomène demeure loin de l’ampleur observée lors des précédentes vagues de contrebande.

« Nous sommes loin des années où des remorques entières prenaient la route de la Guinée. Les quantités qui quittent actuellement la région restent relativement faibles », précise notre source.

Un phénomène lié aux écarts de prix

La contrebande n’est pas un phénomène nouveau. Elle avait fortement reculé ces derniers mois sous l’effet de la baisse des cours mondiaux, du renforcement des contrôles aux frontières et des opérations menées par les autorités contre les réseaux de trafic.

Sa résurgence dans l’ouest du pays confirme toutefois une réalité économique bien connue : lorsque les prix proposés dans les pays voisins dépassent significativement le prix garanti en Côte d’Ivoire, les incitations à la fraude réapparaissent.

Le système ivoirien de prix garanti protège les producteurs contre les fortes baisses des cours internationaux. En revanche, lorsque les marchés mondiaux repartent à la hausse, cela peut créer un différentiel de prix favorable aux exportations frauduleuses vers les pays frontaliers.

La remontée des cours relance les tensions

Selon un exportateur, le marché international connaît un net regain de dynamisme.

« La tonne de cacao se négocie aujourd’hui entre 5 000 et 6 000 dollars, contre environ 3 000 dollars il y a quelques mois », explique-t-il.

Cette progression s’explique par les incertitudes qui entourent la campagne 2026-2027. Les spécialistes du secteur évoquent notamment les risques liés au phénomène El Niño ainsi qu’une possible baisse de la production en Côte d’Ivoire et au Ghana. Les deux premiers producteurs mondiaux.

Au sein de la cellule de prévision de la filière, on estime que la production ivoirienne de la campagne qui s’ouvrira le 1er septembre, pourrait osciller entre 1,6 et 1,7 million de tonnes. Ces perspectives alimentent la hausse des prix sur les marchés à terme de Londres et de New York.

Vigilance renforcée

La fuite du cacao ivoirien vers les pays voisins n’est pas un phénomène inédit. Malgré les accords de coopération entre la Côte d’Ivoire et le Ghana, des écarts de prix importants ont régulièrement favorisé les sorties frauduleuses de fèves.

Au cours de la campagne 2025-2026, après la forte baisse des cours mondiaux, les observateurs estimaient les volumes de cacao exportés illicitement vers le Liberia et la Guinée à environ 17 000 tonnes. Ce chiffre reste toutefois très inférieur aux estimations de 70 000 à 100 000 tonnes avancées pour la campagne 2023-2024.

Si les volumes actuellement concernés semblent encore modestes, la remontée des cours internationaux pourrait accentuer la pression sur le système de prix garanti ivoirien à l’approche de l’ouverture de la campagne principale 2026-2027.

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