
Mourir à l’accueil de nos hôpitaux
Le temps d’attente à l’accueil, avant d’être pris en charge, s’apparente souvent à une attente dans le couloir de la mort avant exécution… Pour ceux dont un enfant envisage avaler un marteau la semaine prochaine, c’est maintenant qu’il faut prendre rendez-vous aux urgences pour éviter le pire.
Chez nous, où l’évocation de l’Indice de développement humain (IDH) par un leader de l’opposition a suffi à irriter des têtes d’huile du régime, on peut mourir à l’accueil d’un hôpital ou d’une clinique sans avoir jamais vu un médecin. Il ne s’agit aucunement d’une caricature. C’est la triste réalité à laquelle www.letau.net a été confronté à deux reprises la semaine écoulée.
Le temps d’attente, avant d’être pris en charge, peut parfois avoisiner deux heures d’horloge au bas mot. Un délai suffisamment critique pour un patient en situation d’urgence. Il s’apparente souvent à une attente dans le couloir de la mort avant exécution. Dans certains cas, profitable au condamné aux États-Unis, ici, il peut s’avérer fatal.
Pour y échapper, il faut montrer patte blanche, graisser la patte, connaître quelqu’un ou être recommandé…
Les patients anonymes, fauchés, n’y sont pas forcément les bienvenus. Viennent ensuite les assurés. Il leur faut ronger leur frein. Attendre au minimum dix patients qui paient cash pour que viennent leur tour. À ce rythme, le travailleur qui part de Bingerville à 4h30, a tout le temps de vaincre les embouteillages et d’arriver à son bureau à 8h, sans que le malade en salle d’accueil ne sache à quoi ressemble un médecin.
Pour ceux dont un enfant envisage avaler un marteau la semaine prochaine, c’est maintenant qu’il faut prendre rendez-vous aux urgences pour éviter le pire. Mieux vaut anticiper. Un homme averti en vaut deux.
Il est préférable d’être en bonne santé avant d’arriver à l’accueil de nos hôpitaux, disposer de toutes ses facultés physiques, mentales et financières. Cash de préférence. Y débarquer en état critique est déjà critique en soi.
Le malade a tout le temps de passer de vie à trépas, de ressusciter le troisième jour avant d’avoir la chance de franchir la porte du bureau du médecin.
Sa mort, en état de cause, n’empêchera pas la terre de tourner. À l’exception de sa famille, elle ne fera ni chaud ni froid au personnel soignant. L’habitude certainement. Les lenteurs administratives et les petites combines ne s’arrêteront pas non plus. Ainsi va la vie dans les cliniques et hôpitaux de notre paradis.
