Société

Côte d’Ivoire – Le diagnostic de CIVIS-CI : le meilleur avocat de la corruption, c’est nous !

‎‎Réunis à l’initiative de CIVIS-CI, des spécialistes de la lutte contre la corruption, ont analysé les mécanismes invisibles qui affaiblissent le combat. Au-delà du renforcement des lois, ils appellent à une transformation profonde des comportements, des institutions et des pratiques sociales.

‎‎Malgré le renforcement des dispositifs juridiques et institutionnels dans plusieurs pays africains, la corruption continue de résister. Pourquoi les stratégies de lutte produisent-elles si peu de résultats ? C’est autour de cette question que CIVIS-CI a organisé, le vendredi 10 juillet 2026, un atelier de réflexion à son siège d’Angré Terminus 81/82.

‎Cette rencontre a réuni plusieurs experts, de l’intégrité publique et de la lutte contre la corruption afin d’identifier les mécanismes qui neutralisent les politiques d’intégrité et de proposer des solutions. susceptibles d’améliorer leur efficacité.

‎Dès l’ouverture des travaux, les panélistes ont insisté sur un constat majeur : la corruption ne prospère pas uniquement en raison des défaillances des institutions. Elle trouve également ses racines dans les comportements individuels, les croyances collectives et certaines normes sociales qui finissent par banaliser les pratiques illicites.

‎Peu à peu, l’acte de corruption cesse d’être perçu comme une faute. Il devient un « arrangement », un service rendu ou une pratique considérée comme inévitable. Cette normalisation affaiblit progressivement les repères éthiques et favorise l’enracinement du phénomène.Les spécialistes ont également évoqué le désengagement moral. Les auteurs d’actes de corruption tendent à minimiser leurs responsabilités, estimant que les conséquences sont limitées ou que « tout le monde agit de la même manière ». Une perception qui fragilise considérablement les politiques de prévention.Les échanges ont également mis en évidence le phénomène de la conformité de façade. Si de nombreuses administrations se dotent de codes d’éthique, de procédures internes et de programmes de formation, ces initiatives peinent souvent à transformer durablement les comportements.Les textes existent, mais leur application demeure inégale. Les anciennes habitudes continuent de prévaloir, limitant ainsi l’impact réel des politiques d’intégrité.

‎‎Autre défi de taille : la loi du silence. Par peur des représailles ou par manque de confiance dans les mécanismes de protection, de nombreux témoins renoncent à signaler les faits de corruption. Cette absence de dénonciation contribue à la pérennité des réseaux frauduleux.

‎Les experts ont enfin relevé le poids des solidarités familiales, communautaires ou politiques, qui compliquent parfois l’application impartiale des sanctions et fragilisent l’autorité des institutions chargées de faire respecter la loi.

‎Face à des pratiques de plus en plus sophistiquées, les nouvelles technologies offrent des perspectives encourageantes. L’intelligence artificielle permet désormais de détecter des anomalies dans les marchés publics, d’analyser des flux financiers complexes et d’anticiper certains risques de fraude.

‎Pour les intervenants, ces innovations constituent un appui précieux. Elles ne sauraient toutefois remplacer la volonté politique, la transparence, la redevabilité et l’engagement des institutions en faveur d’une gouvernance exemplaire.

‎Afin de renforcer durablement les politiques d’intégrité, les participants ont formulé plusieurs recommandations. Ils préconisent notamment de déconstruire les mécanismes de justification qui banalisent la corruption, d’évaluer régulièrement l’efficacité des politiques publiques et de renforcer la protection des lanceurs d’alerte.

‎Ils ont également appelé à une meilleure vulgarisation des mécanismes de signalement, notamment du numéro vert de la Haute Autorité pour la Bonne Gouvernance (HABG), afin d’encourager les citoyens à dénoncer les pratiques frauduleuses en toute sécurité.

‎Au terme des échanges, un message s’est imposé avec force : la lutte contre la corruption ne peut se limiter au durcissement des lois. Elle exige une véritable transformation des mentalités, une gouvernance exemplaire et une mobilisation permanente des institutions comme des citoyens.

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