
Côte d’Ivoire – Blanchiment de capitaux : un message à la Nation aux allures d’aveux
Le chef de l’État, Alassane Ouattara a annoncé, dans son discours à la Nation l’intensification de la lutte contre le blanchiment de capitaux. Une déclaration solennelle, qui sonne comme un aveu tardif dicté par la pression internationale …
Dans son traditionnel message à la Nation, prononcé le mercredi 31 décembre 2025, le président de la République a promis que la rigueur dans la gestion économique et financière de l’État demeurerait une priorité absolue. La lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme a été présentée comme un axe central pour faire de la Côte d’Ivoire un modèle africain de transparence et de bonne gouvernance.
Une déclaration ambitieuse, presque irréprochable sur le papier. Mais à bien y regarder, cette insistance soudaine interroge.
Aveu…
Quand un chef d’État éprouve le besoin de marteler publiquement sa détermination à combattre le blanchiment de capitaux, ce n’est jamais anodin. Cela signifie, le plus souvent, que le mal a prospéré longtemps, parfois sous le regard complaisant, parfois sous l’indifférence feutrée des institutions.
Le discours présidentiel agit ici comme un aveu de taille : oui, des circuits financiers opaques ont prospéré ; oui, des fortunes éclairs se sont bâties sans traçabilité crédible ; oui, l’argent sale s’est peu à peu banalisé dans l’espace public, au point de ne plus choquer grand monde.
Secteurs…
Certains secteurs sont aujourd’hui unanimement identifiés comme des terreaux fertiles du blanchiment de capitaux.
L’immobilier, où des immeubles luxueux surgissent du sol sans que l’on puisse clairement retracer l’origine des fonds investis. Il y a également le domaine du loisir avec les bars, maquis et boîtes de nuit souvent utilisés pour recycler des liquidités en les maquillant en chiffre d’affaires. Sans compter l’orpaillage clandestin, dont les revenus circulent hors des circuits bancaires avant d’être discrètement réinjectés dans l’économie formelle.
Pendant des années, ces pratiques ont prospéré dans une étonnante indifférence, comme si chacun savait… mais préférait regarder ailleurs.
La menace GAFI…
L’inscription de la Côte d’Ivoire sur la liste grise du GAFI n’est pas une simple formalité administrative. C’est une alerte rouge internationale. Un signal de défiance adressé aux investisseurs, aux partenaires financiers et aux institutions multilatérales.
Être sur cette liste, c’est être soupçonné de laxisme, voire de complaisance, face aux flux financiers illicites. Résultat : le pays est désormais observé, disséqué, presque placé sous une forme de tutelle morale où chaque faux pas coûte cher en crédibilité.
Le symbole Apoutchou…
La célérité avec laquelle l’affaire Apoutchou a été traitée n’a rien du hasard. Elle s’inscrit dans une stratégie de démonstration : prouver au GAFI que la Côte d’Ivoire agit, frappe fort, et que, cette fois-ci, l’État ne tergiverse plus.
Le symbole est d’ailleurs parlant, pour l’audience du 24 décembre 2025, c’est le procureur de la République lui-même, Jean-Claude Aboya, qui se déplace. Il ne s’agissait pas seulement de juger un homme, mais d’envoyer un message clair, à l’intérieur comme à l’extérieur du pays.
La Côte d’Ivoire découvre donc officiellement le blanchiment de capitaux au moment précis où le monde commence à lui demander des comptes.
Une coïncidence, sans doute.
