
PASEC 2024 : le triomphe des insuffisances !
Depuis quand quelques points gagnés, alors que la majorité des apprenants demeure en difficulté, suffisent-ils à transformer un bilan aussi préoccupant en motif de réjouissance nationale ?
Chez nous, les défaites ont parfois le goût savoureux de la victoire. Les revers s’accompagnent de justificatifs et se transforment en motifs de satisfaction. Des contre-performances qui, au lieu de nous amener à une remise en cause, nous poussent à l’autocélébration.
Les résultats du PASEC 2024, rendus publics le 22 octobre 2026, viennent, une fois encore, d’en donner la preuve. La proportion d’élèves de CM2 qui atteignent le seuil suffisant de compétences en mathématiques est passée de 17 % en 2019 à 23 % en 2024. En lecture, elle a progressé de 40 % à 46 %. Des chiffres à la faveur desquels le ministère de l’Éducation nationale et de l’Enseignement technique s’est lancé dans une sorte d’opération d’autocongratulation qui, partout ailleurs, aurait réquis de faire profil bas.
Sur sa page Facebook, on peut lire : « À en juger aux résultats des examens à grand tirage 2026, l’on peut attester de l’efficacité de toutes les initiatives de l’État en faveur de l’excellence du système éducatif ivoirien. » Rien que ça !
77 % de nos élèves en fin de cycle primaire ne parviennent toujours pas à atteindre le niveau requis en mathématiques, 54 % en lecture, mais cela ne nous préoccupe guère. Il faut avoir lu le message lunaire du ministère pour comprendre cet entrain à se satisfaire de peu. Les statistiques indiquent une amélioration. C’est tout ce qui compte. Faut-il s’en étonner au pays de l’amour fou pour les statistiques ?
Qui donc, au ministère de l’Éducation nationale, a conçu cette communication ? Et surtout, qui a trouvé suffisamment de raisons de s’en réjouir pour en autoriser la publication ?
Les parents d’élèves devraient commencer à s’inquiéter de cette étrange culture de l’autosatisfaction qui semble prévaloir dans la gouvernance du savoir en Côte d’Ivoire. Une mentalité qui, à bien des égards, est comparable à celle d’un apprenant qui passe de 2 à 4 sur 20 et réclame qu’on lui tresse des lauriers. Avec cette prouesse, pourquoi notre système éducatif ne candidaterait-il pas pour le prix Nobel de la pédagogie tropicale ?
En attendant de monter le dossier, intéressons-nous à d’autres données rapportées par le ministère. Seuls 28 % des enseignants du primaire évalués atteignent le seuil suffisant de compétences en mathématiques. Près de trois sur quatre restent donc en dessous. Voilà qui promet ! À quoi s’attendre avec des enseignants dont une majorité n’atteint pas le niveau attendu dans cette discipline et auxquels on demande de former des élèves ? Une bonne blague, certainement.
À la sortie du collège, seuls 18,4 % des élèves évalués atteignent le seuil minimal en mathématiques. Mais qu’importe ! L’école avance. Les lacunes aussi. Les progrès enregistrés sont réels, c’est certain. Cependant, depuis quand quelques points gagnés, alors que la majorité des apprenants demeure en difficulté, suffisent-ils à transformer un bilan aussi préoccupant en motif de réjouissance nationale ?
À l’évidence, l’excellence dont il est question semble moins tenir au niveau atteint qu’à l’art de se contenter du minimum. Et si notre école de la République venait tout simplement d’inventer l’excellence dans l’insuffisance ? Voilà au moins une discipline dans laquelle nous pouvons prétendre au premier prix.
La Côte d’Ivoire n’a pas fini d’étonner le monde.
