
Campagne 2026/2027 – Prix contesté, fronde et contrebande : le Conseil du Café-Cacao confronté à 5 défis majeurs
Prix bord champ contesté, fronde syndicale, contrebande vers le Ghana, difficultés liées à la traçabilité et menace climatique. Tels sont les cinq défis auxquels le Conseil du Café-Cacao (CCC) doit faire face pour la campagne 2026-2027. Alors que les tensions héritées de la précédente campagne sont loin d’être dissipées, les dernières prévisions de la SODEXAM viennent assombrir les perspectives de production. Derrière la sérénité affichée par le régulateur de la filière, les motifs d’inquiétude s’accumulent.
En apparence, tout semble sous contrôle. Mais, sur le terrain, les difficultés persistent. Pris entre les revendications des producteurs et les impératifs de gestion de la filière, le Conseil du Café-Cacao tente de reprendre la main. Pour convaincre les producteurs d’accepter le prix bord champ de 1 200 FCFA le kilogramme, contesté depuis son annonce, l’institution a choisi de déployer ses équipes dans les zones de production. Objectif affiché : sensibiliser les acteurs et obtenir leur adhésion aux conditions de commercialisation de la nouvelle campagne.
Annoncé le 1er septembre 2026, ce prix tranche avec les 2 800 FCFA pratiqués au démarrage de la campagne principale 2025-2026. Certes, il avait déjà été revu à la baisse lors de la campagne intermédiaire, en mars dernier. Mais le prix pour la nouvelle campagne principale n’a pas rencontré l’assentiment de tous les producteurs. Pour justifier ce niveau de prix, le gouvernement a invoqué la forte volatilité des cours mondiaux du cacao et les contraintes du mécanisme de stabilisation. Des arguments qui peinent à apaiser le mécontentement d’une partie du monde paysan. La Plateforme ivoirienne pour le cacao durable (PICD) a d’ailleurs appelé, début septembre, à une réforme du mécanisme de fixation du prix bord champ. La campagne de sensibilisation engagée par le Conseil du Café-Cacao suffira-t-elle à faire retomber la contestation ?
Des critiques persistent quant aux rapports entre le régulateur et certaines organisations de producteurs. Des pressions exercées sur des acteurs de la filière à travers les convocations adressées au président du Syndicat national agricole pour le progrès en Côte d’Ivoire (SYNAP-CI), contribuent à exacerber les tensions. Et, interroge la nécessité du dialogue entre le régulateur et les organisations professionnelles.
Koné Moussa, le trouble-fête
La contestation a désormais un visage : Koné Moussa. Depuis le 16 septembre 2026, le président du SYNAP-CI poursuit sa mobilisation contre la gestion de la filière. Le responsable syndical met en cause la gestion des stocks résiduels de la campagne 2025-2026 et, plus largement, la gouvernance de l’institution. Samedi 17 octobre, à Daloa, où une cérémonie d’hommage et de soutien a été organisée en son honneur, il a réaffirmé ses exigences : la démission du DG du CCC, la publication de la liste des bénéficiaires de l’opération d’enlèvement des stocks résiduels de cacao et la revalorisation du prix du kilogramme de cacao pour la campagne en cours.
Avec un discours direct, parfois approximatif dans sa formulation, mais suffisamment mobilisateur auprès de ses partisans, Koné Moussa entretient la contestation. Sa récente convocation à la brigade de recherches de la gendarmerie nationale, suivie d’une mobilisation de producteurs à Daloa, témoigne de la crispation des rapports entre les différentes parties. Au-delà des personnes, cette confrontation est symptomatique de la crise de confiance qui prévaut entre une partie des organisations de producteurs et l’organe chargé de réguler la filière. Tant que les questions relatives aux stocks résiduels, aux conditions de commercialisation et à la rémunération des planteurs ne feront pas l’objet d’explications jugées satisfaisantes, le risque d’une persistance des tensions sociales demeurera.
La contrebande menace l’approvisionnement
Autre dossier sensible : la fuite du cacao ivoirien vers le Ghana. Malgré les opérations de contrôle et les saisies effectuées, la frontière entre les deux pays demeure exposée aux circuits parallèles de commercialisation. Dans les zones de production proches du Ghana, ces mouvements transfrontaliers font peser un risque sur les volumes susceptibles d’être collectés et commercialisés officiellement en Côte d’Ivoire. Si le phénomène prend de l’ampleur, il pourrait entraîner une diminution des quantités enregistrées dans les circuits réglementaires et perturber les prévisions de collecte. La contrebande constitue ainsi un défi à la fois économique, commercial et sécuritaire pour le régulateur. Les saisies ponctuelles peuvent perturber certains réseaux, mais elles ne suffisent pas nécessairement à enrayer le phénomène. Les écarts de rémunération proposés aux producteurs de part et d’autre de la frontière, les modalités de paiement et l’organisation des circuits d’achat figurent parmi les facteurs susceptibles d’alimenter ces mouvements.
