
Côte d’Ivoire – gouvernance politique : l’art de la reconversion permanente
En Côte d’Ivoire, le remaniement gouvernemental n’est plus un événement politique, mais un exercice de gymnastique administrative…
Il faut le reconnaître : Alassane Ouattara a inventé une école politique. Pas celle de l’alternance, non. Celle de la reconversion permanente. Ici, on ne parle pas de fin de mission, mais de « nouvelle affectation stratégique ». En français ivoirien on dira tout simplement « tu n’es plus là… mais tu es toujours dedans ».
Bref, personne ne part vraiment. Juste le déménagement d’un bureau à un autre. Parfois, avec une vue sur un budget conséquent, loin des regards indiscrets.
Repositionnement…
D’ailleurs en Conseil des ministres du samedi 24 janvier dernier Alassane Ouattara a lui-même indiqué que les ministres sortis du gouvernement sont appelés à d’autres fonctions qui seront précisées, dès ce lundi 26 janvier. Il ne serait donc pas impossible de voir Adjoumani, ancien ministre de l’Agriculture, hériter d’une institution. Tout comme l’ex-Pan Adama Bictogo dont le tabouret a été récemment ravi par Achi Patrick.
Déjà vu…
Les cas Gilbert Koné Kafana, et Mamadou Sangafowa Coulibaly illustrent bien la stratégie Ouattara. Kafana signe son retour au gouvernement en juin 2011. Il occupe le poste de ministre de l’Emploi, des Affaires sociales et de la Solidarité.
Puis deviendra maire de la commune de Yopougon. Un poste qu’il occupera jusqu’en 2023. Il fera à nouveau son entrée au gouvernement en tant que ministre auprès du président de la République, chargé des Relations avec les institutions. Tandis que Sangafowa Coulibaly, longtemps écarté après des tensions internes, a retrouvé un portefeuille majeur à la tête du ministère des Mines, du Pétrole et de l’Énergie. Dans ce système, la fidélité est une carte VIP. Elle donne accès au salon présidentiel, au couloir des nominations et à la fameuse phrase magique : « Le chef n’a pas oublié ».
Recyclage politique…
Le pouvoir fonctionne comme un grand centre de recyclage politique. Où les sortants sont triés, les profils nettoyés, les mêmes noms remballés et remis en circulation sous une autre étiquette. Le plus ironique ? Ce recyclage permanent est présenté comme de la stabilité. Et ça marche. Car à force de voir les mêmes visages revenir, l’opinion finit par croire que le changement est un mythe importé. Finalement en Côte d’Ivoire, le seul vrai chômage politique, c’est dans l’opposition. Au sommet de l’État, même quand on tombe… on retombe toujours sur un fauteuil.
