Société

Marketplace de Facebook : dans le piège des arnaqueurs

Des annonces séduisantes, des prix qui défient toute concurrence puis… une demande d’avance. Sur la Marketplace de Meta, certains acheteurs tout aussi naïfs que cupides se retrouvent pris dans des scénarios où vraies-fausses annonces et intermédiaires véreux mènent le bal. Témoignages, tests et cas documenté par la PLCC… plongée dans l’univers des arnaques sur Meta.

Sur la Marketplace de Meta, le piège commence souvent par une bonne affaire. Un meuble, un matelas, un vêtement ou un équipement proposé à un prix suffisamment attractif pour provoquer le premier contact. Un client trop près de ses sous. La conversation s’engage. Le présumé vendeur, alerte, répond rapidement et rassure. Puis vient la condition : une avance avant la livraison. Le procédé n’est pas systématiquement frauduleux. Mais lorsqu’il est associé à des comptes difficiles à vérifier, à des documents douteux et à une succession de paiements, il peut devenir le premier maillon d’une escroquerie.

« Juste une petite avance »

C’est précisément ce qui ressort d’un test réalisé par www.letau.net dans le cadre de cette enquête. Plusieurs vendeurs présumés qui ont posté une offre sur la Marketplace ont été contactés pour l’achat d’un matelas et d’une table à manger via la messagerie Messenger. L’entame est toujours la même ou presque. « Nous sommes en promotion. D’ailleurs, la promotion a déjà pris fin. Ce sont les derniers articles qui restent », avance le présumé vendeur. Au terme des échanges, il demande une avance avant la livraison. Promettant une facture normalisée pour laquelle il fait parvenir une liste d’informations à fournir : nom, prénoms, numéro de téléphone, lieu de livraison. Lorsque www.letau.net lui fait savoir qu’il ne paierait qu’à la livraison de la commande, son interlocuteur se lance dans l’explication suivante : « Avant, on pratiquait la livraison payée. Mais plusieurs clients ne décrochaient plus leur téléphone lorsqu’on arrivait au lieu indiqué. La direction exige désormais juste une petite avance d’au moins 5 000 F CFA pour être sûre que l’article vous intéresse. Ne craignez rien, pour plus d’assurance, on peut vous envoyer une capture d’écran de notre carte nationale d’identité. »

Le deuxième vendeur, pour sa part, invite www.letau.net à remplir un formulaire sur la plateforme Jiji.co.ci en Côte d’Ivoire : Achetez & Vendez ▷ Marché en Ligne. « C’est la procédure », a-t-il justifié.

Le même scénario s’est répété avec le troisième vendeur. Dans les trois cas d’espèce, aucun paiement n’a été effectué.

Jusqu’au bout du piège

Ce n’est malheureusement pas le cas de D.A.G., une jeune dame qui a récemment fait les frais de ce type d’arnaque sur Facebook. Désireuse d’acheter des vêtements sur Meta, elle entre en contact avec un vendeur. Les échanges paraissent normaux. Elle finit par effectuer un premier transfert de 11 615 FCFA vers le numéro 01 73 12 65 16, dont le bénéficiaire apparaît sous le nom d’Amadou K. Elle ne prête pas suffisamment attention au reçu de la transaction sur lequel sont mentionnés 50 000 FCFA (consulter le reçu)https://drive.google.com/file/d/1cWwFa1GLNp01RzZOvj19zxXE-2lsKu0T/view?usp=sharing. Jusqu’au bout, elle tombe dans le piège. Après cette première étape, un prétendu service de livraison entre en scène. Un nouvel interlocuteur lui réclame, à son tour, le règlement du solde de 15 150 F CFA avant la remise du colis. D.A.G. s’empresse de s’exécuter. Ce n’est que par la suite qu’elle comprend qu’elle vient de se faire arnaquer. Trop tard !

