Société

Couverture maladie universelle : on couvre tout, sauf tomber malade après 16h

Bureaux fermés, agents en sous-effectif, retards de primes , problèmes de connexion. Dans plusieurs centres de santé visités par Letau.net le 22 avril, la réalité du terrain contraste parfois avec les promesses de l’assurance maladie d’un accès aux soins pour tous.

« Revenez demain ! » Devant le bureau des agents de la Couverture maladie universelle du Centre de Santé Urbain à Base Communautaire d’Anono Riviera, la patiente reste immobile quelques secondes. Entre les mains, une ordonnance et des résultats d’analyses récupérés quelques minutes plus tôt. Elle était arrivée vers midi. S’est soumise à l’enregistrement auprès des agents de la CMU. Avant d’être reçue en consultation. Ensuite les examens sanguins dont certains ne sont pas pris en charge. Elle a donc été obligée de payer en espèces. Au laboratoire, il lui a été demandé de revenir à 16h30. Pour les résultats…

À l’heure indiquée, elle s’est présentée au bureau du médecin. Une ordonnance lui a été prescrite. Une dernière démarche à accomplir auprès des agents de la CMU. Hélas, elle s’est heurtée à une porte close.

« J’ai trop mal pour attendre, je vais juste acheter mes médicaments en pharmacie pour me soulager. » lâche-t-elle calmement. La situation vécue par cette patiente n’est ni anodine, ni isolée.

Le 22 avril 2026, dans ce même centre, les bureaux de la CMU étaient déjà fermés à 16 heures. Des bénéficiaires continuaient pourtant d’arriver.

« Nous sommes en sous-effectif »

 « Nous sommes trois ici actuellement. L’une d’entre nous a accouché. Elle bénéficie d’un congé. Nous sommes en sous-effectif et manquons de matériel. Nous ne pouvons pas faire de garde. » Explique quelques jours plus tard, un agent. Selon lui, la situation a été signalée. « On fait avec les moyens du bord. On ne peut pas faire autrement. »

À l’extérieur des hôpitaux les langues se délient… Des agents de la CNAM se confient : « On veut bien venir travailler, mais à peine si nous avons le transport pour nous déplacer. À chaque fois on nous demande de patienter. Mais rien. C’est difficile. » Les primes n’ont pas été versées depuis près de cinq mois.

« Les autres spécialités et les examens médicaux ne passent pas… »

Autre lieu, autre constat. Au centre de santé urbain à base communautaire de la Riviera-palmeraie, un usager se présente avec sa carte CMU. « On ne peut que consulter le médecin généraliste ici. Toutes les autres spécialités et les examens médicaux ne passent pas. Pour ceux-là, vous pouvez vous rendre à Bingerville Gba Gba. Là-bas, vous pouvez même voir l’ophtalmologue. » Lui révèle l’agent sur place. À l’hôpital de M’Pouto, un agent fixe son moniteur. Il essaie plusieurs manipulations. La connexion est instable. Le couloir d’attente ne désemplit pas. Impossible de valider la prise en charge.

« La dernière fois, des perturbations de réseau m’ont empêché de bénéficier de la prise en charge dans un dispensaire. Aujourd’hui encore. C’est presque tout le temps pareil. » Fait observer M. S.A. Ce sont les nouvelles cartes vertes qui rencontrent le plus souvent ce type de difficultés, soufflent des agents.

Le 2 décembre 2025, la CNAM annonçait avoir enrôlé 22,7 millions de personnes à la Couverture maladie universelle. Le mardi 22 avril 2026, à Anono Riviera, une femme est repartie avec une ordonnance sans avoir pu achever sa prise en charge. À 16h30, la carte était toujours valide.

Le bureau, lui, était déjà fermé.

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