L'Editorial

Cupidité systémique

Ce qu’il se passe à Koumassi n’est que le reflet de notre attitude face à l’argent. Une radiographie de ce que nous sommes devenus. De nos appétits voraces. Elle met en lumière la cupidité systémique qui prévaut en Côte d’Ivoire.

Toute affaire cessante. Le procureur de la République, sensible à la clameur publique suscitée par la vidéo en prime time et en exclusivité mondiale du sieur Alloui Brou Jacques a été obligé de sortir le nez de sa pile de diligences. Pour produire un communiqué. 72 heures après le show time d’Alloui Konan. Quelle célérité !

Ça mérite des applaudissements. Des remerciements des Ivoiriens. Ces éternels râleurs. En dehors des buzz, ils ne sont jamais satisfaits de ce qu’on fait pour leur bonheur.

Cela dit, intéressons-nous à la réaction du parquet. Le procureur révèle que contrairement à ses déclarations, l’ex 3e adjoint au maire de Koumassi s’est arrangé avec la vérité. Il n’est pas dans ses droits. Ceux qui ont un peu de jugeote s’en doutaient. Le show maker leur a facilité la tâche.

Deuxième chose. L’homme le plus célèbre de la toile en ce moment est introuvable. Pour ce qu’il nous a été donné de voir lors de la présidentielle, avec tous les moyens technologiques dont dispose notre pays, comment est-ce possible ? Introuvable ou on ne veut pas le trouver ?

Ce retraité, reconverti en operateur immobilier, serait-il sorti de la cuisse de Jupiter pour se volatiliser subitement ? Il y a des opposants qui paieraient cher pour connaitre son secret.

Ce qu’il se passe à Koumassi n’est que le reflet de notre attitude face à l’argent. Une radiographie de ce que nous sommes devenus. De nos appétits voraces. Elle met en lumière la cupidité systémique qui prévaut en Côte d’Ivoire.

Un petit effort de réflexion. Promis, ça ne fait pas mal. Supposons que Alloui Brou soit devenu du jour au lendemain aussi puissant que notre président. Sans que jusque-là personne n’ait entendu parler de lui.  Serait-il capable de se lever tout seul, sans aucun appui, ni soutien, pour ordonner la réquisition de la force publique, louer un bulldozer et raser une parcelle de 10 hectares ?

Même Ouattara qui signe les décrets n’a jamais réussi une telle prouesse.

Pourquoi les acteurs qui ont œuvré à plonger des milliers de familles dans le désarroi, bien que connus, ne sont-ils pas inquiétés ?

Selon un proverbe du sud du pays, lorsque la souris commence à prendre des libertés avec les provisions dans le garde-manger, elle se défend en affirmant que c’est celui de sa mère. Jusqu’au jour où son forfait franchit le simple cadre familial…

Chez nous, certains voient en l’Etat, la poule aux œufs d’or. Un éléphant à dépecer. Un levier d’enrichissement personnel.

En dépit de la vive émotion qui prévaut, l’affaire Alloui Brou va finir par passer. Cela ne fait l’ombre d’aucun doute. José a chanté “Tout laisse”. Ici, tout passe. Les drames. Les morts. Les indignations. Les communiqués. Les promesses de sanctions.

Dans quelques semaines, un autre buzz prendra le relais. C’est exactement sur cette certitude que misent ceux qui tirent les ficelles. Ils savent que le temps joue pour eux. Ils savent que l’émotion s’estompe.

Qui se souvient du drame des naufragés de la ligne 19 de la SOTRA dont les fantômes hantent les fonds marins, de Awa Fadiga, de Mandjara Ouattara et bien d’autres ? Le devoir de mémoire n’a jamais été notre fort.

Cela peut paraître cynique. On dira que nous sommes sans cœur. Mais cette actualité ne devrait pas autant choquer.

Où croyait-on que tout cela allait nous conduire, en terme de coût humain et social ? Avouons que ce n’est pas encore cher payé. Et si le pire était à venir ?

Un matin comme certains s’amusent à l’écrire sur les réseaux sociaux, un individu va proclamer qu’il détient l’Acd du pays tout entier et nous jeter tous à la mer…

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous n'êtes pas autorisé à copier cette page