
Démocratie en trompe l’œil
Dans un hémicycle à forte dominance orange, où des élus du peuple sont des suppléants – le président de l’institution a été élu sur proposition du patron de l’exécutif- d’où viendront les consignes de vote ? Qui inspirera les lois ?
Les législatives partielles à Dualla-Massala et Toumodi se sont achevées, le 21 février, par la défaite du RHDP. Une surprise relative qui suffirait à faire croire qu’en Côte d’Ivoire, le jeu démocratique se déroule à fond, dans les règles de l’art. La volonté populaire prime, dit-on.
Dans notre société des apparences, ce raccourci convainc à suffisance. Les formes y sont… Le pouvoir appartient au peuple qui décide. Belle rhétorique, n’est-ce pas ?
Dans ce paradis émergent sous Ouattara IV, les étoiles sont alignées. Tous les voyants sont au vert. Sauf pour les éternels opposants et les paysans ingrats qui refusent de reconnaître tous les efforts que fait notre président pour leur plus grand bonheur.
Ne s’est-il pas sacrifié en rempilant pour une 4e fois, en dépit de ses engagements ultérieurs à ne pas transiger avec ses sacro-saints principes ? L’appel du devoir transcende la parole donnée de bonne foi.
Même si le cacao se brade dans certains hameaux du pays, ce n’est pas bien grave. https://www.facebook.com/share/r/1Dm7rfvCA3/
Devant les caméras du monde entier, en prélude au lancement de sa campagne, tout sourire, notre guide éclairé et éclairant, dont l’éclat rivalise avec les rayons du soleil, a annoncé que le prix du kg de cacao bien séché et bien trié est fixé à 2 800 FCFA. Sous les hourra d’une salle en délire.
Ce n’est donc pas sa faute si, sur le terrain, certains ne suivent pas. Sans doute des adversaires jaloux du succès de l’homme qui a ressuscité notre pays et l’a replacé sur la carte mentale du monde.
Au cours des législatives à Toumodi, pour en revenir à nos mots et tons, on a entendu beaucoup de choses. Beaucoup d’autres, également, ont été dites. Pour la bonne cause, tantie Raymonde Goudou a accepté que son image trône sur des marmites. Au passage, et pour le bonheur futur des populations de cette circonscription, on a pris des libertés avec les règles de la grammaire. Le jeu en valait la chandelle.
Dans un élan de solidarité, toute la République – ou presque – s’est jointe à elle.
Anne Ouloto, maman bulldozer s’est particulièrement illustrée par des propos, rapportés sur les réseaux sociaux et repris par certains médias, et qui lui vaudront sans nul doute, dans un proche avenir, la formule politique de l’année : « Qui ne veut pas que son enfant travaille ? Vos enfants ont 30 et 40 ans et ils dorment encore dans vos salons. C’est ce que vous voulez ? ». Dis comme ça, c’est plus que clair.
Un philosophe très connu l’avait prédit avant l’heure : la Côte d’Ivoire va étonner le monde.
Admettons qu’il avait vu juste.
Digne dans la défaite, notre pharmacienne qui s’est recyclée dans la politique avec une réussite évidente n’a pas à s’inquiéter. Avec une rare élégance, elle a reçu pour la postérité le vainqueur du jour pour lui présenter ses félicitations. Comme chez les Blancs ! Lol.
Son avenir politique n’est pas menacé. Dans un système qui sait reconnaître les siens, un poste sur mesure lui sera offert dans les prochains jours…
Au-delà de ce détail, une question demeure. Dans un hémicycle à forte dominance orange, où des élus du peuple sont des suppléants – le président de l’institution a été élu sur proposition du patron de l’exécutif – d’où viendront les consignes de vote ? Qui inspirera les lois ?
La séparation des pouvoirs peut circuler.

Ah la Grande Côte d’Ivoire !!!