L'Editorial

Troublante évidence

A-t-on véritablement pris la mesure de la gravité des propos tenus par une représentante du peuple et non un quidam ? Quid de l’image du parlement ? Faut-il admettre que la qualité de député rime avec licence ? Que n’importe qui peut raconter n’importe quoi ?

Et si les propos tenus, la semaine écoulée, par Mme le maire de San Pedro sur les admissions à l’INFAS avait émané d’un simple citoyen ? Que ce serait-il passé ?

La direction de l’INFAS se serait-elle seulement contentée de se précipiter sur un plateau de télévision pour se livrer à un exercice d’explication de texte, comme un élève studieux ? Le procureur de la République se serait-il muré dans un silence de cathédrale ?

Sous le prisme du traitement subi par Jean-François Kouassi, le 08 janvier 2026, pour avoir dénoncé ce qu’il présentait comme des irrégularités et un manque de transparence autour des concours de la Fonction publique, la question mérite d’être posée.

Elle interroge le rapport à l’égalité devant les institutions, consacré par la constitution.

Chez nous, lorsqu’une personnalité publique formule des déclarations susceptibles de porter atteinte à l’ordre public ou d’alimenter le doute sur l’intégrité d’un concours ou d’un processus de sélection, la réponse institutionnelle donne parfois l’impression d’obéir à la logique du deux poids, deux mesures. Inadmissible dans un Etat de droit.

Le cas de Jean-François Kouassi reste dans toutes les mémoires. Interpellé, poursuivi puis condamné, il avait payé au prix fort ses déclarations.

Oui, Adja Nakaridja Cissé bénéficie de l’immunité parlementaire. Mais cette protection institutionnelle suffit-elle à la soustraire à toute forme de responsabilité ? L’immunité est-elle un bouclier contre toute conséquence, ou une garantie destinée à protéger l’exercice du mandat parlementaire ?

On peut comprendre que l’INFAS ait sans doute voulu protéger son image. Il n’empêche que cette démarche précipitée ne fait qu’en rajouter à la suspicion générale. Dispense-t-elle de faire la lumière sur cette affaire gênante ? A-t-on véritablement pris la mesure de la gravité des propos tenus par une représentante du peuple et non un quidam ?

Quid de l’image du parlement ? Faut-il admettre que la qualité de député rime avec licence ? Que n’importe qui peut raconter n’importe quoi ? Aucune autorité politique n’a été élue sur la base d’un tel programme de société. C’est ce genre de non réaction qui donne de nos Etats, l’image de “pays de m…”, selon l’expression de Donald Trump, le président américain.

Dans une République, toute différence de traitement, réelle ou simplement perçue, nourrit le sentiment que certains sont au-dessus de la loi. Le silence ou le manque de fermeté face à certaines prises de parole peut envoyer un message dangereux à l’opinion.  Celui d’une société où l’appartenance au clan prémunit de toute coercition.

Comme l’écrivait Jean de La Fontaine dans la fable Les Animaux malades de la peste ; « Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir. »

Plus de trois siècles après, cette maxime nous ramène à cette une troublante évidence.

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