
Litige avec la SOAR : Le District autonome d’Abidjan condamné
C’est un tournant décisif dans le litige qui oppose le District autonome d’Abidjan à la Société africaine de remorquage. Le jeudi 23 juillet 2026, la justice a condamné le District d’Abidjan à restituer la remorqueuse appartenant à la SOAR, sous astreinte comminatoire de 5 millions de FCFA en cas de non-exécution de la décision.
Habituée à intervenir pour le compte du District autonome d’Abidjan, la SOAR se retrouve aujourd’hui en conflit ouvert avec son donneur d’ordre. Selon le gérant de l’entreprise, Koffi Yao Moïse, tout commence en 2024, lorsque, à la demande du District, ses équipes procèdent à l’enlèvement de plusieurs véhicules stationnés dans la zone du quatrième pont d’Attécoubé. Parmi ceux-ci figurent cinq véhicules appartenant à une société de transit. Il s’agit notamment d’une Kia Sportage de couleur blanche, d’une autre de couleur noire, de deux Hyundai, blanche et noire, en cours d’immatriculation, et d’un tracteur routier immatriculé 8552 JC 01.
Ennuis
Quelques mois plus tard, les ennuis commencent. Hien Sansan Ludovic, le directeur des Transports urbains du District autonome d’Abidjan, demande à la SOAR de restituer les véhicules sans le moindre paiement des frais de remorquage et de gardiennage. Pour le chef d’entreprise, une telle demande est inacceptable. « Nous sommes une entreprise privée et nous avons des charges », rétorque-t-il. Le gérant exige, par ailleurs, un ordre écrit afin de sécuriser juridiquement son entreprise.
Réunion
Une réunion est alors organisée avec le directeur de cabinet du ministre-gouverneur, Cissé Ibrahima Bacongo, des responsables du District et les représentants de la société de transit. Selon le gérant de la SOAR, un compromis financier est trouvé autour de 10,5 millions de FCFA. Mais l’accord ne sera jamais exécuté.
Pressions
Alors que les frais de gardiennage continuent de s’accumuler, la facture atteint près de 15 millions de FCFA. C’est à ce moment, explique M. Koffi, que les pressions deviennent plus insistantes. Le 19 juillet 2025, une quinzaine d’agents de la police du District se présentent au parc de la société à Yopougon pour récupérer les véhicules. L’opération échoue, ceux-ci étant difficilement accessibles. Quelques jours plus tard, de nouvelles propositions de règlement sont faites. Cette fois-ci, il est demandé à la société d’accepter seulement 500 000 FCFA. Une offre qualifiée de « dérisoire » par le gérant.
Excès
Estimant agir dans le respect de la loi, le représentant de la SOAR engage alors une procédure de vente aux enchères, avec l’autorisation de la justice, à en croire son dirigeant. Mais l’affaire prend une tournure encore plus spectaculaire. Le chef d’entreprise affirme que Hien Sansan Ludovic, Zougbo Samuel, sous-directeur de la Mobilité urbaine au District autonome d’Abidjan, accompagnés d’éléments de la police, dont l’inspecteur Ako Séraphin et le lieutenant Adingra Jean-François, ont tenté de bloquer l’exécution de cette décision judiciaire. Il évoque également des menaces de mort proférées par Zougbo Samuel à son encontre.
Plus grave encore, il soutient que cette opération, qui s’est déroulée le lundi 21 juillet 2025, de 17 heures à 3 heures du matin, a mobilisé cinq cargos de la police du District afin d’extraire les cinq véhicules de son parc, avec l’appui d’individus extérieurs, des loubards. En outre, Koffi Yao Moïse souligne que plusieurs véhicules présents sur son site ont été vandalisés et que sa principale remorqueuse a été sérieusement endommagée.
À la suite de ces événements, le dirigeant de la SOAR affirme avoir reçu une notification de suspension de ses activités émanant de Hien Sansan Ludovic. (Lire le courrier.) Une décision qu’il n’est nullement habilité à prendre, selon notre interlocuteur. https://drive.google.com/file/d/1LJvFJHb2Fteku-7D2dngZ-RmWTIdx8k0/view?usp=sharing
Justice
Constatant que la situation lui cause un préjudice matériel et moral, le représentant de la société de remorquage a saisi la justice. En décembre 2025, à la suite d’une procédure de référé qu’il a initiée devant le tribunal de première instance de Yopougon, il a obtenu gain de cause. Le président du tribunal a ordonné la restitution de sa remorqueuse sous astreinte comminatoire d’un million de francs CFA.
Le District fera fi de cette ordonnance. Le gérant de la SOAR saisit de nouveau la même juridiction en 2026. Le jeudi 23 juillet dernier, la présidence du tribunal de première instance de Yopougon ordonne, une fois de plus, la restitution du même bien. Cette fois-ci, avec une astreinte comminatoire de cinq millions de francs CFA par jour de retard.
Dans le cadre de ce conflit, faut-il le préciser, la rédaction de www.letau.net a tenté de joindre, le vendredi 24 juillet, Abo Oscar Cyriac, le directeur de Cabinet du ministre-gouverneur, et Hien Sansan Ludovic, directeur des Transports urbains, en vue d’avoir leurs versions des faits. Malheureusement, aucun des deux responsables n’a réagi à nos sollicitations.
