Economie

Promotion de la bonne gouvernance et lutte contre la corruption : 15 ans de discours en copier-coller.

Une sidérante constance signée Alassane Ouattara !

Les années passent et se ressemblent à la présidence de la République. Pratiquement depuis son accession à la magistrature suprême en 2011, Alassane Ouattara, dans ses différentes adresses aux Ivoiriens, a fait de la promotion de la bonne gouvernance et de la lutte contre la corruption une priorité nationale. Son message à la Nation du 31 décembre dernier, très attendu par www.letau.net , n’a pas dérogé à la tradition. Mais entre ses déclarations et les actes sur le terrain, le fossé est encore grand.

L’ancien dirigeant du Fonds monétaire international est demeuré égal à lui-même depuis son arrivée à la tête du pouvoir exécutif. Il a de nouveau affiché sa volonté de faire de la Côte d’Ivoire un modèle en matière de bonne gouvernance et de lutte contre la corruption.

Discours constant

S’adressant à ses compatriotes, Alassane Ouattara a abordé plusieurs sujets d’intérêt national. Celui relatif à la bonne gouvernance n’a pas été occulté. Abordant ce volet, le chef de l’État caresse le rêve de faire de la Côte d’Ivoire un modèle en matière de transparence et de gouvernance en Afrique. « La lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme sera intensifiée, afin de faire de la Côte d’Ivoire un modèle de transparence et de gouvernance en Afrique », a-t-il indiqué.

Quid des années antérieures ?

En décembre 2024, évoquant la même question de la bonne gouvernance, il avait manifesté une détermination identique. « (…) La bonne gouvernance, la lutte contre la corruption et le blanchiment des capitaux feront l’objet d’une attention particulière tout au long de l’année 2025 », a-t-il promis.

En décembre 2022, on lisait sur son visage, lors de son message, une autosatisfaction après la mise en place d’un dispositif institutionnel et opérationnel de gouvernance et les progrès réalisés mentionnés dans le rapport d’évaluation pays du Mécanisme africain d’évaluation par les pairs de l’Union africaine. « La bonne gouvernance et la lutte contre la corruption figuraient au nombre de nos priorités pour l’année 2022. Je me félicite des efforts déployés pour consolider le dispositif institutionnel et opérationnel de gouvernance. Dans ce sens, le Rapport d’évaluation pays du Mécanisme africain d’évaluation par les pairs de l’Union africaine, que nous venons de lancer, relève notamment les progrès accomplis par notre pays en matière de bonne gouvernance. Nous continuerons à les consolider », s’est-il réjoui.

En décembre 2021, il a annoncé que la bonne gouvernance et la lutte contre la corruption figuraient parmi ses priorités pour l’année 2022 et l’instauration d’un prix portant sur la bonne gouvernance et la lutte contre la corruption. « Notre troisième priorité pour 2022 est la bonne gouvernance et la lutte contre la corruption. Après les importants progrès réalisés dans tous les domaines de la vie socio-économique de notre pays depuis 2011, nous devons promouvoir davantage la culture de la bonne gouvernance et la transparence dans la gestion des affaires publiques, pour le bien-être de nos populations. À ce sujet, les actions entamées en 2021 ont produit des résultats probants, et nous allons les poursuivre. Nous devons bâtir une conscience nationale imprégnée des valeurs d’intégrité, d’équité et d’un sens élevé de la responsabilité dans la conduite des affaires publiques. C’est dans ce cadre que j’ai décidé d’instaurer à partir de 2022 un prix portant sur la bonne gouvernance et la lutte contre la corruption. Ce prix favorisera l’éclosion de cette conscience nationale qui prône le respect des deniers publics, la recherche de l’excellence et qui place l’intérêt de la Nation au-dessus de tout. Cela doit se traduire par un véritable changement de mentalité et de comportement », a-t-il annoncé.

En décembre 2020, souhaitant que la situation économique du pays impacte positivement la vie de ses concitoyens, Ouattara a promis de veiller au renforcement de la lutte contre la corruption et à la consolidation de la bonne gouvernance. « Nous devons poursuivre nos efforts en matière de réformes et de gestion, pour que la dynamique économique et sociale entamée puisse avoir plus d’impact sur le quotidien de nos concitoyens. Dans ce contexte, je veillerai au renforcement de la lutte contre la corruption et à la consolidation de la bonne gouvernance », a-t-il déclaré.

En décembre 2018, il a exprimé un satisfecit suite à des avancées notables en matière de bonne gouvernance. « Toutes ces actions prioritaires pourront être mises en œuvre en raison d’une situation économique et financière remarquable, avec des avancées notables en matière de bonne gouvernance, comme l’attestent les rapports 2018 de la Fondation Mo Ibrahim, du Millennium Challenge Corporation (MCC), de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international (FMI), ainsi que nos performances dans le classement Doing Business 2019 », s’est-il exprimé.

Enfin, en décembre 2013, pratiquement deux années après son arrivée au pouvoir, il a annoncé, face à la corruption et au racket qui sévissaient au sein des forces de défense et de sécurité, une intensification de la lutte contre ce fléau. « L’année 2014 sera marquée par la mise en œuvre de la réforme de notre secteur de la sécurité et la consolidation de nos capacités sécuritaires. Elle verra également l’intensification de la lutte contre la corruption et le racket », a-t-il martelé.

Malgré les belles paroles du chef de l’État, ses engagements, les réformes juridiques et institutionnelles mises en place, la corruption et les infractions assimilées continuent de sévir et de menacer le développement du pays.

Persistance des actes de corruption

Selon l’indice de perception de la corruption 2024 publié par l’ONG Transparency International, la Côte d’Ivoire a obtenu un score de 45 points sur 100 et se classe au 69ᵉ rang sur 180 pays. Mais à côté de ce score et de ce classement flatteurs, une réalité demeure : la persistance des actes de corruption et des infractions assimilées.

Du fait que son régime de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme présente des lacunes, la Côte d’Ivoire a été placée en octobre 2024 sur la liste grise du Groupe d’action financière (GAFI) et peine à en sortir. Et en juin 2025, c’était au tour de la Commission européenne d’enfoncer le clou en inscrivant le leader de l’UEMOA sur la liste des pays à « haut risque » pour le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme.

Tout comme le GAFI, Bruxelles reproche aux autorités ivoiriennes un vide législatif en matière d’infraction de blanchiment de capitaux et de financement du terrorisme.

Plusieurs dossiers relatifs aux flux financiers illicites, au blanchiment de capitaux et au financement du terrorisme sur lesquels travaille www.letau.net montrent effectivement la faiblesse du dispositif législatif national et le manque de sanctions à l’encontre des auteurs de crimes économiques et financiers.

Plusieurs entreprises multinationales exerçant dans le domaine des industries extractives et de l’agro-industrie ont été épinglées pour fraudes fiscales, fraudes douanières et transferts illégaux de fonds vers l’étranger. Mais on constate que ces entreprises n’ont nullement été inquiétées par les administrations fiscale et douanière et d’autres structures étatiques de lutte contre la corruption.

Il en est de même pour certaines grandes entreprises nationales qui doivent des dizaines, voire des centaines de milliards, au fisc et aux douanes sans être inquiétées.

Dans les semaines à venir, www.letau.net publiera des enquêtes sur les crimes économiques et financiers commis par des multinationales et des entreprises nationales.

Et on verra si l’engagement du président de la République de faire de la Côte d’Ivoire un modèle en matière de promotion de la bonne gouvernance et de lutte contre la corruption, le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme durant l’année 2026 est une réalité ou un vœu pieux !

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