Société

Agboville – Cours de renforcement payants : malgré l’interdiction ministérielle, le lycée Eyemon fixe un montant de 20 000 FCFA

Malgré l’interdiction ministérielle des cours de renforcement payants dispensés par les enseignants à leurs propres élèves, le lycée Eyemon d’Agboville a fixé à 20 000 FCFA, payables en deux tranches, la contribution demandée aux parents pour l’encadrement supplémentaire de leurs enfants. Une pratique expressément proscrite par une note ministérielle du 1er octobre 2026 et dénoncée par des parents d’élèves auprès de www.letau.net.

Au lycée Eyemon d’Agboville, les cours de renforcement payants sont à l’origine d’une controverse entre des parents d’élèves et l’administration de l’établissement. La direction a fixé à 20 000 FCFA par élève, payables en deux tranches, le montant destiné à financer un programme d’enseignements supplémentaires pendant l’année scolaire. Ces cours, répartis sur quatre matières, devraient être assurés par des enseignants intervenant auprès de leurs propres élèves. Une pratique visée par la note ministérielle du 1er octobre 2026 qui  interdit aux enseignants de dispenser, contre rémunération, des cours de renforcement à leurs propres élèves. Des parents qui ont  saisi la rédaction de www.letau.net dénoncent cette situation qu’ils jugent contraire aux instructions de la tutelle.

Une interdiction sans équivoque

Dans sa note n° 1076/MENAET/DELC/Secrétariat du 1er octobre 2026, portant sur l’interdiction des cours de renforcement contre rétribution des parents d’élèves, le directeur des écoles, lycées et collèges (DELC), Zamblé Bi Zamblé Germain, dénonce une pratique qui « tend malheureusement à se banaliser » dans les établissements scolaires. La note rappelle les obligations professionnelles des enseignants et les principes d’éthique et de déontologie qui doivent encadrer l’exercice de leur métier. Elle insiste particulièrement sur leur mission de service public et sur la nécessité d’assurer, pendant les horaires réglementaires, des enseignements de qualité, accessibles et adaptés aux besoins des apprenants. « La réussite scolaire ne saurait être conditionnée au paiement, par les parents, de prestations supplémentaires dispensées par l’enseignant de la classe », souligne la note. Le ministère invite, en conséquence, les enseignants à s’abstenir d’exiger ou de solliciter une rétribution financière des parents pour des cours de renforcement destinés à leurs propres élèves. Il leur demande plutôt de renforcer la qualité et l’efficacité des enseignements pendant les horaires réglementaires. La note est adressée aux directeurs régionaux de l’Éducation nationale pour suivi et aux chefs d’établissement pour exécution. Elle engage donc directement la responsabilité des responsables scolaires dans son application.

“ Les cours de renforcement ont été suspendus”

Contacté par www.letau.net, le lundi 19 octobre 2026, Lobouhet Sounan Olivier, sous-directeur du lycée Eyemon, s’est dit stupéfait par les accusations portées contre son établissement. Il a assuré que les cours de renforcement ont été suspendus depuis la décision ministérielle. Selon ses explications, le dispositif répondait à une préoccupation pédagogique : offrir aux élèves rencontrant des difficultés scolaires un accompagnement supplémentaire, tout en évitant aux parents de supporter le coût élevé des cours particuliers.

« L’école avait décidé, vu que les parents payent déjà une scolarité, de réfléchir à la manière de les accompagner dans l’encadrement exceptionnel de leurs enfants », a-t-il expliqué. Le sous-directeur a précisé que la contribution de 20 000 FCFA devait couvrir quatre matières sur une période de sept mois. L’établissement prévoyait également de compléter les montants versés par les parents afin de rémunérer les enseignants retenus pour cet encadrement. À l’en croire, rapportée aux sept mois de cours prévus, la contribution représente environ 2 857 FCFA par mois, contre des tarifs de cours particuliers pouvant atteindre 10 000 FCFA mensuels.

Des remboursements annoncés

Lobouhet Sounan Olivier a reconnu que certains parents avaient déjà commencé à verser leur contribution avant l’annonce de la décision ministérielle. Il a assuré que les sommes encaissées seront remboursées. Le sous-directeur a également fait état d’une réunion avec des parents d’élèves. Certains ont exprimé le souhait de maintenir les cours de renforcement, en dépit des nouvelles instructions. La direction leur a suggéré de formaliser leur demande par écrit, dans la perspective d’une reprise du dispositif. « Pour le moment, on sursoit aux cours de renforcement parce que le ministère a pris la décision », a-t-il affirmé. Le responsable a insisté sur le caractère facultatif de la participation financière. Selon lui, les cours supplémentaires n’avaient pas vocation à garantir l’obtention de la moyenne aux élèves inscrits ni à leur assurer un traitement privilégié par rapport à leurs camarades. S’il le dit.

Revenus complémentaires

La pratique des cours de renforcement payants dépasse le seul cas du lycée Eyemon. Selon des témoignages recueillis par notre rédaction, les sommes versées par les parents constituent une source de revenus complémentaires permettant à certains enseignants de joindre les deux bouts. Cette dimension économique contribue à expliquer la persistance de ces cours. Dans un reportage publié le 8 octobre 2026, Radio France Internationale (RFI) a rapporté le témoignage d’une mère dont l’enfant suivait des cours de renforcement payants avec son propre enseignant. Elle a décrit les pressions exercées sur les parents pour inscrire leurs enfants à ces séances supplémentaires.https://www.rfi.fr/fr/afrique/20261008-en-c%C3%B4te-d-ivoire-les-cours-de-renforcement-payants-d%C3%A9sormais-interdits-dans-les-%C3%A9coles?utm_slink=go.rfi.fr%2FXoz&utm_term=RFI&utm_campaign=twitter&utm_source=nonli&utm_medium=social&utm

Des informations parvenues à notre rédaction font également état d’une pratique répandue dans de nombreux établissements scolaires privés d’Agboville et d’autres localités du pays.

L’existence de ces cours payants pose désormais la question de l’effectivité des contrôles exercés par les autorités éducatives. D’autant que la note ministérielle du 1er octobre 2026 ne prévoit explicitement ni sanctions particulières ni mécanisme spécifique de contrôle. Entre une instruction ministérielle qui interdit formellement aux enseignants de faire payer des cours de renforcement à leurs propres élèves et des pratiques toujours signalées dans les établissements, une question demeure : qui veille réellement à l’application des décisions de la tutelle ?

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