
Au nom du frère…
Les voies du paradis politique sont révélatrices d’un vieux réflexe national. Quand la transmission générationnelle du pouvoir devient un impératif, le droit s’assimile à la pâte à modeler…Une chose paraît dominer : la volonté du chef. Elle fait foi. Elle est le chemin, la vérité et la vie pour aller vers la grande nation.
Le premier gouvernement du 2e mandat de la 3e République – au nom duquel notre Président a remis l’encens et relancé la messe – a été rendu public le 23 janvier 2026. Et comme c’est souvent le cas chez nous, l’événement n’a pas tant brillé par ce qu’il apporte… que par ce qu’il invente.
Pour son dernier office, le célébrant du jour, prédicateur de Songon, dans l’épître de Mambé 2 aux Ivoiriens, a révélé les mystères de la liturgie politique avec la création d’un poste de vice-Premier ministre. Une fonction qui, à ce jour, ne semble nulle part clairement consacrée dans les textes organiques de notre pays. Ce n’est pas forcément illégal ; mais les voies du paradis politique sont révélatrices d’un vieux réflexe national. Quand la transmission générationnelle du pouvoir devient un impératif, le droit s’assimile à la pâte à modeler…
Rien de nouveau sous le soleil, donc. Les mêmes visages, les mêmes équilibres au nom de la stabilité et de la continuité. Pour la sainte cène des remaniements, on change le calice, on garde le pain et le vin. On appelle ça “réajustement stratégique”, comme si le pays était un tableau Excel qu’on réorganise lorsque la colonne “résultats” refuse de croire aux béatitudes.
Une chose paraît dominer : la volonté du chef. Elle fait foi. Elle est le chemin, la vérité et la vie pour aller vers la grande nation.
On peut répondre amen ou protester, pour ceux qui en ont encore le courage. La religion politique a aussi droit à son schisme. Mais on devrait au moins la nommer : ce n’est plus l’architecture institutionnelle qui commande, c’est le testament du chef.
Et tout cela se fait tranquillement… au nom du frère…