Pour le Conseil du Café-Cacao, le défi consiste donc autant à renforcer la surveillance des frontières qu’à sécuriser les circuits officiels de collecte. Un enjeu d’autant plus important que toute sortie illégale de fèves échappe aux mécanismes nationaux de suivi de la commercialisation.
La carte du producteur, un autre casse-tête
Présentée comme un outil de modernisation de la filière, la carte du producteur constitue un autre sujet de préoccupation. Destiné notamment à faciliter l’identification des planteurs, à sécuriser certaines opérations de commercialisation et à améliorer la traçabilité du cacao ivoirien, ce dispositif s’inscrit dans un contexte marqué par le renforcement des exigences internationales, particulièrement européennes. Cependant, sa mise en œuvre suscite des interrogations quant aux conditions pratiques de son utilisation dans certaines zones de production. Des difficultés liées aux terminaux associés au dispositif sont évoquées par des acteurs de la collecte. Des informations font également état d’une menace de retrait de ces équipements en cas de non-utilisation. Or, l’efficacité de la traçabilité dépend autant de la fiabilité des outils que de leur appropriation par les acteurs concernés. Pour le Conseil du Café-Cacao, l’enjeu est de concilier les impératifs de modernisation, les exigences des marchés internationaux et les réalités opérationnelles des producteurs.
Faute d’accompagnement technique suffisant et d’un dispositif pleinement fonctionnel, un outil conçu pour sécuriser la commercialisation pourrait devenir une source supplémentaire de difficultés.
El Niño, une nouvelle menace sur la production
Comme si ces difficultés ne suffisaient pas, un autre défi, climatique celui-là, vient assombrir les perspectives de la campagne 2026-2027. Dans une communication publiée sur son site officiel le 20 octobre 2026, la Société d’exploitation et de développement aéroportuaire, aéronautique et météorologique (SODEXAM) a alerté sur les conséquences possibles du phénomène El Niño sur la petite saison des pluies dans le sud de la Côte d’Ivoire. Selon la structure chargée de la météorologie nationale, un épisode El Niño évolue depuis juillet 2026. Il pourrait se renforcer entre octobre et décembre et persister jusqu’au début de l’année 2027. Ce phénomène, caractérisé par un réchauffement anormal des eaux de surface du Pacifique équatorial, est susceptible de perturber les régimes habituels des précipitations et des températures. Pour notre pays, la SODEXAM prévoit un risque de déficit pluviométrique pendant la petite saison des pluies, d’octobre à décembre, dans le sud du territoire, associé à des températures élevées. Une combinaison qui pourrait provoquer un stress hydrique et thermique pour les cultures.
Le cacao figure précisément parmi les productions exposées. La SODEXAM avertit que les cultures de cacao, de café, d’hévéa et de palmier à huile pourraient être affectées, avec un risque de baisse des rendements dans les zones les plus vulnérables. Une menace loin d’être négligeable pour une filière dont les performances dépendent étroitement des conditions météorologiques. Un déficit prolongé de pluies risque d’affecter la floraison, le développement des cabosses et, à terme, la productivité des plantations.
Certes, ces prévisions ne signifient pas que la production cacaoyère connaîtra nécessairement une baisse généralisée. La SODEXAM précise d’ailleurs que des pluies fortes et localisées peuvent survenir malgré un déficit pluviométrique global. Mais l’incertitude climatique complique davantage les perspectives d’une campagne déjà confrontée aux difficultés de commercialisation et aux tensions sociales.
Pour le Conseil du Café-Cacao, le phénomène El Niño représente un défi supplémentaire sur lequel sa marge de manœuvre directe reste limitée. Il impose néanmoins une meilleure anticipation des risques et un accompagnement adapté des producteurs dans les zones potentiellement affectées.
Campagne sous haute tension
Prix bord champ contesté, fronde syndicale, contrebande transfrontalière, difficultés liées à la traçabilité et désormais menace climatique, les défis ne manquent pas pour le Conseil du Café-Cacao.
L’enjeu dépasse donc la seule communication institutionnelle.La sérénité peut s’afficher mais la confiance, elle, ne se décrète pas.
