
Côte d’Ivoire : Le cacao ivoirien reprend la route du Ghana.
À bout de patience et financièrement asphyxiés, les producteurs de cacao de l’Est ivoirien ont trouvé une échappatoire, le Ghana voisin.
Le long de la frontière, un commerce parallèle s’organise. À Akati, Camp et dans plusieurs autres localités frontalières, des acheteurs ghanéens attendent désormais les planteurs… cash à la main.
Selon plusieurs sources concordantes, les transactions se font discrètement, souvent de nuit. Le kilogramme de cacao s’y négocie autour de 1 850 FCFA un prix nettement plus attractif que celui pratiqué côté ivoirien.
Ce phénomène n’est pas nouveau. Depuis des décennies, les flux de cacao oscillent entre les deux pays au gré des différentiels de prix. Mais la situation actuelle lui donne une ampleur particulière.
Fragilisés par la baisse des cours mondiaux, la Côte d’Ivoire et le Ghana qui concentrent à eux deux plus de 60 % de l’offre mondiale ont été contraints de revoir leurs prix bord champ à la baisse.
Dans cet ajustement, Accra a mieux résisté : environ 2 000 FCFA/kg contre 1 200 FCFA/kg en Côte d’Ivoire. Un écart suffisamment significatif pour déclencher un exode du cacao dans les zones frontalières.
Pour de nombreux présidents de coopératives, le choix est devenu pragmatique, voire vital. Écouler la production au Ghana apparaît comme « le moindre mal », surtout dans un contexte marqué par les dysfonctionnements du système ivoirien.
En ligne de mire : la gestion controversée du stock résiduel estimé à 123 000 tonnes. Le Conseil Café-Cacao (CCC) et l’Organisation interprofessionnelle agricole (OIA) sont accusés d’avoir mal conduit les opérations d’enlèvement, laissant producteurs et acheteurs dans l’impasse.
Face à ce blocage, certains opérateurs n’hésitent plus à basculer dans la contrebande pour limiter les pertes.
Mais cette fuite du cacao n’est pas sans conséquence. Pour l’État ivoirien et le CCC, le manque à gagner pourrait être significatif, tant sur le plan fiscal que parafiscal.
Derrière ce mouvement silencieux, c’est toute la régulation de la filière qui vacille et avec elle, la capacité du pays à garder le contrôle sur sa première richesse agricole.
