L'Editorial

« Comme des Hommes ! »

Dimanche soir à Rabat, dans les dernières secondes d’une finale indécise perçues comme une tentative de braquage pour le banc sénégalais, Pape Thiaw a choisi de dire non. À Dakar, le courage face à l’injustice n’est pas conjoncturel. C’est une culture qui nourrit la démocratie et dynamise l’alternance.

« Le monde ne sera pas détruit par ceux qui font le mal, mais par ceux qui les regardent sans rien faire ». Cette citation généralement attribuée au physicien Albert Einstein a pris tout son sens dimanche soir à Rabat. Dans les derniers instants du temps réglementaire de la finale de la Coupe d’Afrique des nations qui opposait le Sénégal au Maroc.

Que se serait-il passé si, face à ce qu’il a perçu comme une injustice, Pape Thiaw, l’entraîneur sénégalais, avait eu des jambes de coton et s’était muré dans un silence ? Certainement que les Lions de la Térranga n’auraient pas épinglé une deuxième étoile sur leur tunique. À Dakar, le courage face à l’injustice n’est pas conjoncturel. C’est une culture qui nourrit la démocratie et dynamise l’alternance.

Walid Regragui, le coach marocain, peut estimer que le coup de sang de son homologue donne une mauvaise image du football africain. Ça n’a aucune importance. N’est-ce pas là que réside l’identité du continent ?

L’autre temps fort de cette finale, qui entrera dans les annales – sûrement pas pour ses éclats de génie sur le terrain – est l’appel à ses coéquipiers de Sadio Mané les exhortant à rejoindre l’aire de jeu pour jouer « comme des Hommes ! » Qui, savent dire non quand cela s’impose. Bien plus, qui refusent de courber l’échine face à l’arbitraire afin de donner une nouvelle trajectoire à leur histoire. Sans résignation ni fatalisme, parce que « c’est la volonté de Dieu ».

Parfois, la volonté de Dieu est que sa créature sorte de l’à-plat-ventrisme pour se tenir debout. La foi n’est pas faite pour justifier la servitude volontaire, mais pour rappeler la justice divine. Ce sont les hommes qui ont inventé cette excuse pour revêtir leur couardise des attributs de la sagesse. Au nom du calme, de l’ordre… et de la peur.

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