
Houphouëtistes 3.0 !
Comment le gouvernement qui freine des quatre fers espère-t-il rassurer les acteurs politiques sans discuter avec eux des règles qui doivent régir la compétition électorale ? Comment parvenir à des élections consensuelles lorsque la recherche du consensus ne semble plus être à l’ordre du jour ?
Houphouët a certainement dû se retourner dans sa tombe en écoutant le porte-parole du gouvernement dans l’un de ses exercices favoris. La dernière sortie d’Amadou Coulibaly, à l’issue du Conseil des ministres du mercredi 14 octobre 2026, n’est, en effet, pas de celles qui auraient enchanté le père fondateur. Les réticences du gouvernement à consentir à un nouveau dialogue politique sur la mise en place d’un organe électoral, corroborer, 24 heures après,par la déclaration de Cissé Bacongo, le Secrétariat exécutif du Rassemblement des houphouetistes pour la démocratie et la paix ( Rhdp) interrogent la volonté réelle de nos gouvernants d’aboutir, enfin, à des élections consensuelles, apaisées et sans violence dans notre pays.
Le mercredi 14 octobre 2026, Amadou Coulibaly a, en effet, fait savoir qu’aucun nouveau dialogue politique national n’était annoncé pour discuter de la réforme du système électoral. Les propositions des partis politiques, a-t-il expliqué, doivent être adressées au ministère de l’Intérieur, conformément aux conclusions du précédent dialogue politique. La Côte d’Ivoire n’étant plus en crise, les institutions existantes constituent désormais les cadres appropriés pour traiter ces questions.
Curieuse posture de la part de celui qui,le 6 mai 2026, annonçait la dissolution de la Commission électorale indépendante (CEI). Pour justifier cette décision, Amadou Coulibaly avait notamment évoqué les critiques et réserves formulées contre cette institution à l’issue du dernier cycle électoral. Il était alors question de mettre en place un nouveau mécanisme susceptible de rassurer les acteurs politiques et de garantir des élections apaisées.
Comment le gouvernement qui freine des quatre fers espère-t-il rassurer les acteurs politiques sans discuter avec eux des règles qui doivent régir la compétition électorale ? Comment parvenir à des élections consensuelles lorsque la recherche du consensus ne semble plus être à l’ordre du jour ?
Cette réticence au dialogue chez des houphouëtistes laisse perplexe, à bien des égards. Pour rappel, le père fondateur avait fait du dialogue l’un des piliers de sa gouvernance. Une doctrine dont ceux qui se réclament de son héritage politique semblent vouloir s’affranchir. Avec les mutations qu’on observe de par le monde, on est en droit de se demander s’il ne s’agirait pas d’une espèce nouvelle d’houphouëtistes. Des houphouëtistes 3.0, allergiques au dialogue. Bien plus, à la critique. Là où, dès 1969, Félix Houphouët-Boigny, au faîte de son magistère, initiait les « Journées du dialogue national », cadre propice à l’expression des préoccupations des populations, mais également à la critique de sa gouvernance. Ces rencontres furent renouvelées à plusieurs reprises au cours des années 1980. En septembre 1989, alors que le pays traversait une profonde crise économique et sociale, sa gouvernance fut ouvertement critiquée. Certains intervenants allant jusqu’à remettre en cause le système du parti unique. Houphouët-Boigny n’avait certes pas accédé à toutes les revendications. Mais au moins avait-il accepté d’entendre la contradiction.
Ironie de l’histoire ! Plus de trois décennies après sa disparition, ceux qui revendiquent à cor et à cri son héritage, semblent avoir une tout autre conception de cette vertu politique. Le dialogue, oui ! Mais à condition qu’il ne froisse pas les susceptibilités du prince ?
À cette allure, l’opposition qui, ces dernières semaines a pris un bail avec la section anti-terroriste de la justice ivoirienne, ne gagnerait-elle pas à se taire, à ne rien voir et à ne rien entendre…pour avoir la paix ?
Pendant qu’on y est, pourquoi nos gouvernants ne déclareraient-ils pas illégale, du moins officiellement, toutes formes d’opposition ? Au moins, chacun saurait à quoi s’en tenir et se gouvernerait-il en conséquence.
L’exclusion brandie hier comme justificatif de la remise en cause de l’autorité de l’Etat serait-elle en train de signer insidieusement son retour au premier plan dans la vie publique ?