L’expérience n’est pas nouvelle pour cet acheteur, qui s’est confié à nous sous le sceau de l’anonymat. « En 2022, j’étais à la recherche d’une importante quantité d’huile de palme. Une annonce sur Facebook a attiré mon attention. J’ai versé une avance au soi-disant vendeur. Celui-ci, pour me mettre en confiance, m’a fait un reçu de paiement. Il est revenu à la charge pour me demander d’augmenter ma commande. Je lui ai rétorqué que j’attendais la première livraison d’abord… En dépit de ses assurances, je n’ai jamais rien reçu. Lorsque je me suis rendu à la PLCC pour déposer une plainte, on m’a redirigé vers un commissariat. Le montant de la transaction n’était pas élevé. J’ai donc laissé tomber. », raconte K.O. Depuis cette mésaventure, il est devenu très prudent. « Chaque fois que j’échange avec un vendeur sur Meta, j’interromps la conversation dès qu’une avance m’est exigée. », révèle-t-il.

Procédé déjà documenté

Le phénomène ne repose pas uniquement sur des témoignages d’acheteurs. En juin 2026, une affaire traitée dans le cadre de la lutte contre la cybercriminalité en Côte d’Ivoire faisait état d’une escroquerie liée à la vente en ligne de meubles. Une victime avait versé 100 000 FCFA d’avance pour l’achat d’un meuble avant de découvrir que le produit n’existait pas. De faux reçus et de fausses indications de localisation ont notamment été utilisés. Interpellé, le mis en cause a reconnu avoir créé plusieurs comptes Facebook et évoqué une quinzaine de victimes.

Facebook, premier maillon d’une chaîne qui se poursuit ailleurs

Ces différents cas mettent en évidence un mécanisme qui ne s’arrête pas nécessairement à Facebook. La discussion commence sur Messenger. Le paiement peut ensuite être demandé par Mobile Money. Un prétendu transporteur peut intervenir. Puis un nouveau numéro réclame des frais supplémentaires. Livraison, assurance, déblocage du colis ou solde de la commande. À chaque étape, l’acheteur est invité à faire un nouveau paiement. C’est précisément cette succession qui rend le mécanisme difficile à appréhender pour une victime. Elle ne se retrouve pas nécessairement face au même interlocuteur, ni au même numéro, ni au même prétexte.

Les limites du contrôle sur Marketplace

Les plateformes de petites annonces recommandent généralement de ne pas payer à l’avance et de vérifier physiquement le produit avant de conclure la transaction.

Karine O., directrice générale d’OK Digital, rappelle que Meta met à disposition des utilisateurs des recommandations de sécurité dans les différents onglets. Ces avertissements, souligne-t-elle, sont trop souvent négligés. « Marketplace est un espace commercial intégré à Meta, où les utilisateurs peuvent proposer des biens à vendre ou rechercher des produits. Les vendeurs et les acheteurs utilisent ainsi leurs comptes, sans nécessairement disposer d’un profil réservé sur Marketplace. Cette configuration peut compliquer l’identification d’un individu lorsque les informations fournies lors de la création du compte sont fausses ou incomplètes. Meta a juste les données qu’on lui met à disposition », explique-t-elle.

Elle précise, en outre, que les données déclaratives ne constituent pas l’ensemble des informations dont Meta peut disposer. La plateforme peut également traiter des données techniques liées aux connexions et aux appareils, notamment les adresses IP, selon ses politiques de confidentialité et les circonstances de leur collecte. Ces éléments peuvent contribuer au travail des enquêteurs lorsqu’une plainte donne lieu à des investigations.

Karine O. évoque ainsi la possibilité que Meta fournisse certaines informations à la suite d’une sollicitation des autorités. Une adresse IP ne permet toutefois pas, à elle seule, d’identifier avec certitude l’auteur d’une escroquerie. Son exploitation peut nécessiter des vérifications complémentaires, notamment auprès des fournisseurs d’accès, dans le cadre des procédures légales applicables.

