
Drame de Touba : La conséquences de notre rapport au respect des règles
Un car surchargé, sans assurance et sans aucune visite technique. Avec des plaques d’immatriculation présumées fausses. Au bout du voyage : 39 morts et 45 blessés. Le drame qui s’est produit le lundi 13 juillet 2026, sur l’axe Touba-Biankouma, à proximité du village de Zouzousso, n’est pas un simple accident. C’est le reflet d’un système où trop de gens ferment les yeux jusqu’à ce que le sang coule.
Le communiqué du procureur de la République près le Tribunal de première instance de Touba diffusé le 29 juillet 2026, est sans appel. (Lire le communiqué) : https://drive.google.com/drive/folders/1M5ZTuiQFluv9irz8qmyjza5QHM_HAo6a?usp=sharing. Les premières investigations révèlent une cascade d’infractions : surcharge, vitesse excessive, absence de visite technique, défaut d’assurance, absence de carte de transport et usage présumé de fausses plaques. Pris séparément, chacun de ces manquements est grave. Réunis dans un même véhicule, ils annonçaient déjà une tragédie.
Contrôle
Pourtant cela aurait pu être évitée si chacun avait fait son travail : le transporteur, le chauffeur, les responsables de la compagnie Diarra Transport d’Odiénné, mais aussi tous ceux dont la mission est de contrôler, d’empêcher et de sanctionner. En Côte d’Ivoire, on dit souvent : « On a laissé ça passer ». Mais quand on laisse passer l’illégalité, c’est très souvent la mort qui passe aussi.
Cimetières à ciel ouvert
Le plus grave, c’est que ce drame n’est pas un cas isolé. Depuis plusieurs mois, nos routes sont devenues de véritables cimetières à ciel ouvert. D’avril à juin 2026, au moins neuf accidents majeurs recensés dans plusieurs localités ont provoqués plus de 150 victimes et fait au minimum 21 morts. ( https://letau.net/recrudescence-des-accidents-de-circulation-davril-a-juin-2026-des-campagnes-de-sensibilisations-pour-rien/). De Yamoussoukro à Daloa, d’Anyama à Korhogo, de Séguéla à Fronan, les drames se succèdent. Les noms des villes changent, mais les causes restent les mêmes : vitesse, imprudence, surcharge, véhicules défectueux et mépris du Code de la route.
Mesures
Pourtant, les mesures existent. Permis à points, opération « Tolérance Zéro », nouvelles plaques d’immatriculation, campagnes de sensibilisation, projet de vidéo-verbalisation… Sur le papier, tout est là. Mais entre les discours et le terrain, il y a un véritable gouffre. Car une loi qui n’est pas appliquée avec rigueur finit par devenir un simple conseil.
Manque de rigueur
Comment un véhicule cumulant autant d’irrégularités a-t-il pu prendre la route avec des dizaines de passagers ? Qui l’a vu ? Qui l’a contrôlé ? Qui l’a laissé continuer ? Si les contrôles avaient été rigoureux, si chacun avait joué son rôle, ces 39 personnes seraient peut-être encore en vie aujourd’hui.
Incivisme
Le véritable problème est peut-être notre rapport à l’incivisme. Trop de personnes roulent comme si les règles étaient facultatives. Les contrôles sont perçus comme des barrages à contourner, les sanctions comme des affaires qu’on peut « gérer ». Et pendant qu’on cherche les raccourcis, ce sont des familles entières qui prennent le chemin du deuil. A force de compter les morts, on finit par ne plus être choqué. C’est peut-être ça le plus grand danger. Quand chaque accident devient un simple fait divers, les promesses reviennent, les discours se répètent… et Ivosep se frotte les mains .
Responsabilités
Le procureur fera son travail. Les juges diront le droit. Les responsabilités pénales seront établies. Mais aucune décision de justice ne ramènera les 39 victimes auprès de leurs familles. La justice intervient après le drame. La prévention, elle, doit empêcher qu’il arrive.
Le sang versé sur le bitume finit par disparaître sous les pneus des véhicules. Mais il ne s’efface jamais du cœur des familles. Combien de vies faudra-t-il encore sacrifier avant que le respect de la loi devienne plus fort que le mépris de la vie ? Parce qu’en Côte d’Ivoire, aujourd’hui, ce ne sont plus seulement les accidents qui tuent. C’est notre habitude de les accepter.
