
Côte d’Ivoire – Ghana : le duel des prix du cacao
La Côte d’Ivoire et le Ghana représentent à eux seuls plus de 60 % de l’offre mondiale de cacao. Pour renforcer leur influence sur le marché international, les deux principaux producteurs mondiaux ont décidé, en 2019, de resserrer leur coopération en mettant en place l’Initiative Côte d’Ivoire–Ghana, inspirée du modèle de coordination des pays producteurs de pétrole.
Cette initiative a été lancée sous l’impulsion du président ivoirien Alassane Ouattara et de son homologue ghanéen Nana Akufo-Addo. L’objectif était clair : mieux coordonner les politiques cacaoyères afin d’obtenir une meilleure rémunération pour les producteurs.
Dans ce cadre, plusieurs accords ont été conclus, notamment l’harmonisation des prix bord champ, l’annonce simultanée des prix aux producteurs et une coopération renforcée dans la gestion du marché.
Des stratégies qui divergent
Au fil du temps, même si les autorités des deux pays continuent d’affirmer que leur partenariat reste solide, la réalité du terrain soulève des interrogations. La crise actuelle de commercialisation du cacao met en lumière certaines divergences dans la gestion de la filière.
Face aux difficultés de vente, le Ghana a décidé d’ajuster son prix bord champ à la baisse. Désormais, la tonne de cacao est fixée à 41 000 cédis, contre 57 000 cédis au début de la campagne. Selon les autorités ghanéennes, cette réduction vise à mieux refléter les conditions actuelles du marché international.
Dans le même temps, elles ont assuré aux producteurs que ce prix resterait valable pour le reste de la campagne 2025-2026, excluant toute nouvelle révision à la baisse.
De son côté, la Côte d’Ivoire, sous la pression des producteurs, a d’abord procédé à une modification du calendrier cacaoyer avant de fixer le prix bord champ à 1 200 francs CFA par kilogramme pour la campagne intermédiaire. Un niveau jugé largement insuffisant par de nombreux planteurs et nettement inférieur à celui pratiqué au Ghana.
Le risque de la contrebande
Cette différence de prix pourrait avoir des conséquences importantes. Même si, pour l’instant, les volumes de cacao ivoirien acheminés clandestinement vers le Ghana restent limités, une normalisation de la situation pourrait rapidement changer la donne.
Selon plusieurs sources dans les zones frontalières, le principal facteur qui freine actuellement la contrebande est le manque de liquidités chez les acheteurs ghanéens. Mais si ce problème venait à être résolu, l’écart de prix entre les deux pays pourrait inciter de nombreux producteurs ivoiriens à écouler leur cacao de l’autre côté de la frontière.
Pour l’heure, le phénomène reste timide. Quelques contrebandiers tentent déjà l’aventure, mais les quantités concernées demeurent encore relativement faibles. Toutefois, si la situation perdure, la pression sur la filière cacaoyère ivoirienne pourrait s’accentuer dans les mois à venir.