Des comptes supprimés en nombre indéterminé

La question n’est donc pas seulement de savoir si des données existent, mais aussi si elles sont conservées, accessibles aux enquêteurs et suffisamment précises pour faire progresser une enquête. Combien de comptes, de profils ou d’annonces liés à des activités frauduleuses ont été supprimés sur Facebook entre 2025 et 2026, en lien avec des cas d’arnaque ?

Sur ce point, Karine Oulaté ne fournit pas de statistiques vérifiables. Elle estime que les suppressions concernent des volumes considérables, compte tenu des faux comptes, des comptes piratés et des profils signalés par les utilisateurs. Elle avance l’idée de millions de comptes, sans toutefois présenter de chiffres documentés permettant de confirmer cette estimation. Il convient ici de distinguer plusieurs réalités : un compte supprimé pour fraude, un profil désactivé pour non-respect des règles, un compte piraté récupéré par son propriétaire et une annonce retirée à la suite d’un signalement ne relèvent pas nécessairement des mêmes procédures.

La patronne d’OK Digital explique que Meta ne communique pas de chiffres exacts, selon elle, pour ne pas exposer ses propres faiblesses. Pour ce qui est de la détection des fraudes, Karine O. déclare que Meta ne joue pas le rôle de la police. « Marketplace a d’abord été conçu pour faciliter les échanges commerciaux entre utilisateurs et ne dispose pas d’un mécanisme particulier de contrôle distinct de celui de Facebook », ajoute-t-elle. Elle laisse ensuite entendre que les signalements de comptes suspects ainsi que les vérifications auxquelles certains utilisateurs peuvent être soumis font partie des mécanismes de contrôle. Des contrôles peuvent notamment conduire à demander une confirmation d’identité ou à vérifier qu’une personne est bien propriétaire de son compte. D’après son analyse, ces opérations s’inscrivent dans les mécanismes généraux de contrôle de Facebook et ne ciblent pas spécifiquement Marketplace.

Saisir la police

Karine Oulaté recommande de saisir les services de police en cas d’escroquerie ou d’arnaque. La plainte permet aux autorités compétentes d’engager les démarches nécessaires et, si les conditions légales sont réunies, de solliciter auprès de Meta les informations susceptibles d’aider à identifier le titulaire d’un compte ou à retracer les faits. La coopération de la plateforme peut ainsi constituer un élément utile de l’enquête, sans garantir pour autant l’identification immédiate de l’auteur ni le remboursement de la victime.

Avant de déposer plainte, il est conseillé de préserver les éléments disponibles : captures d’écran de l’annonce, échanges avec le vendeur, identifiant du compte, numéro de téléphone communiqué, justificatifs de paiement et éventuelles coordonnées de livraison. Ces traces peuvent aider les enquêteurs à reconstituer la transaction.

Statistiques

Les statistiques de la Plateforme de lutte contre la cybercriminalité (PLCC) montrent l’ampleur du phénomène. Les autorités ivoiriennes ont fait état de plus de 12 000 plaintes liées à la cybercriminalité en 2024, contre plus de 8 000 en 2023 et plus de 6 000 en 2022. Ces chiffres concernent l’ensemble des plaintes traitées et ne permettent donc pas d’isoler les seules escroqueries commises via Facebook Marketplace.

La Plateforme de lutte contre la cybercriminalité constitue notamment un interlocuteur pour le signalement et le traitement des faits relevant de la cybercriminalité. La loi ivoirienne n° 2013-451 du 19 juin 2013 relative à la lutte contre la cybercriminalité constitue par ailleurs l’un des principaux textes encadrant la matière.

Ces bonnes affaires qui peuvent coûter cher

Sur Marketplace, ces bonnes affaires qu’on croit pouvoir réaliser peuvent coûter plus cher qu’on ne le croit. La vigilance doit être de mise et il ne faut surtout procéder à aucune transaction avant réception de la commande, au risque de n’avoir que ses yeux pour pleurer.

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