L'Editorial

L’École de la République, ses bizarreries exotiques

On parle d’égalité des chances à l’École. Dans les faits, la naissance des enfants, le statut social des parents, leur lieu d’habitation, l’établissement fréquenté déterminent bien souvent la trajectoire.

Une jeune fille née à Cocody-Ambassade qui y vit, est inscrite au lycée Sainte-Marie a plus de chances d’être bien encadrée et de réussir ses études qu’une autre née à Pékékaha dans le Nord ou Bliérone dans l’Ouest de la Côte d’Ivoire. Qui fréquente le lycée mal famé du bled, avec des enseignants démotivés exerçant dans des conditions de travail approximatives.

Le 14 septembre, date officielle du démarrage des cours, dans certaines écoles, ce sera le désert scolaire. Dans les rares établissements de l’arrière-pays qui auront la chance de recevoir des apprenants ou leurs parents, on viendra surtout à l’information pour aller se préparer. La rentrée, parfois conditionnée par la vente du cacao, ne débutera dans ces territoires que bien plus tard. Au plus tôt, le 1er octobre. Avec un taux de remplissage des salles de classe généralement inférieur à 50 %.

En fin d’année, tant pis pour ceux qui auront pris le train en marche. Programme achevé ou pas, tout le monde sera évalué au même titre. Comme dans les compétitions sportives internationales, notamment en football, à la Coupe du monde, lorsque les pays moins côtés sur le ranking FIFA affrontent des équipes du top 5. Les miracles, c’est souvent comme la pluie qui survient de façon inattendue dans le désert du Kalahari.

Le plus absurde n’est pas tant cette injustice admise et acceptée. C’est le contenu de la formation dispensée. Le débat porte plus sur  l’apparence, la taille de la jupe, la longueur des cheveux.

Depuis que les cours d’espagnol et d’allemand figurent au programme, qui est-ce qui se soucie de l’évolution du monde ? Qui cherche à comprendre pourquoi le système éducatif français, dont s’inspire notre modèle d’éducation, a entrepris de faire apprendre ces langues à ses élèves. On n’y réfléchit même plus. Si c’est bon pour Paris, ça l’est forcément pour Abidjan.

On se moque de la Chine, mais en la matière, le maître a désormais des leçons à recevoir des bons élèves que nous sommes devenus. Experts ès mimétisme.

Conséquence de ce suivisme, nos écoles ressemblent à des usines de production de diplomés sans competence. Tout au plus bon pour grossir les rangs des gérants de cabine, coachs en entrepreneuriat et autres formations en tout genre sur les réseaux sociaux, prompts candidats aux concours de la fonction publique, la saison venue. En quête perpétuelle de piston pour y parvenir. Sans que ça ne dérange personne.

Pourquoi prospère-t-on dans cette voie improductive ? Peut-être parce qu’elle est plus confortable. N’est-ce pas à cela qu’on nous reconnaît ? À cette particulière propension à cultiver les petites curiosités et autres bizzareries exotiques. A déblatérer à longueur de journée sur l’invention de la roue. Sans avoir jamais rien créé.

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