
PDCI-RDA : Valérie Yapo reprend du service
Valérie Yapo, membre du Bureau politique du PDCI-RDA, a repris la parole, le 4 mai 2026 à Abidjan, à la faveur d’une conférence de presse annonçant le lancement de son courant interne, “Héritiers pour la démocratie et la légalité”. Une nouvelle sortie qui pose moins la question de ce qu’elle dit que celle de ce qu’elle pèse réellement dans la machine du parti.
Valérie Yapo Yolande, qui se présente désormais comme présidente du courant Héritiers pour la démocratie et la légalité au PDCI-RDA, (HDL) pour les intimes, a repris du service, le 4 mai à Abidjan, avec une conférence de presse, une déclaration liminaire, des propositions, de l’indignation, du vocabulaire statutaire et cette conviction inébranlable qu’elle parle au nom de quelque chose. Laquelle au juste ?
« Ce courant HDL PDCI-RDA n’est ni une dissidence, ni une rupture », c’est elle qui le dit.
Dans un exercice qui n’a plus aucun secret pour elle – la conférence de presse comme outil de contestation politique – Valérie Yapo a annoncé la création d’un courant interne au sein du parti octogénaire. Au menu : retour à la légalité, démocratie interne, respect des textes, restauration des fondamentaux. Lexique impeccable, même refrain.
Depuis décembre 2023 et l’élection de Tidjane Thiam à la tête du PDCI-RDA, Elle a multiplié les charges : procédure judiciaire en destitution…perdue. Conférence de presse en février 2026 pour réclamer la démission de Thiam… ignorée. Candidature aux législatives de décembre 2025 à Akoupé, son fief déclaré …perdue aussi. Qu’à cela ne tienne, elle n’en démord pas.
Dans les faits, le HDL lui offre une nouvelle scène, un nouveau sigle et une nouvelle raison d’occuper l’espace public. Héritiers pour la démocratie et la légalité, une belle trouvaille qui sonne comme un testament. Comme si la démocratie et la légalité étaient des biens successoraux que l’on reçoit à condition d’être présent à la lecture du notaire. Manifestement, elle l’est.
Contrairement à Tidjane Thiam, qu’elle accuse de diriger le parti depuis l’étranger. Contrairement aussi aux électeurs d’Akoupé, qui ont choisi leur représentant au Parlement sans tenir compte de ses lumières.
Sans mandat électif, sans victoire aucune, sans preuve d’un rapport de force militant qui penche en sa faveur, au nom de qui prétend-elle parler ? Avec quelles troupes compte-t-elle sonner cette « révolution interne pour ramener le PDCI-RDA à ses fondamentaux » ? Pour l’heure, son intendance en est réduit aux plateaux de télévision, aux micros et aux conférences de presse.
Dans cette nouvelle saison de la prise de parole de Valérie Yapo, le plus savoureux reste sa question rhétorique du jour, posée avec l’assurance de quelqu’un qui a toujours raison : pourquoi, lorsqu’il s’est agi d’assurer l’intérim, a-t-on ouvert les textes, et lorsqu’il s’est agi de choisir le président, les a-t-on refermés ? Belle question.
Une autre, plus modeste : pourquoi, lorsqu’il s’est agi de voter à Akoupé, son fief déclaré, les électeurs n’ont-ils pas massivement adhéré à son projet ? Les textes, elle les connaît. Le terrain, un peu moins.
Force est toutefois d’admettre que son diagnostic sur le PDCI-RDA n’est pas à rejeter totalement. Un parti qui perd du terrain, se divise, dont les instances sont contestées – peu importe qui tire les ficelles – dont la représentation parlementaire est passée de 65 députés à 32 en une législature mérite effectivement que le débat s’ouvre. Il mérite même un médecin à son chevet.
Toutefois, pas un médecin qui n’a pas convaincu dans son propre fief. C’est un médecin dont on écoute le diagnostic poliment, avant d’aller chercher un second avis.
Le problème de Valérie Yapo n’est donc pas seulement ce qu’elle dit. Son problème, c’est ce qu’elle représente. Ce qu’elle pèse réellement au sein de la machine. En politique, la légalité donne des arguments. La légitimité donne des troupes. Pour l’instant, elle semble surtout disposer de micros.
Le PDCI-RDA est plus grand qu’un homme, dit-elle. C’est juste. Il est aussi bien plus grand qu’un micro, un logo, un courant et une conférence de presse de plus.
