Société

Logoualé – Soupçons de fausse identité : une plainte pénale pour démêler les multiples vies administratives de la députée-maire

À peine élue députée de la circonscription N° 195 Bogouiné, Logoualé, Yapleu et Ziogouiné, communes et sous-préfectures et déjà rattrapée par la justice. Une plainte pénale vise Ouehi Feh Biayo Gisèle épouse Koffi, soupçonnée d’avoir emprunté plusieurs identités au fil des années. L’affaire remet en lumière d’étranges incohérences d’état civil.

Depuis le 26 décembre 2025, une plainte a été déposée contre Ouehi Feh Biayo Gisèle épouse Koffi, députée fraichement élue et première magistrate de la commune de Logoualé auprès du parquet général près la cour d’appel d’Abidjan pour les faits de faux et usage de faux, faux témoignage et parjure, escroquerie.

Une élue, plusieurs identités

Ouehi Feh Biayo Gisèle, le nom que porte la nouvelle élue de la nation et actuelle maire de la commune de Logoualé n’est pas celui donné par ses parents biologiques à sa naissance. Cette nouvelle identité, selon les informations dont dispose la rédaction de www.letau.net , a été acquise de façon frauduleuse en 2014. Née le 23 mai 1976 à la maternité de Zuénoula de Ouehi Goh et de Gohoré Lou Toua, celle qui se fait appeler aujourd’hui Ouehi Feh Biayo Gisèle, a été déclarée le 31 mai de la même auprès de l’officier de l’état civil de la circonscription d’état civil de Zuénoula sous nom de Ouihibia Saman Gisèle dans le registre numéro 439 du 31 mai 1976. Mais qu’est-ce qui a pu justifier le changement de son état civil ?

Proche de Botti Rosalie

Il est de notoriété que Gisèle était très proche de Irié Lou Mezo Rosalie épouse Botti, membre fondatrice et ex présidente du conseil d’administration de la Coopérative des commerçantes de produits vivriers de Cocody (Cocovico). Toutefois, elle ne faisait pas partie des enfants légitimes encore moins adoptifs du couple Botti. Mais suite au décès de Irié Lou Mezo Rosalie le 15 décembre 2014, elle va brandir un extrait d’acte de naissance établi à la mairie de Logoualé sur lequel il est mentionné que la défunte est sa mère biologique. Se présentant alors comme l’aînée de l’ex-présidente de la coopérative, elle s’accapare de ses biens y compris le marché de la Cocovico dont elle devient la nouvelle présidente du conseil d’administration, sous le regard médusé du veuf et ses enfants.

Ingéniosité déconcertante

Pour réussir à s’accaparer l’héritage de la défunte Irié Lou Mezo Rosalie au grand dam du conjoint survivant et des enfants légitimes, Ouihibia Saman Gisèle va faire preuve d’une ingéniosité déconcertante.

En début d’année 2014, constatant l’état de santé précaire et inquiétant de dame Botti, elle se rend précipitamment au tribunal de première instance de Man avec pour objectif de se faire établir un nouvel extrait d’acte de naissance sur lequel sa mère biologique est désormais Irié Lou Mezo Rosalie.

Pour y parvenir, elle se rend d’abord à la mairie de Logoualé où un certificat de recherches infructueuses est établi à son profit le 21 février 2014. Elle a également en sa possession, un extrait d’acte de naissance délivré le 16 juin 2001 par le maire de ladite commune, officier de l’état civil. Sur cet extrait, elle  se nomme Ouehi Feh Biayo Gisèle. Elle est née le 10 janvier 1982 à Kétongouiné, commune de Logoualé de Ouehi Goh et de Irié Lou Mezo. Munie de ces documents administratifs, elle saisit le 26 février 2014 le tribunal de première instance de Man à l’effet de se voir délivrer un jugement aux fins de retranscription de son acte de naissance.

Lors de l’audience tenue le même jour, pour convaincre le juge-président Cissoko Abdouroulaye Ibrahim et les juges assesseurs, Ouihibia Saman Gisèle leur explique que « le centre d’état civil de son lieu de naissance n’a pas été en mesure de lui délivrer copie de son extrait d’acte de naissance au motif que le registre dans lequel a été enregistré sa déclaration de naissance serait détruit. » Pour ce faire, elle produit à l’audience le certificat de recherches infructueuses établi par la mairie de Logoualé et qui lui a été délivré.

Au terme de l’audience, le juge Cissoko va ordonner la retranscription de son acte de naissance numéro 251 du premier septembre 1987. Mais curieusement, sur le nouvel extrait d’acte de naissance établi le 3 novembre 2014 suivant la décision du tribunal de première instance de Man, Ouihibia Saman Gisèle, déclarée sous le nom de Ouehi Feh Biayo Gisèle a toujours pour père Ouehi Goh et désormais pour mère Irié Lou Mezo Rosalie. Quelle ingéniosité !

Dès le décès la présidente du conseil d’administration de la Cocovico le 15 décembre 2014, Ouihibia Saman Gisèle alias Ouehi Feh Biayo Gisèle s’est présentée comme la fille aînée de la défunte et occupe dorénavant le poste de la présidente du conseil d’administration de la société coopérative.

Ayant découvert cette supercherie, Botti Bi Zoro, l’ex-conjoint de la défunte a saisi, le parquet général près la cour d’appel d’Abidjan pour les faits de faux et usage de faux, faux témoignage et parjure, escroquerie.

Accusations réfutées en bloc

La rédaction de www.letau.net a joint la nouvelle élue de la nation, le 7 janvier dernier en vue d’avoir sa réaction au sujet des accusations portées contre elle. Lors de l’entretien téléphonique, Ouehi Feh Biayo Gisèle épouse Koffi a nié en bloc les faits qui lui sont reprochés. « Je ne me reconnais pas en cela ! Je ne sais même pas de quoi vous parlez au fait ! Vous ne pouvez pas m’appeler au téléphone pour me poser des questions. Je ne sais même pas de quoi il s’agit », a-t-elle rétorqué. Avant de promettre à la rédaction de letau.net  une réaction plus appropriée : « J’ai compris, je vais vous rappeler. » Une promesse non tenue au moment de la publication de cet article. Convaincue certainement de l’immunité parlementaire dont elle jouira très bientôt.

La balle est désormais dans le camp de l’institution judiciaire saisie par l’ex-conjoint de feue Irié Lou Mezo Rosalie. Il revient désormais à la justice de trancher entre les versions… en espérant qu’elle ne se retrouve pas, elle aussi, avec plusieurs identités à gérer.

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